Oser faire un saut qualitatif dans le domaine de l’innovation et de la finance nécessite une grande volonté, une forte détermination et des décisions courageuses. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait une autoroute pour transformer notre pays.


En matière d’innovation, la Tunisie reste encore à la traîne mais le pays n’a pas encore raté l’occasion de se ranger aux côtés de pays développés à condition d’être plus innovant, plus productif et plus compétitif pour réussir l’émergence de son économie. C’est un objectif difficile à atteindre, mais qui mérite que l’on s’y penche, si on veut faire de la Tunisie le futur royaume de l’innovation car les ingrédients ne manquent pas pour se lancer dans la course aux superlatifs grâce notamment à une dizaine d’écoles d’ingénieurs qui assurent une formation dans le domaine de l’Intelligence artificielle et de l’informatique, dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC)… Même avec des moyens modestes et limités, le pays a réussi à former durant des années de bonnes compétences en matière d’innovation et de digitalisation, en IA, robotique… Cette compétence abondante, qui a cherché durant des années à quitter le pays à tout prix, a réussi, grâce aux startup et à cette jeunesse, à créer et à travailler sur des mégaprojets dans ce domaine provenant du monde entier. Voilà en quelques mots le résumé de deux journées d’échanges et de 19 sessions couvrant tous les domaines de la finance, de l’innovation et de la technologie, dans le cadre de la première édition des journées «Tunisian Finance Days» ou «TunFin#21», qui se sont tenues récemment sur le thème «Finance, digitalisation et data».

Volonté, détermination et décisions…

Dans une déclaration accordée à La Presse, Sami Ayari, fondateur et président de Re*connectt, l’association organisatrice de l’événement, a indiqué que notre pays a raté les trois premières révolutions (mécanisation, industrialisation, automatisation). Mais la quatrième révolution industrielle présente une vraie opportunité pour la Tunisie et on ne doit pas la rater pour des raisons bien précises.

«Contrairement à ses précédentes, cette 4e révolution industrielle ne coûte pas cher et évolue à un rythme exponentiel. Elle est conduite par cinq grandes tendances : l’internet des objets, le cloud computing, la robotique avancée, l’intelligence artificielle et l’impression 3D. La vitesse à laquelle apparaissent les innovations actuelles est sans précédent. A cet égard, cette 4e révolution sera le seul moyen capable de créer un pont entre l’économie du 18e siècle, dans laquelle on vit actuellement avec l’économie d’aujourd’hui, et celle de demain. En matière de finance et d’innovation, avec Internet, le Cloud Computing, les solutions Open Source en IA…, nos startup peuvent faire des merveilles à moindre coût. Et malgré un contexte économique, politique et sanitaire incertain, il faut voir le verre à moitié plein; le pays a, bel et bien, commencé à faire des pas importants dans ce domaine grâce à de jeunes entrepreneurs détenant des idées innovantes de projets dans des secteurs prometteurs de l’économie et de la finance. Mais oser faire un saut qualitatif dans ce domaine nécessite une grande volonté, une forte détermination et des décisions courageuses. Pour ce faire, chacun de son côté doit faire son travail et apporter ce qu’il faut pour que nous puissions aller de l’avant», souligne-t-il.

 Un chantier en cache un autre

Parmi les recommandations qui ont été formulées par les conférenciers du «Tunisian Finance Days», figure tout d’abord la nécessité d’accentuer l’ouverture vers l’international et de faire émerger la Tunisie comme un hub éducatif et numérique régional, dans la continuité du programme Smart Tunisia. Toutefois, atteindre un tel objectif nécessite tout d’abord la restauration de l’image du pays qui a été entachée par une série de crises (économique, politique, sociale et récemment sanitaire). Par ailleurs, en plus d’un marketing international plus dynamique, il faut travailler sur deux autres axes importants. Le premier concerne la transparence dans tous les domaines (engagements, prix, exécution, qualité) alors que le deuxième exige de ségréger totalement l’action politique de l’action entrepreneuriale.

Il faut, également, se concentrer sur ce que les acteurs tunisiens peuvent faire en termes de capacité technique et humaine, et en cohérence avec leur profondeur en matière d’offre, sur des initiatives peu consommatrices de capital, et surtout sur des projets qui ouvrent des opportunités connexes dans les étapes ultérieures. Un autre élément aussi important, c’est de faire évoluer les cursus universitaires et de formation en intégrant la contrainte de la transformation digitale au niveau des programmes existants et en développant de nouveaux programmes orientés vers les métiers émergents de la finance digitalisée. Dans ce même cadre, il faut créer des pôles et des programmes de recherche qui décryptent et anticipent les tendances et les évolutions de l’industrie financière, l’IA, la technologie blockchain et les cryptomonnaie, ce qui pourrait être favorisé par le développement des synergies entre le monde académique et les professionnels de la finance et de l’IT.

Une stratégie à l’heure de l’innovation

Sur un autre plan, il y a l’obligation de concevoir une stratégie nationale de transformation numérique du secteur financier, selon une approche participative, incluant les différentes parties prenantes dont l’Etat, les opérateurs privés, les consommateurs… Cette stratégie devrait prendre en considération le coût de la modernisation des systèmes hérités (Legacy Systems) des établissements bancaires (environ 50 à 60% de leur budget). Dans ce cadre, les acteurs du système financier peuvent amortir ces coûts à travers la création de synergies et d’externalités positives.

Il faut aussi anticiper et développer les approches et outils de gestion des risques financiers émergents (cyber-risque, risques environnementaux, etc.) dans les banques et sur le marché financier pour assurer la stabilité du système financier, développer la finance numérique pour améliorer l’accès aux services financiers à la population non bancarisée et aux miro et petites et moyennes entreprises, favoriser l’intégration du système financier tunisien dans son environnement international afin de compléter l’offre des services financiers offerts aux entreprises (notamment les PME), attirer les investissements en portefeuille… Mais pour atteindre tous les objectifs cités, il est indispensable de renforcer le cadre réglementaire et des institutions garantes d’un fonctionnement efficace et concurrentiel du système financier, utiliser le potentiel qu’offrent les technologies numériques au gouvernement et structurer la coopération avec les Tunisiens travaillant à l’étranger (diaspora) afin de faciliter non seulement les transferts de leurs fonds, mais surtout de connaissance en matière de modernisation du système financier.

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