Pas moins de 427 incendies ont ravagé des centaines d’hectares de céréales pendant les jours de l’Aïd, selon les serices de la Protection civile. Le déclenchement des incendies de forêt marque l’échec des dispositifs de prévention aussi bien au niveau de la stratégie globale mise en place que des moyens dont disposent les structures spéciales, à savoir les pompiers et les forestiers. En Tunisie, la période à risque s’étend du début du mois de mai jusqu’à la fin du mois d’octobre et une permanence est assurée dans tous les centres de protection des forêts. Outre les forestiers et les pompiers, d’autres intervenants sont en alerte durant la période estivale, dont l’armée nationale, la garde nationale ainsi que le ministère de la Santé. Sur le plan opérationnel, tous les sinistres relèvent de la compétence de la Protection civile.

La région du Nord-Ouest, la plus touchée

Avec la première vague de canicule, la stratégie et le plan d’action de lutte contre les incendies s’avèrent inefficaces et c’est le feu qui a le plus souvent le dernier mot. Chaque année, les incendies, dont bon nombre sont d’origine criminelle,  ravagent les champs de blé et les zones forestières. Les derniers pics de chaleur observés dans quelques régions du pays, et dépassant en ce début du mois de juin la moyenne de 8 degrés, selon l’Institut national de la météorologie, ont été à l’origine de plusieurs incendies dans diverses régions.

Selon les statistiques publiées par la Direction générale des forêts relevant du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, des pics ont été enregistrés en 1987 (2.955 ha incendiés), 1998 (2.445 ha) et 2012 (2.000 ha). En moyenne 150 incendies détruisent 1.500 ha chaque année. La région du Nord-Ouest du pays, englobant les gouvernorats de Jendouba, Siliana, Le Kef et Béja, est la plus touchée par les incendies, notamment en 2017.

Jets de mégots de cigarette et engins de récolte non entretenus peuvent détruire en un clin d’œil des centaines d’hectares de céréales et plusieurs zones forestières. La direction générale de la Protection civile a multiplié les appels à la prudence et à la vigilance en cette période de récolte afin de prévenir les risques d’incendie. Toutefois, il a été démontré que certaines parties déclenchent sciemment des incendies dans des terres domaniales (des espaces forestiers ou des réserves naturelles) pour s’en emparer par la suite, selon certaines sources.

Aucun communiqué ou déclaration émanant des autorités de tutelle ne sont venus confirmer des intentions criminelles suite à la vague d’incendies dans certains gouvernorats. Mais le manque d’informations a contribué à la propagation de rumeurs folles. L’arrestation, ces derniers jours, d’un quadragénaire par les unités de police à Siliana après le déclenchement d’un incendie à Jama, Siliana-nord, ne fait que confirmer cette thèse. La piste criminelle,  même si elle est évoquée dans des cas bien rares, ne doit pas pousser à  l’extrapolation et aux conclusions hâtives et non fondées prônées par les adeptes des théories du complot.

La récolte des céréales pour cette année dépasserait même les prévisions en raison d’une nette amélioration de la pluviométrie, renforçant ainsi une thèse  complotiste de plus en plus partagée par certaines parties, même du côté de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap). Une thèse timidement démentie  par les autorités de tutelle, notamment par la direction  de la Protection civile.

De Siliana au  Kef, en passant par Ras Angela, Bizerte, Nabeul, Zaghouan, Raoued et l’Ariana, les unités de la Protection civile sont sur le qui-vive et s’activent de jour comme de nuit pour circonscrire les incendies qui ont éclaté dans des zones forestières et exploitations céréalières  suite à la vague de chaleur  observée ces derniers jours. Ce phénomène n’est pas propre à la Tunisie et aucun pays n’est à l’abri des incendies en raison du changement climatique. Plus de 50 millions d’hectares de forêt brûlent tous les ans. La priorité doit être donnée à l’augmentation des moyens d’intervention sur le double plan préventif et curatif et à une communication qui coupe court avec la  rumeur.

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