Si la comparution de Rachid Ammar devant la chambre de la justice transitionnelle en tant qu’accusé a été qualifiée d’humiliation par son avocat, Sihem Ben Sedrine, ancienne présidente de l’IVD, rétorque que l’affaire est grave en raison d’un certain nombre de martyrs tombés les 25, 26 et 27 février 2011. Finalement, il a comparu en tant que témoin. Ses révélations sont controversées, mais accablantes. 

L’ancien chef d’état-major de l’Armée à la retraite, le général Rachid Ammar, a comparu hier, lundi 3 janvier, devant une chambre relevant de la justice transitionnelle auprès du Tribunal de première instance de Tunis. Il est accusé d’homicide volontaire et tentative de meurtre avec préméditation lors des événements de La Kasbah 2 durant la période allant du 25 au 27 février 2011, causant la mort de cinq victimes. De hauts responsables sécuritaires et militaires sont impliqués dans la même affaire qui relève des prérogatives de l’Instance vérité et dignité (IVD) et qui, selon l’avocat de la défense, Ahmed Souab, a provoqué la surprise de l’accusé. L’euphorie révolutionnaire consumée, l’heure des comptes a-t-elle sonné pour celui que la révolution a propulsé à des sommets inégalés? Rachid Ammar est-il réellement impliqué  dans cette affaire ou a-t-il bénéficié d’une certaine immunité? 

La justice tranchera, mais tout le monde s’attend déjà à de nouvelles révélations se rapportant notamment à l’affaire des snipers, un épisode sanglant de l’histoire du pays. Ni l’ancien président Ben Ali, décédé à l’âge de 83 en Arabie Saoudite, ni d’anciens hauts cadres sécuritaires qui ont été condamnés à des peines de prison n’ont avoué  leur implication dans la mort de 338 personnes, selon un bilan officiel publié en mai 2012.

Rachid Ammar proclame son innocence 

Hier, lundi 3 janvier, ce fut donc le tour du général à la retraite Rachid Ammar de passer aux aveux. L’audience de ce dernier devant la chambre de la justice transitionnelle  en tant qu’accusé a été qualifiée  d’humiliation pour son client, a regretté l’avocat de la défense Ahmed Souab. Mais dans un Etat démocratique nul n’est au-dessus de la loi, d’autant plus que les familles des martyrs de la Révolution n’ont pas toujours fait leur deuil. Par ailleurs, l’ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité, Sihem Ben Sedrine, a déclaré hier lundi 3 janvier 2022 à une radio privée que le dossier dans lequel le général Rachid Ammar est accusé de meurtre est une affaire grave en raison d’un certain nombre de martyrs tombés les 25, 26 et 27 février 2011. Elle ajoute que Rachid Ammar se considère au-dessus des lois et que sa simple comparution devant le tribunal est une insulte pour lui.

Lors de son audience, le général Rachid Ammar a proclamé son innocence et démenti toutes les accusations portées contre lui, même après l’évasion du président Ben Ali, ajoutant qu’il a tenu à respecter la loi. Il a fait savoir que l’ex-ministre de la Défense, Ridha Grira, lui a demandé d’arrêter l’ex-chef de la sécurité présidentielle, Ali Seriati, qui planifiait un coup d’Etat. Rien de nouveau dans cette révélation et Ali Seriati avait même répondu à cette accusation  que la  seule personne qui avait le pouvoir de faire un coup d’État avec l’appui des militaires est Ridha Grira, selon lui. D’autre part, et lors de la même audition, Rachid  Ammar a expliqué qu’il a en effet reçu des consignes pour tirer sur les membres du clan Trabelsi à l’aéroport, mais il a refusé. A la fin de l’audience, et à la demande du comité de défense, le procès a été reporté au 14 février 2022.

«L’homme qui a dit non à Ben Ali», un mensonge !

Ce n’est pas la première affaire à laquelle le général à la retraite fait face. En effet, l’avocat Imed Ben Hlima avait  déclaré en janvier 2016 que l’ancien directeur général de la sécurité présidentielle, Sami Sik Salem, l’a chargé d’intenter un procès à l’encontre du Général Rachid Ammar et du Général Faouzi Aloui, pour “enlèvement, extrême violence et détention sans motif légal”. Ben Hlima avait à cette époque  assuré que son client a été détenu le 19 janvier 2011 à la base militaire de l’Aouina, pendant 16 jours puis relâché. 

Pour rappel, le 24 juillet 2011, le député gelé Yassine Ayari avait  jeté un pavé dans la mare en  dévoilant que c’était lui qui était derrière le mensonge de  «l’homme qui a dit non à Ben Ali».  Ce mensonge visait la manipulation de l’opinion publique rien de plus, mais il a porté Rachid Ammar au sommet de la gloire. «L’homme qui aurait dit non» figurait  même à la une de certains médias et journaux. Deux ans plus tard, le général à la retraite est presque poussé à la sortie. Après avoir reçu les insignes de grand officier de l’ordre de la République lors de la cérémonie d’anniversaire du 57e anniversaire de l’armée tunisienne tenue au palais de Carthage le 24 juin 2013, Rachid Ammar annonce son départ à la retraite sur une chaîne privée tout en regrettant la campagne menée contre lui par des hommes politiques dont Mohammed Abbou. 

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