La participation des personnes porteuses de handicap à la vie politique et à la vie publique sur la base de l’égalité avec les autres, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de représentants librement choisis au niveau international, national, régional et local est un droit garanti par l’article 29 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Afin d’ancrer ce principe, le Conseil de Jeunes de M’saken, créé en février 2021, suite à un dialogue entamé avec les différentes composantes de la société civile, a inclus deux représentants des personnes porteuses de handicap pour transmettre les préoccupations et les demandes de ces personnes vulnérables.

Le conseil élu travaille de près avec la municipalité et veille à favoriser et promouvoir la participation des jeunes aux affaires municipales et locales.

Un conseil des jeunes inclusif, contrairement au conseil municipal:

Khalifa Baccouche, un militant pour les droits des personnes porteuses de handicap, engagé dans la vie civique et associative à M’saken, a été élu représentant du groupe des personnes porteuses des handicaps au Conseil de Jeunes de Msaken. Baccouche nous a affirmé que tous les membres du conseil ont reçu une série de formations afin de pouvoir participer activement aux affaires municipales.

Il a souligné que le conseil, à caractère consultatif, œuvre à prendre en compte les besoins des personnes porteuses de handicap à M’saken et à les encourager à participer dans la vie civique et politique.

Khalifa Baccouche, représentant du groupe des personnes porteuses des handicaps au Conseil de Jeunes de Msaken

Concernant la réticence des personnes porteuses de handicap à participer dans les affaires municipales, Baccouche a précisé qu’aujourd’hui, ces personnes sont marginalisées et exclues du Conseil municipal. Dans ce contexte, Baccouche a rappelé que l’inclusion des personnes porteuses de handicap dans les listes de candidats pour les élections municipales en 2018, a été exploité comme carte électorale pour certains partis politiques, conformément à la Loi organique n° 2017-7 du 14 février 2017, modifiant et complétant la loi organique n° 2014-16 du 26 mai 2014 relative aux élections et référendums, « chaque liste candidate doit inclure, parmi les dix premiers, une candidate ou un candidat porteur d’un handicap physique et titulaire d’une carte de handicap ».

Des conditions défavorables pour la participation des personnes porteuses de handicap

Baccouche a critiqué le déroulement des réunions participatives au premier étage de l’établissement municipal qui rend l’accès des personnes atteintes d’un handicap moteur ou d’une déficience physique difficile, voire impossible. Il a ajouté que l’information n’est pas toujours accessible pour les personnes porteuses des déficiences visuelles ou auditives.

D’une autre part, il a affirmé qu’il y a d’autres raisons psychologiques qui empêchent ces personnes de contribuer d’une manière efficace, aux affaires locales et surtout, de travailler en groupe.

La Commission des affaires sociales en charge des personnes sans abri et des personnes porteuses de handicap à la municipalité de M’saken ne fonctionne pas normalement, selon Khalifa Baccouche. Il a déclaré que l’activité de cette commission n’est pas opérante en faveur des personnes porteuses de handicap comme son nom l’indique, elle se limite plutôt à organiser des expositions artisanales et des événements formels.

Nizar Haj Jrad, conseiller municipal et rapporteur de la même commission, a confirmé que la contribution de cette commission n’était pas efficace pour favoriser l’inclusion et l’intégration des personnes porteuses de handicap dans les affaires municipales. Il a aussi souligné que la stratégie de communication de la municipalité doit s’adapter pour impliquer plus les personnes porteuses de handicap et pour simplifier et divulguer l’information le maximum possible afin d’inciter ces personnes à participer dans les affaires municipales.

Nizar Haj Jrad, conseiller municipal à M’saken

En ce qui concerne les subventions des associations en charge des personnes porteuses de handicap, Jrad a indiqué que la répartition des subventions n’est pas objective ni équitable, par rapport aux associations sportives.

Fatma Hamrouni, membre de l’Association Tunisienne d’Aide aux Sourds, section M’saken a confirmé que les efforts de la municipalité de M’saken se limitent à une présence formelle voire passive dans quelques occasions rares. « On n’a reçu aucune subvention de la municipalité malgré les demandes répétitives depuis plus de 3 mois. Les conseillers municipaux n’ont rendu aucune visite au local de notre association, ni au centre d’éducation spécialisée pour les enfants sourds ou malentendants. Bien que les enfants au centre produisent des créations artisanales innovantes, ils ne sont même pas invités pour exposer leurs produits dans les événements organisés par la municipalité.» La municipalité n’a adopté aucun plan d’action à l’égard de l’intégration des personnes porteuses de handicap, selon elle.

Encore des efforts à faire: 

Mohamed Amine ben Fredj, le président du Conseil des Jeunes de M’saken, considère la l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les affaires municipales, à travers leur représentation dans le conseil, un pas positif. Il précise que la proposition et la promotion des idées de projets plus inclusifs et intégrants sont parmi les objectifs principaux de cette structure. Mais, il voit qu’il y a encore plusieurs efforts à faire pour rendre l’inclusion des personnes en situation de handicap un réflexe dans les différents projets de la municipalité, allant des réunions participatives jusqu’aux activités inclusives et jardins partagés accessibles à tous.

Selon Fatma Hamrouni, les personnes en situation de handicap ont de grands potentiels et sont capables d’occuper des postes importants et de contribuer d’une manière efficace et positive dans leurs régions. Afin de rendre la municipalité plus inclusive, elle croit qu’il est nécessaire de mobiliser toutes les ressources humaines et financières en recrutant des auxiliaires de vie et des interprètes en langue des signes ou en assurant des formations en accueil et communication avec les personnes en situation de handicap, aux employés au sein de la municipalité.

Ce travail a été réalisé dans le cadre de la deuxième édition du programme « Mourasiloun », Reporters de la Démocratie Locale, organisé par la Fondation Internationale pour les Systèmes Électoraux (IFES), bureau de Tunis, qui vise à renforcer le journalisme local à travers un réseau de correspondants locaux.

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