A Tunis, des scènes sont devenues ordinaires. Certains pour, d’autres contre le 25 juillet, les deux clans sont descendus, hier vendredi 17 décembre, dans la rue pour manifester. Cette date, censée célébrer la fête de la Révolution, a été dominée par le processus enclenché par le Président de la République.


Alors que les appels à manifester contre le processus du 25 juillet étaient multiples, hier, 17 décembre, date symbolique de la célébration de la Révolution, plusieurs centaines de personnes sont descendues dans la rue pour dire non aux dispositions exceptionnelles, mais aussi à l’annonce d’un calendrier électoral par le Président de la République Kaïs Saïed.

8h du matin. L’ambiance est déjà tendue à Tunis, des manifestants munis du drapeau national ont été empêchés de rejoindre l’emblématique avenue Habib- Bourguiba pour atteindre le théâtre municipal là où leur point de rassemblement était prévu. Rassemblés sous le pont de la République, leur colère et désarroi étaient palpables, les forces sécuritaires bloquaient tous les accès à l’Avenue.

Les manifestants ont, en effet, exprimé leur colère quant à cette décision, dénonçant une atteinte à la liberté de manifestation. Oussama Kheriji, leader au sein d’Ennahdha et membre du collectif « Citoyens contre le coup d’Etat », a condamné, dans ce sens, une décision sécuritaire inattendue « d’autant plus que la manifestation a eu son autorisation ». « Nous étions surpris par cette décision, on nous bloque dans un périmètre insuffisant même pour accueillir 2000 mille personnes », s’est-il indigné.

Conduisant la foule, la première figure de l’opposition au processus du 25 juillet, Jawhar Ben Mbarek, a fait part, quant à lui, de ce qu’il appelle des pratiques visant à réprimer les manifestants. Selon ses affirmations, les forces sécuritaires ont saisi les mégaphones ainsi que les différents équipements des manifestants. Ce dernier est allé jusqu’à annoncer un sit-in au centre-ville pour dénoncer ce qu’il désigne comme « une main de fer exercée par la police de Kaïs Saïed ».

Au fait, devant le théâtre municipal, ce sont plutôt les sympathisants du Président de la République et de la mouvance du 25 juillet qui ont manifesté. Munis également du drapeau national, ils ont scandé des slogans soutenant Kaïs Saïed ainsi que son projet politique, notamment après l’annonce d’un calendrier électoral et de la tenue d’un référendum, rejetant tout retour à l’avant-25 juillet.

Pour être plus précis, sur l’avenue Habib-Bourguiba et au niveau des rues perpendiculaires, en tout trois rassemblements ont été organisés hier vendredi pour la commémoration du onzième anniversaire de la révolution, mais aussi en lien avec les évènements du 25 juillet. Outre les deux manifestations précitées, un autre rassemblement a été organisé également hier vendredi, suite à l’appel des partis Courant démocratique, Ettakatol et Al-Joumhouri dans le cadre d’un front qui se définit comme mouvance sociale-démocrate et qui appelle à défendre la démocratie et à lutter contre la gouvernance unilatérale. D’ailleurs, le secrétaire-général du Courant démocratique, Ghazi Chaouachi, a dénoncé l’interdiction de leur manifestation d’atteindre l’avenue Habib-Bourguiba, mettant en garde contre les pratiques policières répressives.

Les risques de la bipolarisation politique

Ces derniers mois, les rassemblements et protestations contre le Chef de l’Etat et les dispositions du 25 juillet sont devenus habituels. Si ce mois a marqué une trêve, les manifestations appelant même à la destitution du locataire de Carthage ont repris de plus belle hier. Pour le Président de la République, ces manifestations, même si elles sont qualifiées de « mauvaises mises en scène », démontrent que l’Etat garantit tous les droits et les libertés, la preuve en est.

Mais pour les manifestants, le Président de la République « constitue un danger pour le processus démocratique en Tunisie », puisqu’il l’accuse de « putsch contre la démocratie ». De l’autre côté, les sympathisants du Président de la République se félicitent d’une rectification du processus révolutionnaire appelant le Président de la République à aller jusqu’au bout de son projet politique, ils voient en lui le sauveur de la patrie.

Sauf qu’entre-temps, c’est la Tunisie qui paye cher ces images de bipolarisation politique devenues malheureusement ordinaires dans la rue. Le risque est gros de voir ces foules basculer dans la violence. Et sans l’organisation sécuritaire qu’on a pu observer hier, des actes de confrontation auraient pu avoir lieu.

Rappelons que dans le discours qu’il a prononcé lundi soir, le Président de la République a annoncé le maintien du gel du Parlement jusqu’à l’organisation de nouvelles élections, l’organisation d’élections législatives le 17 décembre 2022, conformément à une nouvelle loi électorale et la présentation des projets de réformes constitutionnelles et autres par référendum le 25 juillet prochain.

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