Il existe en Tunisie plus de 9.000 réfugiés et demandeurs d’asile de plus de 45 nationalités différentes de toutes catégories et de profils divers (médecins, avocats, artistes, étudiants, travailleurs, familles, etc.) enregistrés auprès de l’Unhcr en Tunisie.


Habillé des 17 objectifs de développement durable (ODD), le stand des Nations unies installé en face des pavillons du ministère des Affaires culturelles et de la Mauritanie, invitée d’honneur de la 36e édition de la Foire internationale du livre de Tunis (Filt) a accueilli vendredi au parc des expositions du Kram un groupe de jeunes réfugiés et demandeurs d’asile pour présenter au grand public leur talent artistique et leur potentiel, créatif protéiforme. Installé depuis trois ans en Tunisie, Rabie, de Libye, 26 ans, a choisi en installant sur son chevalet, le mixing avec finger Painting et du soft pastel pour peindre le logo de l’Unhcr (Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés). Son inspiration des lieux l’a conduit à présenter au final une œuvre chargée de symboles où le livre est porté haut par les mains de l’Unhcr.

Agée de 13 ans, la petite Raned, à la voix douce, a quant à elle présenté son œuvre qu’elle vient d’achever il y a près de deux mois. «Je réaliserai mes rêves et personne ne m’arrêtera». Parlant de son récit publié avec l’aide du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR), cette petite passionnée d’écriture a déclaré à l’agence TAP que sa nouvelle fantastique raconte l’histoire de Jawaher qui rêve de devenir une célèbre femme d’affaires et malgré tous les obstacles qu’elle a rencontrée et les violences morales qu’elle a subies, elle n’a pas arrêté de rêver. Tout comme son personnage Jawaher, Raned, installée avec sa mère en Tunisie depuis un an avec le statut de réfugiées, a lancé, à travers sa plume, un appel à tous les enfants «Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité». Recevant le diplôme des citoyens cadets qui lui a été remis par Dorra Midani, responsable du centre d’information des Nations unies en Tunisie, Raned avec un air timide a déclaré qu’elle s’est déjà lancée dans l’écriture d’une deuxième nouvelle «La terre des merveilles».

Sous la supervision de la mosaïste tunisienne Hend Elfehem, les deux réfugiés du Cameroun et du Congo, en pleine création du logo en mosaïque de l’ONU, sont considérés, après leur formation dans le cadre de l’Université de Tunis pour l’apprentissage tout au long de la vie (ULV Tunis), les meilleurs nouveaux diplômés en attendant leur recrutement officiel pour assurer leur intégration dans la vie active tunisienne. Le logo de l’Unhcr en mosaïque ainsi que des échantillons d’autres œuvres, notamment des oliviers en mosaïque, ont attiré l’attention des visiteurs de la foire qui ont massivement afflué vers le stand pour découvrir et demander des informations concernant notamment les activités des Nations unies en Tunisie.

16 agences, programmes et fonds avec une programmation qui brasse tous les secteurs

Dans une déclaration à l’agence TAP, Dorra Midani, responsable du centre d’information des Nations unies en Tunisie, a tenu à préciser que le stand regroupe 16 agences, programmes et fonds avec une programmation très variée qui brasse tous les secteurs, notamment culturels, avec des projections, des performances artistiques, des sessions de sensibilisation, etc. «On travaille actuellement sur un projet conjoint qui est le Plan cadre de l’aide au développement 2021-2025 (Unsdcf) préparé par les Nations unies et le gouvernement tunisien. Ce programme, a-t-elle précisé, se présente comme une feuille de route de toutes les agences, fonds et programmes des Nations unies présents en Tunisie».

Evoquant l’importance de l’agenda de développement 2030 regroupant les 17 objectifs de développement durable, elle a précisé que le stand orné par ces 17 ODD que la Tunisie est engagée à réaliser d’ici l’année 2030 vise à faire connaître au large public les publications, rapports, flyers et brochures de sensibilisation mis à la disposition du grand public des 16 agences. Dans ce sens, elle a tenu à préciser que depuis le démarrage de la Filt, le stand a accueilli une pléiade de chercheurs, d’étudiants, de militants, de jeunes étudiants, des écoliers, des personnes de la société civile, des juristes et des personnes de différents profils mais intéressés tous par les thématiques spécifiques, notamment la protection des droits de l’homme, l’appui au développement, la réduction des disparités, etc.

