Les comités directeurs de l’instance présidant aux intérêts des producteurs, agriculteurs et pêcheurs n’ont fait que dépoussiérer les communiqués, changer leurs dates et les ont republiés pour expliquer que les producteurs ne s’en tirent pas avec les augmentations successives des composants de ces produits et intrants destinés à l’alimentation animale.

Et voilà «la crise» des œufs qui ressurgit.

Cela n’a rien d’exceptionnel. Remontez le cours du temps et vous constaterez que ces crises surviennent à chaque fois qu’on crie sur les toits qu’une pénurie menace le pays et qu’il y a danger pour que nous soyons privés d’œufs à l’occasion du… mois de Ramadan !

La belle affaire. A se demander comment vivent, se comportent et effectuent leur jeûne, ceux qui ne se prévalent pas du fameux brick national.

C’est justement cette faiblesse du consommateur tunisien que les spéculateurs, et ceux qui les encouragent, titillent  pour provoquer la demande, déséquilibrer le  marché, provoquer la pénurie  et bien entendu pousser l’Etat dans ses derniers retranchements. L’importation devient une obligation, alors que le pays est en pleine crise économique.

A la veille du jour de l’an, à l’approche du mois de Ramadan, en prévision de l’Aïd Esseghir, en attendant la fête du Sacrifice, pour passer un bon Mouled, nous avons besoin d’œufs. Faites le compte et vous constaterez que cela nous mène déjà à cinq futures augmentations de prix de ces précieux joyaux que nos poules, à poussins importés, nous pondent au grand plaisir de ceux qui se préparent à lancer leur campagne d’explication.

Promesses non tenues

Cette campagne, depuis des décennies, se base sur «l’augmentation des intrants dans la composition des aliments» destinés à ces volailles.

Les gouvernements successifs ont promis de résoudre ce problème. Ils l’ont résolu en… important des œufs. C’est la solution de facilité en dépit du coût que cela représente pour une économie de plus en plus engluée dans ses contradictions.

Les comités directeurs de l’instance présidant aux intérêts des producteurs, agriculteurs et pêcheurs (les éleveurs de poissons et de bétail connaissent les mêmes insuffisances) n’ont fait que dépoussiérer les communiqués, changer leurs dates et les ont republiés pour expliquer que les producteurs ne s’en tirent pas avec les augmentations successives des composants de ces produits et intrants destinées à l’alimentation animale.

Ni le ministre de l’Agriculture, ni l’Utap n’ont pensé un seul instant que malgré tous ces problèmes nous possédons des «cerveaux», des laboratoires et surtout plus de dix mille doctorants dans différentes spécialités qui ne demandent qu’à être mis à contribution pour servir leur pays.

Se prendre en charge

Bien entendu, nous saisissons l’occasion pour reprocher à ces doctorants qu’ils devraient commencer par se prendre en charge, vivre les problèmes, les insuffisances, que vit le pays pour essayer de s’en tirer en cherchant à mettre en pratique leurs connaissances.

Nombre d’entre eux ont sauté le pas et sont devenus des promoteurs, des chefs d’entreprise et des hommes complètement intégrés. En ne comptant que sur eux-mêmes.

Cela ne pourrait pas être le cas de tout le monde, étant donné qu’il y a toujours des impondérables qui ouvrent ou ferment les portes, mais en partant du «vouloir c’est pouvoir», il y a forcément des opportunités qui font frémir les plus audacieux.

Il n’en demeure pas que nos entreprises ne sont pas un exemple du genre. Elles devraient, non pas se plier aux conditions des spéculateurs qui imposent prix et conditions, mais changer de politique en resserrant leurs rangs pour encourager ceux qui seraient capables de trouver une issue à ces produits pour alimentation animale en ayant recours à ce que nous possédons dans notre pays.

Ces crises successives

Considérant que l’alimentation des volailles repose selon des techniciens en la matière sur deux principes de base, à savoir :

-Privilégier les matières premières agricoles issues de l’exploitation de la région ou d’autres exploitations biologiques provenant d’autres régions.

-Respecter les besoins des animaux en fonction de leurs stades physiologiques.

Il doit bien y avoir des supports, des déchets provenant d’autres industries, des intrants que nous possédons et qu’il suffirait de chercher et essayer de reconvertir pour résoudre, ne serait-ce qu’en partie, ce problème afin de mettre un terme à ces crises successives qui ne profitent en fin de compte qu’aux spéculateurs qui n’attendent que ces remous pour s’enrichir aux dépens d’un consommateur qui ne sait plus où donner de la tête.Cela revient à dire qu’il n’y pas de pénurie d’œufs, mais une spéculation  effrénée prouvée d’ailleurs par les saisies opérées dans de nombreux lieux de stockage, souvent illégaux et non déclarés. Nous savons que certains pays, et non des moindres, fabriquent leurs propres aliments pour animaux tout en important une ou deux matières, parfois plus, pour compléter les mélanges dont ils ont besoin.

De larges horizons

D’autres ont saisi l’occasion pour ouvrir de nouveaux débouchés pour des agriculteurs, éleveurs et industriels en les associant à leurs projets de recherches. Etant donné que, d’après un connaisseur du milieu, les aliments des poules pondeuses sont à base de céréales (blé, maïs, orge, avoine…) et formulés pour fournir 15 à 16 % de protéines. Le taux de calcium de l’alimentation d’une poule pondeuse doit être au moins de 3 à 4 %, sinon la coquille des œufs risque d’être fragilisée. Il y a moyen de mobiliser des surfaces pour fournir ce genre de céréales, se rapprocher des pêcheurs et des éleveurs de poissons, et autres intervenants pour lancer l’expérience, expérimenter, revenir à la charge sans se décourager.

Il ne fait aucun doute que la mise en place de cette organisation  rencontrera forcément de la résistance du côté de ceux qui ont mis le marché sous leur emprise. Ce ne sera pas facile de leur retirer  cette proie facile à laquelle ils se sont habitués.En fin de compte, avec ce nombre impressionnant de hauts cadres en activité ou au chômage, il est honteux de continuer à dépendre de l’étranger pour avoir du poulet de chair et des œufs dont nous avons besoin. C’est la raison pour laquelle nous pensons que ce créneau est porteur et qu’il faudrait oser.

Quelles nouvelles excuses ?

C’est dire qu’au lieu et place de ces plaintes, jérémiades et cris d’orfraie, il faudrait essayer d’intéresser ces techniciens, ces spécialistes qui ont du vécu et ces doctorants pour les inciter à se mettre au travail. Un travail loin d’être facile mais qui pourra  déboucher sur de larges horizons, et surtout mettre un terme à ces manipulations, ces spéculations auxquelles s’adonnent les barons du milieu qui, profitant de cette léthargie, de ce laisser-faire, caractérisant tous les responsables du milieu, sont convaincus qu’ils ont encore de beaux jours devant eux. Au ministère de l’Agriculture de leur prouver le contraire. Un brevet d’invention, des résultats probants pourraient non pas seulement résoudre les besoins du marché tunisien, mais rayonner en dehors de nos frontières. Quelles excuses vont-ils encore inventer en attendant Ramadan ?

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