Ayant saisi que les dés sont définitivement jetés et que leurs tentatives de retrouver le palais du Bardo ont échoué en dépit des interventions et des bons conseils de leurs amis, les nahdhaouis essayent de réveiller, à leur manière, la mémoire des Tunisiens dont une grande partie a tourné la page dans l’objectif de se disculper de leurs erreurs et errements dont ils font porter la responsabilité aux autres, sans hésiter à pointer un doigt accusateur vers leurs anciens alliés…

Il semble que le feu vert a été donné aux dirigeants nahdhaouis, ceux qui sont encore fidèles au président du parti Rached Ghannouchi et aussi ceux qui ont suspendu leur adhésion au mouvement et menacent de créer un autre parti, pour réinvestir le paysage médiatique national et reprendre leur place dans les débats télévisés et radiophoniques qui leur donnent, de nouveau, la parole, en espérant tirer de leurs contributions au débat national post-25 juillet et 22 septembre 2021 une révélation, un petit secret ou une info cachée tout au long de la décennie 2011-2021, les dix années au cours desquelles Ennahdha a eu l’opportunité d’exercer le pouvoir directement, comme ce fut le cas lors des gouvernements de la Troïka I et de la Troïka II, sous la présidence de Hamadi Jebali et Ali Laârayedh en 2012 et 2013 ou lors des gouvernements Habib Essid et Youssef Chahed de 2015 à 2019, en enregistrant au sein de ces deux derniers gouvernements une participation certes très réduite au niveau du nombre de ministres ou de secrétaires d’Etat se réclamant officiellement du parti de Montplaisir mais conservant une présence très importante au niveau de l’administration centrale, régionale et locale du fait que les nominations effectuées par le parti en 2012 et 2013 n’ont pas été révisées bien que leur annulation pure et simple ait figuré comme l’une des revendications fondamentales approuvées par les participants au dialogue national piloté en 2013 par le quartet composé de l’Ugtt, l’Utica, le barreau des avocats et la Ligue des droits de l’homme.

Quand Ghannouchi, Laârayedh, Hammami et B’hiri écrivent l’histoire

Aujourd’hui, près de trois mois après l’instauration de mesures exceptionnelles, au moment où ils donnent l’impression qu’ils ont désespéré des interventions de leurs amis américains, européens et arabes du Golfe et après avoir compris que les dés sont définitivement jetés et que rien ne sera plus comme avant les 25 juillet et 22 septembre derniers, ils auraient décidé de parler et de se disculper de leurs erreurs en faisant porter la responsabilité des désastres subis par la Tunisie durant la décennie 2011-2021 au gouvernement Mechichi «formé de ministres faibles et incompétents», à certains «partis nationalistes arabes qui sont derrière l’envoi de jihadistes en Syrie», à des responsables sécuritaires accusés d’avoir tiré en 2012 sur les citoyens de Siliana à la chevrotine sans que le ministre de l’Intérieur (Ali Laârayedh à l’époque du gouvernement Hamadi Jebali) ne leur ait intimé l’ordre de le faire (et c’est bien au contraire Laârayedh, selon ses dires, qui a donné l’ordre d’arrêter l’utilisation de la chevrotine), à la responsabilité criarde du trio Ghannouchi, Nabil Karoui et Seïfeddine Makhlouf dans la chute orchestrée du gouvernement Elyès Fakhfakh et à l’évaluation faite  par Ghannouchi du mouvement du 25 juillet qu’il considère comme une chance historique pour sauver la Tunisie et sa révolution tout en le considérant comme un complot et en  appelant à la révocation du Président Kaïs Saïed pour avoir violé la Constitution, sans oublier d’appeler à l’appréciation des déclarations produites par Noureddine B’hiri qui condamne l’intervention manifeste du Président Kaïs Saïed dans les affaires de la justice.

Ainsi les Tunisiens ont-ils assisté au cours des derniers jours à une véritable  diarrhée de déclarations et d’affirmations introduites comme des vérités incontestables par les responsables nahdhaouis qu’on a perdus de vue depuis le déclenchement du processus du 25 juillet et qui se réinstallent sur la scène médiatique pour débiter «leurs vérités» à l’intention de ceux qui veulent encore les entendre.

Et ces vérités sont  réellement dures à avaler même pour les citoyens qui ne sont pas au fait de ce que les nahdhaouis ont pratiqué durant la période où ils accaparaient le pouvoir.

Il est, en effet, à vrai dire, très difficile de croire que Ali Laârayedh dit la vérité quand il affirme sur Attassiaâ TV qu’il n’était pas au courant de la décision de tirer les balles de chevroline sur les manifestants à Siliana. Il est également impossible de donner du crédit à la déclaration du même Ali Laârayedh qui accuse certains partis nationalistes arabes d’être les  responsables de l’envoi de jihadistes en Syrie pour combattre le régime nationaliste arabe présidé par Bachar Al Assad.

Quant aux révélations distillées par Imed Hammami, elles ne sont plus d’actualité dans la mesure où tous les observateurs et analystes savaient que le gouvernement Fakhfakh allait chuter sur décision d’Ennahdha quand Elyès Fakhfakh a  répondu négativement à la demande de Ghannouchi d’y introduire des ministres appartenant au parti Qalb Tounès.

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