Selon Yassine Gouiaa, président de l’ONE, le nombre de PME qui se sont vu refuser des crédits bancaires garantis par l’Etat, malgré l’obtention du ticket d’éligibilité, s’élève à 3.200.

L’Organisation nationale des entrepreneurs (ONE) a organisé lundi à Tunis une conférence de presse pour braquer les lumières sur l’état d’avancement de l’application des mesures financières qui ont été décidées en 2020 par l’Etat pour soutenir les  PME impactées par la crise du Covid-19. Rappelons que ces mesures d’appui devraient apporter la trésorerie nécessaire aux entreprises afin de les aider à faire face à la crise économique. Il s’agit principalement du mécanisme de garantie des crédits octroyés par les banques aux entreprises sinistrées. Ce dispositif, géré par la société Sotugar, devrait permettre, pour une enveloppe de 1.500 millions de dinars, de garantir les crédits bancaires   accordés pendant toute la période allant du 1er mars 2020 au 31 décembre 2021. Les prêts garantis par l’Etat seront remboursés sur une durée maximale de 7 années dont 2 années de grâce. 

Dans une déclaration accordée aux médias, le président de l’ONE, Yassine Gouia, a souligné que le mécanisme des prêts garantis par l’Etat prendra fin le 31 décembre 2021, alors que la crise sanitaire n’est pas finie et que le monde s’apprête à affronter une nouvelle vague. “Aujourd’hui, les entreprises sont en train de mettre, massivement, la clé sous la porte”, a-t-il déploré. 

Il a dénoncé le refus des banques de financer les entreprises, précisant que le nombre de PME qui se sont vu refuser des crédits bancaires garantis par l’Etat, malgré l’obtention du ticket d’éligibilité, s’élève à 3.200. 

“Le mécanisme de garantie des prêts bancaires prendra fin le 31 décembre 2021. Un montant de 500 millions de dinars reste encore à débloquer au profit des entreprises. Nous appelons les banques à adhérer aux efforts de préservation du tissu économique ”,  a-t-il indiqué. Par ailleurs, Gouia a appelé à une prolongation du dispositif en question jusqu’en 2022. 

2.200 entreprises bénéficiaires 

De son côté, le président-directeur général de la société Sotugar, Tahar Ben Hatira, a mis l’accent sur la réticence des entreprises à s’inscrire sur  la plateforme dédiée mise en place par le ministère des Finances. Il a  souligné, à cet égard,  que sur un total de 500 mille entreprises éligibles à la garantie de l’Etat, seulement 12 500 se sont inscrites sur la plateforme. “La question qui se pose désormais, c’est  pourquoi  les entreprises ne se sont pas inscrites sur la plateforme pour bénéficier du dispositif? Peut-être parce qu’elles craignent la transparence”, a-t-il précisé.  Il a fait savoir qu’à fin novembre 2021, environ 2.200 entreprises opérant dans tous les secteurs, exception faite du secteur touristique, ont bénéficié des prêts garantis par l’Etat. Ces prêts ont été distribués par 16 banques de la place. Avec un taux de réalisation de 80%, l’encours des crédits bancaires garantis par l’Etat a atteint 800 millions de dinars. Le PDG de Sotugar a précisé que l’Etat a garanti les prêts à hauteur de 99 à 77%. Les crédits octroyés aux entreprises du secteur de l’industrie représentent 40% du total des prêts distribués alors que celles  du secteur du commerce 30% , du service 10%  et de l’agriculture et du transport  5 %

Environ 9% des entreprises qui ont bénéficié d’un prêt garanti par l’Etat sont des PME dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas  1 million de dinars, 20% d’entre elles sont des entreprises qui ont réalisé des chiffres d’affaires compris entre 1 et 3 millions de dinars, tandis que la majorité des entreprises bénéficiaires de ce mécanisme (70%) sont des entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 3 millions de dinars. Par ailleurs, Ben Hatira a fait savoir que la durée de remboursement de ces prêts varie de 5 à 7 ans pour la plupart des entreprises.

“L’accès au mécanisme de garantie de l’Etat est conditionné par des critères d’éligibilité. Cependant, les banques doivent s’assurer que ces entreprises éligibles sont capables de rembourser les crédits contractés et qu’elles ne sont pas classées 4 par la BCT  à fin décembre 2019”, a-t-il expliqué.

Soutenir les entreprises pour bénéficier de la dynamique de la reprise économique 

Ahmad Karam, membre de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers a affirmé que le secteur bancaire est venu en aide aux PME afin de les aider à faire face aux répercussions de la crise sanitaire, en dépit des craintes que les risques planant sur l’économie ne se transmettent au secteur financier. Il a fait savoir que l’encours des crédits rééchelonnés a atteint  5 milliards de dinars,  précisant que cette mesure  a  permis d’apporter des liquidités aux entreprises et de soulager leur trésorerie. Quant au montant des prêts de soutien garantis ou non garantis par l’Etat, il s’élève à plus de 5 milliards de dinars. Karam a souligné que dans ce contexte où les crédits de soutien sont arrivés à échéance et où la crise sanitaire sévit encore, il est indispensable de poursuivre la dynamique de soutien aux entreprises. “Je pense qu’il faut prolonger les mesures exceptionnelles financières qui ont été mises en œuvre au profit des PME sinistrées, en l’occurrence  le mécanisme des prêts garantis par l’Etat et le report des crédits. Il faut également accompagner les entreprises pour qu’elles puissent bénéficier de la reprise et de  la croissance économique mondiale. Il faut les aider à dynamiser leurs exportations vers l’Europe qui table sur une croissance de 6%. Les entreprises vivent dans un environnement hostile, elles ont besoin d’un programme d’accompagnement qui va leur permettre de bénéficier de cette dynamique de reprise”, a-t-il souligné. 

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