C’est dès les premières années qu’il faut habituer les enfants à consommer des produits locaux estampillés «Made in Tunisia» afin que cela devienne une habitude

Une campagne portant sur «le consommer tunisien» a été lancée la semaine dernière à Sfax. Cette campagne est louable à plus d’un titre. Le plus important, c’est bien d’avoir choisi une école primaire. C’est, en effet, à cet âge que l’enfant commence à comprendre l’importance que revêt son appartenance à une communauté, une région, un pays. Mais bien entendu, il ne faudrait pas croire que c’est suffisant. Parce que son père risque de lui faire boire le jour-même du lancement de cette campagne un jus concocté en Turquie, dans un verre fabriqué en Corée ou en Chine, et servi sur un plateau fabriqué au Japon.

Pour lever toute équivoque, si nous ne citons que ces pays amis ou frères, ce n’est point pour des raisons xénophobes, mais tout simplement parce que nous essayons de réagir tout à fait comme eux. Les enfants de ces pays, comme bien d’autres d’ailleurs, ont appris à donner la priorité, la préférence à tout ce qui se fait chez eux. Et c’est légitime !

Chez nous, le vendeur de n’importe quel produit est  fier de vanter  haut et fort l’origine étrangère de ce qu’il propose.

Pour souligner qu’une chemise est de très bonne qualité, on insiste sur le fait qu’elle a été fabriquée en France ou en Italie, alors qu’il est très possible qu’elle ait été coupée en… Tunisie, emballée et réexpédiée pour être exposée et vendue.

C’est comme ce jeune étudiant qui revenait de l’étranger pour passer ses vacances : il jurait qu’il a toujours refusé de prendre les vols de notre compagnie nationale. Un Allemand, un Français ou un Italien n’opterait pour les services d’une compagnie étrangère que par obligation. Sa priorité, c’est sa compagnie nationale.

Une éducation, une conviction

Le problème réside, en fait, dans ce manque d’éducation qui aurait dû être inculquée depuis le jeune âge. Non pas pour emmurer l’enfant dans un certain espace, mais pour lui apprendre à avoir foi en son pays dont les produits, les services sont souvent reconnus parmi les meilleurs.

Dans une étude faite dernièrement, à l’issue des confinements imposés par la pandémie, on a constaté que 62% des Français restent très fortement attachés à leurs… supermarchés. Ces grandes surfaces passent pour des lieux où ils retrouvent les produits locaux qui ont leur préférence. La vente de produits locaux constitue le premier critère dans le choix d’un magasin alimentaire pour les Français. Dans le même ordre d’idée et  dans les prochaines années, un Français sur cinq pense étonnamment avoir moins recours qu’aujourd’hui aux sites Internet (livraison à domicile ou retrait drive/magasin).

Importer ce que nous produisons

Alors que les grandes surfaces des pays occidentaux s’efforcent de sensibiliser et de motiver les nationaux pour les habituer à consommer les produits de leurs pays, les nôtres que font-elles ? Ils s’échinent, alors que le pays est au bord de la banqueroute, à importer des articles que nous produisons, pour créer un climat d’émulation positive. Et comme certains pays ont recours,sans que nous réagissions, à un dumping effréné, les prix sont tentants.

Cela est valable pour les vêtements comme pour les verreries ou pour les articles ménagers. Pour les voyages comme pour les séjours à l’hôtel. A voir les prix que l’on offre « tout compris » aux étrangers désirant venir en Tunisie, on ne peut que se demander comment transporteurs et  hôteliers trouvent leur compte. En contrepartie, on offre des réductions pour les Tunisiens qui sont dans l’obligation de payer deux, trois fois plus que ce que paie un étranger. En fin de compte, beaucoup préfèrent aller passer leurs vacances à l’étranger.

Bien entendu, on vous rétorquera que l’étranger paie en devises, mais, de toutes les façons, il ne faudrait pas soutenir que le tourisme local est choyé. C’est une question de prix et de chiffres qui ne trompent pas.

Se ruiner

Pour passer ses vacances, une famille tunisienne est obligée de se ruiner. En face, dans le même hôtel, des étrangers paient le tiers et même moins que le client local.

Ne parlons pas de ce que coûte une chemise, un pantalon, un blouson ou de bonnes chaussures.A qui la faute ? Il n’est point dans notre rôle de chercher des coupables, mais il suffirait, pour comprendre le fin fond de la question, d’être convaincu qu’un importateur étranger qui se respecte ne réagira jamais de cette manière. La priorité sera toujours donnée à ce qui est d’origine locale. Même à qualité inégale et prix plus intéressant.

Il n’en  demeure pas moins que face à la crise sanitaire  économique et sociale, nous aurions dû voir toutes les parties prenantes donner la priorité aux producteurs de leur région, de leur pays. Cette absence de solidarité est un mauvais signe dans un monde qui ne croit plus qu’à l’enrichissement en cette période de détresse.

Tous les moyens sont bons

Qu’avons-nous vu ? Des spéculateurs qui s’en donnent à cœur  joie. Des riches qui sont devenus plus riches et des pauvres plus pauvres. Tous les moyens sont bons pour laminer ce qui reste. Au vu et au su de tous. Responsables compris. En effet, alors que nous sommes au bord du précipice, nous enregistrons l’arrivée de nouveaux produits de laitage par exemple. Ces articles génèrent des royalties énormes au profit de celui qui a concédé son nom et sa méthode de fabrication, des emballages nouveaux qui coûtent parfois plus que le produit lui-même et que nous jetterons à la poubelle.

On s’attendait à ce que le ministère  du Commerce freine ces envolées vers d’autres horizons pour nous ramener des babioles et tuer les entreprises tunisiennes qui en fabriquent (mais qu’elles offrent il est vrai plus cher). Ce département semble limiter son action  à compter les coups.

Par où commencer ?

C’est la question et il est difficile d’y répondre parce que, tout simplement, c’est de toute une stratégie à long terme qu’il s’agit et qu’il faut concevoir. Ce n’est pas seulement le ministère du Commerce qui est responsable de la mise en place de cette stratégie. D’autres départements ont leur rôle à jouer pour mobiliser la masse, l’éduquer, la convaincre et surtout freiner ces élans dévastateurs des opérateurs sans scrupules. Il faudrait commencer tout d’abord par interdire l’importation des articles que fabriquent nos usines et protéger ensuite ces unités appelées à disparaître en recourant à des décisions rigoureuses et salvatrices. C’est une priorité. Nous ne sommes pas les seuls à le suggérer, mais en vain. Cela semble tomber dans l’oreille d’un sourd.

On ne ferait pas mieux pour faire le vide et favoriser tout ce qu’on importe à tort et à travers !

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel GHATTAS
Charger plus dans Société

Laisser un commentaire