Une conférence de presse a eu lieu au siège du Snjt à Tunis, au cours de laquelle des membres de la coordination des diplômés au chômage ont vidé leur sac, réclamant leur droit inaliénable à l’emploi.

Les déclarations du Président Kaïs Saïed, vendredi dernier, lors de son entretien avec le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi contre la fameuse loi 2020- 38 sur le recrutement dans le secteur public et son niet catégorique opposé à sa mise en application ont fait monter l’adrénaline des chômeurs de longue date. Depuis, des protestations sporadiques et des grèves de la faim ont eu lieu dans plusieurs régions du pays. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. 

Ainsi, une conférence de presse a été  organisée au siège du Snjt à Tunis, au cours de laquelle des membres de la coordination des diplômés au chômage ont vidé leur sac, réclamant leur droit inaliénable à l’emploi. Dans leur cri de détresse, une grande déception. Ils reprochent au président de la République  un revirement de position. «Pourtant, c’est lui qui avait, le 13 août 2020, ratifié la loi en question et c’est lui qui l’avait promulguée, trois jours après, au Jort. Qu’il assume, maintenant, sa responsabilité et la mette en application», martèle la coordination des chômeurs.

Lasses, désespérées, ses représentantes semblent émues jusqu’aux larmes. Elles estiment que « celui pour qui elles ont voté leur a tourné le dos et renoncé à ses promesses électorales tant proférées dans sa campagne présidentielle 2019. En moins de deux ans, déplorent-elles, tout est tombé à l’eau et on ne voit rien venir».

Prenant la parole, Amel, une des chômeurs de longue durée, a, d’emblée, rappelé que la loi 38 intervient suite aux souffrances à n’en plus finir des milliers de diplômés longtemps voués à un chômage endémique pré et post-révolution.

«Nous sommes des victimes d’un Etat injuste et des gouvernements pourris et nonchalants», livre-t-elle, indiquant qu’elle et ses collègues ont pris leur mal en patience. Et d’ajouter que «les tensions sociales exacerbées qui sévissent partout et continuent à gagner du terrain ne sont que le corollaire d’un sentiment de frustration collective. Mais, aussi, en raison d’un légitime droit au travail confisqué», dénonce-t-elle, amèrement.

Cela étant, au moment où, accuse-t-elle, l’on recense autant d’emplois fictifs et des recrutements injustifiés. Son message à l’Ugtt : «Nous voulons savoir une position syndicale claire par rapport à la loi 38 qui nous apporterait des solutions appropriées». Et de conclure que cette «organisation ouvrière séculaire» est appelée à jouer le rôle qui lui revient.

Saïed reviendra-t-il sur sa décision ?

Sa collègue Besma Zorgani est intervenue pour dire ce qu’elle a sur le cœur. Elle a évoqué l’état de santé dégradé des sit-inneurs, déjà en grève de la faim sauvage, au siège du gouvernorat de Kasserine, suite à la décision «si décevante» de Saïed de ne pas appliquer ladite loi. «On a beaucoup milité pour avoir gain de cause.

Quoi qu’il en soit, on ne renonce jamais à cette loi», lance-t-elle, en colère, appelant à ce qu’une campagne de soutien soit massivement mobilisé, sans calculs partisans ni instrumentalisation politique. En s’adressant au Président de la République, elle lui a demandé de revenir sur sa décision et de remettre les pendules à l’heure.

Le style des mots sensiblement partagés sur les difficultés d’employabilité des diplômés chômeurs fut si touchant qu’il évoqua les maux d’une vie active entièrement gâchée. Ainsi, les émotions s’emparèrent de la salle. Mais, la coordination s’est montrée solidaire, soudée et indéfectiblement attachée à défendre son droit à l’embauche dans le secteur public. Les manifestants disent qu’ils ne lâcheront pas prise.

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