Pour le contre-amiral à la retraite Kamel Akrout, la souveraineté numérique est le prolongement de la souveraineté de l’État et de son pouvoir de commandement. « Cette importante question doit être abordée avec plus de raison et de réalisme », insiste-t-il.


La révolution numérique que nous vivons, aujourd’hui, ne cesse de transformer la société à une vitesse sans précédent. Cette fameuse Révolution, que nous voyons comme la solution à nos problèmes, est aussi un grand problème pour chacun d’entre nous. Au niveau de la souveraineté numérique, même si la  Révolution a réussi à ouvrir d’immenses possibilités, elle présente toutefois des défis redoutables, car entre enjeux de souveraineté et respect de la vie privée, la question de l’usage des technologies de sécurité dans une démocratie ne va pas sans celle des garanties que l’État donne aux citoyens dans la préservation de leurs libertés. Et donc, la question de la confiance et de la préservation des libertés des citoyens reste un sujet qui fait débat et qui divise encore et encore l’opinion. C’est dans ce cadre-là que s’est tenue une conférence-débat au Coworking Business Center Bizerte sur la « Sûreté & souveraineté numérique », avec comme invité principal le contre-amiral à la retraite, Kamel Akrout, pour qui le défi de l’avenir est de savoir que faire et comment accompagner la dynamique que connaît le pays dans ce domaine et la rentabiliser.

La souveraineté numérique, amie ou ennemie ?

D’après l’expert en sécurité, défense, cybersécurité et sécurité nationale, même si on veut avoir de la souveraineté numérique dans notre pays, on n’a pas encore les moyens ni la base des données ainsi que les Big Data nécessaires à cette fin… Mais la question de la protection des données personnelles suscite, aujourd’hui, un intérêt important et divise la société tunisienne. Toutefois, à l’ère du numérique, de l’Intelligence Artificielle, de l’informatique, des Finetech… on doit tout faire pour ne pas rater le train du numérique.

« Depuis des années, de nombreuses voix se sont élevées partout dans le monde pour protester contre l’utilisation des données personnelles… On a protesté notamment contre la mise à la disposition de l’Etat d’informations qui pourraient accroître son pouvoir, si des mécanismes de contrôle ne sont pas simultanément mis en place. Mais de l’autre côté, sur les réseaux sociaux, on constate que les moyens de scruter les comportements et capter les informations privées se multiplient d’un jour à l’autre et, pourtant, chaque internaute continue de partager ses données personnelles sans mesurer l’ampleur du profilage réalisé par les experts de la donnée. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux sont devenus d’énormes répertoires de données par excellence… Ce sont nos premiers ennemis dans ce domaine… Face à cette réalité, cette équation ne se résout pas aussi simplement dans tous les pays, car, qu’on veuille ou non, la souveraineté numérique est et restera le prolongement de la souveraineté de l’État et de son pouvoir de commandement…Cette importante question doit être abordée avec plus de raison et de réalisme, loin des slogans qui ne proposent jamais de mesures applicables ni de solutions possibles…

Loin du concept classique de la souveraineté (domination, exercice de l’autorité suprême sur un territoire…), la souveraineté numérique ne se limite donc pas à la stricte perspective juridique classique, attachée au pouvoir des États. Même la manière dont la sécurité s’enseigne, se pense et se pratique a commencé à changer… Donc, aujourd’hui, la souveraineté numérique n’est pas incompatible avec les libertés individuelles… Pour toutes ces raisons, il faut se préparer avant qu’il ne soit trop tard, surtout que nous avons toutes les chances d’être parmi les premiers de ce monde numérique, grâce à un réservoir de ressources humaines de haut niveau », souligne-t-il, dans une déclaration accordée à La Presse.

Prévoir, ordonner, contrôler…

L’amiral Kamel Akrout affirme, également, que les composantes de la sûreté nationale sont trois, à savoir : la géographie, l’histoire et les variables et que la Tunisie pourrait disposer avec cette matière grise de tous les moyens nécessaires et des applications d’échange ou de stockage de documents véritablement souverains pour tout le bassin méditerranéen, vu sa situation géographique privilégiée et son histoire ainsi que ses relations avec les pays européens.

« Nous avons appris dans nos écoles militaires que les piliers du commandement sont prévoir, ordonner et contrôler… Nous avons appris aussi que tout ordre doit être réalisable, faisable et convenable… Aujourd’hui, il est plus que jamais temps de tirer les leçons de la pandémie du coronavirus et du confinement. Depuis des années, on nous dit que l’on va y arriver, que c’est pour bientôt, alors que ce n’est pas encore le cas. Beaucoup reste à faire dans ce domaine. Mais il est important de souligner que la sécurité est là pour faciliter la vie des gens, toujours selon l’évolution de la situation et du contexte… Aujourd’hui, grâce à la souveraineté numérique, on pourrait détecter des situations de danger pour les personnes ou les institutions, détecter des anomalies dans l’accès à des sites publics, la reconnaissance faciale (en temps réel)… et ce qui s’est passé récemment à l’avenue Habib-Bourguiba — et surtout devant le ministère de l’Intérieur — est la preuve que la Tunisie ne dispose pas encore des moyens de cette souveraineté pour une raison ou une autre. Je pense aussi qu’il faut faire confiance au secteur privé et à nos jeunes qui ne cessent d’innover…Ils sont capables de développer des solutions souveraines concurrentielles…Nous n’avons plus d’excuses à faire valoir », conclut-il.

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