Le vent semble avoir tourné pour le maire qui a longtemps profité du parapluie politique du parti Ennahdha


Plusieurs citoyens se sont rassemblés mardi 16 novembre devant le siège de la municipalité du Kram scandant des slogans hostiles au maire Fethi Layouni et appelant à sa démission. L’ancien dirigeant de la coalition, Al Karama et ex-membre des ligues de la révolution dissoutes, Imed Dghij figurait parmi les protestataires et avait appelé, à son tour, à la démission du maire, l’accusant d’avoir dépensé six millions de dinars dans la décoration des ronds-points. Ce dernier a aussi appelé à organiser un sit-in à l’intérieur de la municipalité pour forcer le maire Layouni à passer la main.

Désappointé, il s’est lancé dans une diatribe contre le maire qui, rappelle-t-il, n’a pas manqué de fêter son anniversaire dans les locaux de la municipalité. «Dégage Layouni», ont scandé à plusieurs reprises Imed Dghij et les protestataires.

Le maire accusé de népotisme

«Travail, liberté, dignité nationale» ont martelé plusieurs jeunes manifestants devant le grand portail fermé de la municipalité. Prenant la parole, certains ont accusé le maire de «népotisme, de favoritisme et de copinage», et d’avoir compromis ainsi l’efficience de la prestation des services publics dans la région, ce qui a privé de travail des personnes vivant dans la précarité. L’activiste Slim Ben Achour, qui a eu des démêlés avec Layouni en raison de ses critiques acerbes à l’égard de plusieurs carences inhérentes à l’action municipale, a expliqué dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux que le maire est venu servir ses propres intérêts et non pas les habitants du Kram. Il n’a été d’aucun apport pour  la localité au moment où les jeunes du Kram-Ouest souffraient de la marginalisation, selon ses dires. Au moins un agent contractuel relevant de la municipalité a été acculé à réaliser des travaux de peinture et de désinfection dans la demeure du maire à Sidi Bou Saïd, présume un autre jeune.  

Un important dispositif sécuritaire a été observé le lendemain de cette action à proximité du siège de la municipalité du Kram en raison de la détermination des jeunes protestataires à poursuivre la mobilisation jusqu’à la démission du maire Fethi Layouni. Selon l’un des cadres de la municipalité, le maire a demandé à dialoguer avec eux mais ils ont refusé tout compromis.

Ce sont ses propres amis d’hier qui se sont retournés aujourd’hui contre lui, ajoute la même source, avant de conclure que toutes les accusations proférées par les manifestants ne sont pas sans fondement.

Un maire controversé

Depuis son arrivée à la tête de la mairie du Kram, Fethi Layouni  a presque tout fait pour s’attirer la colère de la majorité des citoyens et des représentants de la société civile telle la Ligue tunisienne des droits de l’Homme par ses idées rétrogrades et en s’adonnant à des  activités dépourvues de contenu d’intérêt général, dont notamment la décoration de très mauvais gout des ronds-points.

Lors d’une visite du Président de la République, Kaïs Saïd, au Kram, le maire controversé n’a pas hésité à qualifier cette visite de «violation de la constitution» pour la simple raison que le Président ne l’avait pas informé de sa visite! Ceci sans compter ses fausses déclarations tenues à propos de la présumée amélioration des services publics depuis son arrivée.

Aucun projet d’intérêt général n’a été réalisé depuis le début de son mandat, estiment des citoyens.

Profitant du parapluie du parti politique Ennahdha au nom duquel il s’est présenté aux élections municipales en 2018 avec un ego surdimensionné, le maire du Kram s’est lancé dans une guerre contre certains politiques et représentants de la vie associative et a renvoyé aux calendes grecques les grands projets relatifs à l’action publique locale et l’identification des  interventions urgentes. En juin dernier, il est allé jusqu’à pousser ses partisans à prendre d’assaut le siège de Shems FM en juin dernier. Suite à cette action, le Syndicat national des journalistes tunisiens et la Fédération générale des médias ont déposé une plainte à son encontre.

Rappelons qu’en décembre dernier, la Ligue des droits de l’Homme a tenté une action en justice contre le maire Layouni pour s’être emparé de son siège au Kram. 

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