Récemment se tenait, à Doha, le World Innovation Forum for Education, assises internationales de tout ce qui se fait, se pense, se conçoit et s’imagine en matière d’éducation. Plus de 2000 participants, en présentiel, et cinq fois davantage online. Pour orchestrer tout cela, panels, tables rondes, conférences, workshops, une organisation imparable, dont la fluidité, la précision, et la rigueur étonnaient. Aux commandes de cette formidable machine, un jeune Tunisien à la redoutable et discrète efficacité. Nous avons voulu en savoir plus sur lui. Elyès Felfoul, jeune Tunisien des autres rives, a quitté la Tunisie à l’âge de douze ans pour suivre ses parents au Canada. Très actif dans la société civile, il est entré très jeune en politique, et à 23 ans, faisait partie du cabinet du ministre de la Justice, le suivant quand il devint Vice-Premier ministre. Puis, changeant d’orientation, et de secteur d’activité, il choisit la finance, avant de décider de reprendre ses études, et d’entreprendre un diplôme de Sciences Po initié par Harvard… à Singapour. A la suite de ce diplôme, Elyès Felfoul s’offre une année sabbatique, voyage en Chine, en Malaisie, au Cambodge, en Indonésie. Il est par la suite recruté par la Qatar Fondation comme chef de cabinet du CIO  du World Innovation Summit for Education, initiative lancée par la fondation et dont l’Education sous ses différentes formes est le credo. A l’issue de cette rencontre, il a bien voulu répondre à nos questions.

La dernière session de WISE vient de s’achever. Une session qui a dû être particulièrement difficile à organiser, au vu des circonstances internationales, mais qui a été une superbe réussite.

Votre bilan en chiffres : participants, pays, conférences, rencontres et débats, etc.

C’est en effet une superbe réussite. Le Sommet Wise 2021 a rassemblé plus de 1.200 participants par jour. Nous avons accueilli des intervenants de 35 pays et des journalistes de 20 pays. 11.500 personnes se sont enregistrées pour la version online de 177 pays.  Nous avons construit la plateforme Wise il y a plus de dix ans pour amplifier le travail que font les organisations qui œuvrent dans l’éducation et créer une communauté. Et au milieu d’une pandémie mondiale, nous avons réussi à nous réunir à nouveau— en présentiel et en ligne—pour trois jours de conversation, d’inspiration et de réengagement à la cause d’une éducation de qualité pour tous. Dans les années et les décennies à venir, le monde aura besoin de mouvements comme WISE pour être un catalyseur d’intelligences et d’énergies collectives. Cette année, nous avons célébré la gagnante de notre prix Nobel de l’Education. Nous sommes très contents que la P.D.G et co-fondatrice de «Teach For All», Wendy Kopp, a reçu le prix WISE pour l’éducation pour son réseau mondial innovant visant à offrir des opportunités d’éducation à tous. Depuis sa création, les partenaires du réseau «Teach For All» ont collectivement placé plus de 104 400 recrues sur six continents et aident actuellement 1,1 million de jeunes à développer les compétences et les connaissances dont ils ont besoin.

Quels sont les obstacles majeurs que vous avez rencontrés dans l’organisation de ces assises ?

Le Sommet WISE 2021 fut un défi à relever. Notre communauté et les personnes intéressées par le sujet de l’éducation n’ont pas pu se rencontrer en personne depuis 24 mois, ce qui a, quelque part, créé un engouement pour se retrouver. Malgré cela, bien évidemment qu’il y avait des obstacles majeurs pour ramener tout ce monde à Doha. En premier, nous étions limités à un maximum de 1.092 personnes/par jour pour cette édition. D’habitude, nous accueillons 3.000 à 4.000 participants, donc un challenge opérationnel s’est imposé : comment produire un espace où l’expérience du networking et les échanges gardent leurs côtes inspirants et énergisants avec beaucoup moins de participants. Nous avons donc misé sur la qualité des intervenants, des contribuables et un bon nombre de représentants de médias pour garantir un programme digne de nos standards.

Ensuite, rappelons-nous que nous sommes encore en pleine pandémie et l’annonce de l’OMS d’une nouvelle variante Omicron est arrivée moins de 3 semaines avant le jour J. Un challenge logistique s’est imposé quand plusieurs pays ont introduit de nouvelles conditions pour voyager. Il fallait rapidement s’adapter et vite rétablir une confiance vis-à-vis des intervenants internationaux. Il fallait s’attendre au pire et se préparer à tous les scénarios possibles, tout en garantissant à nos invités un déroulement impeccable même dans les pires des situations. Somme toute, nous, en tant qu’humains, ne sommes pas faits pour vivre avec tant d’incertitude et d’imprévisibilité. Ces conditions ont affecté les équipes. Un challenge humain s’est imposé pour garder les équipes motivées devant tant de contingence. Nous sommes chanceux à WISE que l’équipe soit passionnée par le sujet, mais il est important de souligner les difficultés devant tant de changements. Je profite d’ailleurs de cet échange pour rendre un grand hommage aux travailleurs du secteur événementiel qui doivent composer avec tant de difficultés pour réussir leur mission. 

Finalement, cette expérience hybride a ses côtés positifs puisqu’elle permet d’élargir le nombre de personnes intéressées pour participer et accéder au contenu du sommet. Dorénavant, cette formule de participation physique et à distance, qui est en fait une forme de plus grande démocratisation, va être la nouvelle tendance puisque qu’elle permet une audience plus large et inclusive.

Est-ce que vous vous déclarez satisfait ?

Très satisfait ! Et fier que notre communauté a répondu par sa participation et sa présence. L’éducation est un enjeu majeur pour le développement de la citoyenneté, de l’émancipation des individus et de l’amélioration des conditions économiques, particulièrement à la suite d’une pandémie qui freine tous les efforts mis en avant, ces dernières années.

«UnMute génération» a été le thème de cette session : vous donnez la primauté et la parole à une génération qui ne veut plus se taire. Le thème est porteur et a fédéré les participants.

Pensez- vous que cette génération qui réclame une meilleure vision de son avenir aura trouvé les bonnes réponses?

De jeunes acteurs du changement en matière d’éducation du monde entier ont occupé le devant de la scène au premier Youth Studio de Wise (un studio spécialement dédié aux jeunes) pour exiger un système éducatif radicalement nouveau—un système qui s’attaque aux inégalités sociales et économiques et qui éduque tout le monde sur l’urgence climatique.

Le contenu et la programmation de ce studio ont été la tâche de «la commission jeunesse de Wise», un comité composé de jeunes talents de plusieurs pays. Ils ont choisi les intervenants et les sujets et conseillé l’équipe éditoriale sur l’ensemble du programme de cette année.

Une des interventions les plus brillantes a été faite par une jeune fille qui a été élue l’enfant de l’année 2020 du magazine Time, Gitanjali Rao, 16 ans, qui a animé une session exhortant les filles à s’affranchir des normes sociales restrictives pour exiger une éducation qui tienne leur véritable promesse.

Après un temps de répit, vous allez probablement entamer les préparatifs de la prochaine session : quelles problématiques ont été soulevées auxquelles cette session n’a pas répondu ?

Comment l’EdTech qui utilise la technologie et le digital, comme support, peut transformer l’apprentissage dans notre région et dans le monde et comment on peut rendre l’éducation plus simple et flexible, mais également plus personnalisée… On va se pencher sur ces sujets en espérant organiser un événement Wise@ à Medellin en Colombie fin 2022 ou début 2023.

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