«Chaque lecture est un pas en avant pour la liberté et un pas en arrière pour la dictature». (Salim Boudiaf)

La Foire du Livre fut une fête, après deux saisons d’absence, vécues comme une  privation de lecture, une frustration, car impossibilité de retrouver le plaisir de déambuler entre les stands, de chercher un livre convoité dont on a entendu parler, de toucher une belle couverture, un titre qui incite  à lire, à voyager hors du réel, vers une  destination hors du monde, pour ce lieu que, seule, la littérature sait créer. Elle a ouvert ses portes aux visiteurs, aux éditeurs, aux écrivains, moins nombreux que d’habitude qui ont commencé à affluer pour visiter les stands, certains ornés avec goût, avec des coins pour les lecteurs et les livres disposés de manière intelligente afin d’être visibles aux yeux des visiteurs, d’autres responsables de stands, ne tenant pas compte de l’esthétique, chargent les tables et étagères   d’ouvrages pêle-mêle, d’autres exposent des livres de propagande islamiste et fasciste. Ainsi «Mein Kampf» de Hitler, traduit en arabe, est mis en valeur, à la première place. Même si «Mein Kampf» est au programme du Bac, comment ose-t-on demander aux élèves d’acheter et de lire ce livre ignoble aux relents du fascisme abject? Un livre dangereux pour nos jeunes, un livre qui prône la haine, le racisme, le rejet des populations non aryennes, la torture. Une théorie haineuse qui a assassiné, humilié, commis les actes les plus criminels et détruit le monde.

Que l’on écrive un ouvrage pour raconter la barbarie et l’inhumanité du fascisme, je peux comprendre, mais qu’on rapporte un discours intolérable en blanchissant celui qui a commis les pires crimes, à nos jeunes, est inadmissible, d’autant plus que ce livre a été interdit dans de nombreux pays. Fêter le livre, ce n’est pas non plus, proposer aux jeunes des écrits destinés à les abêtir, à les divertir au lieu de les faire réfléchir, développer la pensée libre et souveraine. Penser s’apprend grâce à la lecture de beaux textes d’auteurs qui, non seulement, leur apprennent à construire une idée soutenue par un argumentaire convaincant et pertinent, mais également à connaître le monde riche et vaste de la littérature et devenir sensible au Beau. Louis Aragon a écrit «La lecture jette, sur la vie, sa lumière». Qu’est-ce que le Savoir s’il n’inonde pas le monde de connaissance, de capacité à penser et à le transformer?

 

J’ai discuté avec des jeunes et leur ai demandé quels auteurs, poètes ou écrivains ils apprécient. Souvent leurs réponses étaient laconiques «Je ne sais pas» sans justifications.

Évidemment, ils ne lisent pas, surtout en français. Ils méconnaissent la littérature arabe, même les poètes et écrivains tunisiens. Concernant le français, il y a même un déni de son utilité.

Comment voulez-vous qu’un pays se développe, évolue et apprenne à communiquer avec l’autre, si sa population jeune ignore sa mémoire, ses racines, sa vision de l’avenir ?

Malgré tout, j’ai vu des enfants acheter des livres, les feuilleter avec bonheur, des enseignants les conseillant avec patience. J’ai rencontré un instituteur emmenant ses élèves dans un stand où la littérature exulte, leur parler de poésie, leur lire un extrait d’un roman. Ils écoutaient, heureux, posaient des questions et lui leur répondait avec un large sourire, avec le bonheur des enseignants qui transmettent leur part d’humain, leur part de merveilleux.

Que la prochaine Foire du Livre soit mieux organisée, que les livres soient choisis selon certains critères par un comité et que les livres dangereux soient bannis, que des concours   de lecture soient organisés pour nos enfants et nos jeunes, qu’un atelier d’écriture soit créé pour inciter ces jeunes à l’écriture et à la lecture, car elles sont liées. La plus belle passerelle pour la connaissance est la lecture.

Notre avenir dépend de cette jeunesse que nous devons encadrer. Le rôle de l’enseignant doit être l’éveil à la connaissance, à la sensibilité, à la beauté. Le salut est dans la culture.

Tounès THABET

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