Interrogée sur le travail de l’Onudi qui travaille entre autres sur le patrimoine matériel et immatériel et la promotion de la culture en Tunisie, elle a informé qu’un guide a été élaboré présentant les différents centres culturels dans les 24 gouvernorats du pays pour essayer de les promouvoir et inciter de la sorte les jeunes à intégrer ces centres et à s’intéresser aux activités culturelles et artistiques qu’ils proposent et ce, en travaillant étroitement avec les communautés vulnérables pour leur apporter, jusqu’à eux, la matière culturelle nécessaire afin d’éviter notamment les pensées obscurantistes partant de la conviction que la culture est le meilleur allié et rempart contre l’extrémisme violent d’où l’importance de promouvoir l’accès à la culture pour tous et toutes, entre autres les personnes handicapées, les réfugiés, les zones défavorisées et les communautés vulnérables».

«Ne laissez personne à l’écart»

Chiara Maria Cavalcanti, administrateur associé chargé des rapports au sein du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a déclaré à l’agence TAP que le stand des Nations unies à la 36e édition de la Foire internationale du livre de Tunis (11-21 novembre 2021) s’est voulu cette année assez global et diversifié tenant à affirmer que la présence des Nations unies à cet événement culturel de taille, après deux années d’absence à cause de la Covid-19, offre l’occasion pour le large public de s’informer des activités de l’Organisation onusienne et ce, à travers l’organisation de plusieurs ateliers et activités variés afin de rapprocher les citoyens de toutes les activités et actions qu’entreprend les Nations unies dans tous les secteurs confondus.

Le travail artistique et culturel présenté vendredi par les réfugiés au stand de l’ONU à la Filt s’est voulu un message d’inclusion et de tolérance car l’objectif, a-t-elle précisé, est de les aider à être intégrés dans la société tunisienne, et ce, notamment à travers l’art et la culture dès lors que dans cette foire c’est la culture qui demeure à l’honneur, car elle est le meilleur moyen avec l’éducation à construire une société plus tolérante et inclusive en collaboration avec le gouvernement tunisien, les autorités nationales et la société civile. Elle a dans ce sens rappelé la signature par la Tunisie de la convention relative au statut des réfugiés, en attendant l’adoption d’une loi nationale sur l’asile surtout qu’il existe en Tunisie plus de 9.000 réfugiés et demandeurs d’asile de plus de 45 nationalités différentes de toutes catégories et de profils divers (médecins, avocats, artistes, étudiants, travailleurs, familles, etc.) enregistrés avec l’Unhcr en Tunisie. De véritables exemples de résilience, ils ont malgré tout ce qu’ils ont vécu (violence, guerres, etc.) réussi très souvent à s’intégrer dans les sociétés d’accueil surtout et «c’est pour cette raison qu’on a voulu les impliquer dans cette activité à la foire».

En s’appuyant sur le slogan de l’ONU «Ne laissez personne à l’écart», comme l’a rappelé Dorra Midani, cet événement, a déclaré à l’agence TAP Mohamed Fathi Henia, coordinateur de projet Unhcr-CTR, demeure une participation de grande importance car il démontre l’intérêt soutenu accordé par l’Unhcr à la question concernant les demandeurs d’asile et des réfugiés en Tunisie, surtout que l’ONU œuvre à protéger les personnes vulnérables en ne laissant personne pour compte. L’aspect culturel est l’un des axes de travail comme l’atteste l’événement de ce vendredi 19 novembre. Parmi les partenaires stratégiques de l’Unhcr figure notamment le Conseil tunisien pour les réfugiés qui a soutenu dans une première initiative d’encouragement à la création pour les réfugiés et des demandeurs d’asile, l’élaboration du récit littéraire de la petite Raned honorée également par un deuxième diplôme, celui de défense des droits de l’homme.

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse avec TAP
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire