Qu’est-ce qui pousse des Tunisiens à vendre leurs organes ? Le font-ils pour faire face à certaines situations économiques et sociales ? Ou s’agit-il de réseaux bien structurés qui prennent en otage certains Tunisiens aux conditions vulnérables ?

Ce n’est pas une première, la Tunisie a connu plusieurs affaires de ce genre et certainement ce ne sera pas la dernière. Le trafic d’organes devient un phénomène de plus en plus conséquent, mettant à mal la santé publique, mais aussi la stratégie de l’Etat en matière de lutte contre le crime organisé.

Pour certains, cela s’explique par des motifs économiques, notamment après la nette dégradation du pouvoir d’achat citoyen; pour d’autres, le phénomène est encore plus profond puisqu’on évoque des réseaux entiers s’activant en Tunisie et impliquant d’autres pays.

Le bureau de communication du Tribunal de première instance de Tunis a annoncé jeudi dernier le démantèlement d’un réseau criminel international actif dans le trafic d’organes humains entre la Tunisie et la Turquie.

Sur la base d’informations selon lesquelles un réseau criminel international est actif dans le domaine du trafic d’organes humains, l’Unité nationale de recherche sur les crimes terroristes et les crimes concernant la sécurité du territoire a été chargée d’investiguer sur le dossier. Le 19 novembre, un citoyen tunisien a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Turquie, selon la même source.

Des recherches menées ont abouti à la découverte d’un citoyen tunisien résidant en Turquie, qui entreprend le lien entre une personne résidant dans la région de Mahdia qui attire ceux qui souhaitent vendre des organes humains. La même personne en Turquie se charge de nouer le contact avec un certain nombre d’étrangers souhaitant obtenir des reins. Il a également été constaté que les opérations de prélèvement d’organes humains sont toutes effectuées dans des cliniques privées en Turquie et que le prix d’un rein s’élève à 15 000 dollars. De ce fait, le tribunal de première instance a ouvert une enquête contre 10 personnes pour embrigadement de personnes et exploitation de leur situation vulnérable en leur remettant des sommes d’argent pour prélever leurs organes.

Pas une première

Même si la loi prévoit de lourdes peines d’emprisonnement contre les individus impliqués, le trafic d’organes n’est pas, malheureusement, un fait rare en Tunisie. Mais qu’est-ce qui pousse des Tunisiens à vendre leurs organes ? Le font-ils pour faire face à certaines situations économiques et sociales ? Ou s’agit-il de réseaux bien structurés qui prennent en otage certains Tunisiens aux conditions vulnérables ?

Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais avec le développement des usages des réseaux sociaux, il a pris une plus grande ampleur, impliquant des réseaux de trafic d’organes internationaux, notamment avec la Turquie, là où tout se passe.

En fait, en Tunisie, ces réseaux ne font que piéger les personnes vulnérables pour les impliquer dans ce genre de trafic. Après analyses et consultations médicales, elles seront envoyées en Turquie où certaines cliniques et des médecins sont complices, moyennant de grandes sommes d’argent.

Il y a quelques mois, un Tunisien avait décidé de vendre son rein contre une importante somme d’argent en devises, tout en contournant la loi turque en épousant (sur le papier) une proche de la personne qui avait besoin du rein. La législation turque, notons-le, autorise le don d’organes entre les membres d’une même famille. Mais finalement, il s’est avéré que cette personne était prise au piège d’un réseau de trafic d’organes.

Au fait, ces réseaux, selon des sources judiciaires, permettent à des Tunisiens de se déplacer à l’étranger, surtout en Turquie et dans des pays de l’Europe de l’Est, pour vendre leurs organes tout en prenant en charge tous les frais de leur déplacement et leur hébergement, ainsi que l’hospitalisation. «Ce voyage risqué finit par une opération chirurgicale dans des cliniques privées pour prélever leurs organes. Ils sont d’ailleurs exposés à tous les risques», a-t-on expliqué.

Quel cadre légal ?

En Tunisie, le prélèvement et la greffe d’organes sont soumis aux dispositions de la loi n° 91-22 du 25 mars 1991. L’article 6 de cette loi interdit de procéder aux prélèvements moyennant une contrepartie pécuniaire ou toute autre forme de transaction. Les infractions aux dispositions de cet article entraînent des peines d’emprisonnement allant jusqu’à cinq ans. La loi stipule également que les prélèvements et les greffes ne peuvent être effectués que dans les établissements publics hospitaliers autorisés à cette fin par arrêté du ministère de la Santé publique.

En Tunisie, l’organisation générale du prélèvement et de la greffe d’organes et de tissus est sous la responsabilité du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (Cnpto). Ce centre est appelé, dans ce sens, à tenir un registre central, une sorte de liste d’attente sur laquelle sont inscrites les personnes dont l’état de santé nécessite une greffe d’organes et de tissus.

Ce cadre légal qui réglemente le don et la transplantation d’organes interdit strictement toute opération de vente de ces organes et préconise des peines d’emprisonnement contre toute personne impliquée.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire