Des Tunisiens qui sombrent dans le désespoir le plus total et qui n’ont aucune perspective dans leur pays tombent dans les filets des trafiquants d’organes en Turquie. En effet, ces truands qui voient dans cette misère humaine une opportunité rentable approchent, par des entremetteurs, les plus fragiles d’entre eux pour les convaincre  de sacrifier un de leurs organes contre une belle somme d’argent.


Ce n’est pas la première fois qu’un réseau de trafic d’organes entre la Tunisie et la Turquie est démantelé. En effet, le bureau de communication du Tribunal de première instance de Tunis a annoncé jeudi le démantèlement d’un réseau criminel international actif dans le trafic d’organes humains entre la Tunisie et la Turquie.

Il a indiqué que le 19 novembre, un citoyen tunisien a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Turquie. Des enquêtes ont abouti à la découverte d’un citoyen tunisien résidant en Turquie, qui entreprend le lien entre une personne résidant dans la région de Mahdia afin d’attirer ceux qui souhaitent vendre des organes humains. La même personne résidant en Turquie se charge de nouer le contact avec un certain nombre d’étrangers souhaitant obtenir des reins.

Il a également été constaté que les opérations de prélèvement d’organes humains sont toutes effectuées dans des cliniques privées en Turquie et que le prix d’un rein s’élève à 15 000 dollars.

Une enquête a été menée contre 10 personnes pour embrigadement de personnes et exploitation de leur situation vulnérable en leur remettant des sommes d’argent pour prélever leurs organes.

Déjà, en 2020, un citoyen tunisien a vendu son rein dans la capitale turque Ankara après avoir été contacté via les réseaux sociaux. L’homme a été victime d’un réseau de trafic d’organes humains actif en Turquie qui dirige des gangs dans un certain nombre de pays.

L’on se rappelle aussi que le tribunal de Zaghouan et l’équipe de recherche et d’inspection de la Garde nationale ont instruit une enquête contre un citoyen Tunisien qui a vendu un de ses reins en Turquie à un Congolais. Le citoyen tunisien originaire d’une région rurale de Zaghouan est connu dans la région par sa situation précaire. Des signes de richesse sont apparus soudainement, ce qui a suscité la curiosité. Il a avoué avoir vendu un rein en contrepartie de 16 000 dollars, soit près de 48 000 dollars. Le gang l’avait contacté via un intermédiaire de nationalité marocaine et qui réside en Turquie. Il lui a fourni les billets d’avion et la réservation dans un hôtel à Ankara. Sur place, il a effectué une série d’analyses dans une clinique. Il a même été marié, sur les papiers, avec la fille d’un trafiquant qui devait recevoir le rein. Cette procédure a été faite suivant la loi turque qui impose un lien de parenté pour que le don d’organe soit effectué. Pour détourner l’attention des autorités, ces réseaux n’hésiteraient pas toujours à héberger les victimes dans des hôtels luxueux. Et vu que la législation turque punit sévèrement le don d’organes (crime passible de 15 ans de prison), ces réseaux fabriqueraient de faux papiers aux futurs donneurs. Ainsi le « donneur » séjourne pendant plusieurs semaines en Turquie avant de subir l’opération.

Une fois l’organe prélevé, le donneur est relogé dans un nouvel hôtel, en attendant une seconde opération de chirurgie esthétique. A son retour au pays, il reçoit par virement le reste de la somme convenue.

Pour l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes (Inltp), il s’agit d’un crime organisé passible d’une peine d’emprisonnement, d’autant plus que la loi tunisienne interdit strictement la vente d’organes.

Le phénomène de trafic d’organes existe bel et bien en Tunisie en dépit d’un cadre légal qui réglemente le don et la transplantation d’organes et qui interdit strictement toute opération de vente d’organes. Le parquet avait saisi plusieurs affaires de ce genre durant ces trois dernières années impliquant toutes des réseaux internationaux. On souligne en particulier le rôle des réseaux sociaux dans ces opérations criminelles.

En Tunisie, le prélèvement et la greffe d’organes sont soumis aux dispositions de la loi n° 91-22 du 25 mars 1991. L’article 6 de cette loi interdit de procéder aux prélèvements moyennant une contrepartie pécuniaire ou toute autre forme de transaction. Les infractions aux dispositions de cet article entraînent des peines d’emprisonnement allant jusqu’à cinq ans. La loi stipule également que les prélèvements et les greffes ne peuvent être effectués que dans les établissements publics hospitaliers autorisés à cette fin par arrêté du ministère de la Santé publique.

En Tunisie, l’organisation générale du prélèvement et de la greffe d’organes et de tissus est sous la responsabilité du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (Cnpto). Ce centre est appelé, dans ce sens, à tenir un registre central, une sorte de liste d’attente sur laquelle sont inscrites les personnes dont l’état de santé nécessite une greffe d’organes et de tissus. D’après les chiffres du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (Cnpto), 42% des Tunisiens sont, en effet, convaincus qu’il y a un trafic d’organes à l’échelle nationale. Par ailleurs, toujours selon le Cnpto, 44% des Tunisiens sont contre le don d’organes après la mort.

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