Initialement fixée au 1er de ce mois, puis reportée de deux semaines, soit à la mi-janvier, la consultation populaire, déjà inscrite sur la feuille de route annoncée, en décembre dernier, par le Président Kaïs Saied, fera-t-elle du chemin ? Parviendra-t-elle à cibler tous les citoyens?

A priori, la consultation populaire est en phase d’essai et de sensibilisation menée sous forme d’opérations blanches dans les maisons des jeunes des 24 gouvernorats du pays. Avant d’être effectivement lancée, d’ici à samedi prochain, avec en toile de fond six thématiques principalement liées aux questions électorales et politiques, financières, économiques, sociales, du développement, de la transition numérique, de la santé et de la qualité de la vie, ainsi qu’aux affaires éducatives et culturelles. Le tout, en répondant à une trentaine de questions orientées.

Toutefois, son démarrage en demi-teinte contraste, hélas, avec l’idée d’une telle initiative présidentielle. L’opposition de ses détracteurs vint, alors, jeter un pavé dans la mare, arguant que la plateforme électronique « e-istichara » est inaccessible.

Belle initiative entourée de flou

Depuis, les critiques et les indignations fusent de toutes parts. Dans la foulée, des voix discordantes ont appelé à son boycott. D’autres y voient un acte présidentiel incongru et intempestif décidé sans compromis. Soit une belle initiative entourée de flou. 

Pour eux, comment agir de la sorte, dans une société où seulement 45% des foyers pourraient avoir accès à internet ? A cela s’ajoute un taux national d’analphabétisme avoisinant 20%. Et pas mal de zones où l’illettrisme numérique n’est plus à démontrer, plombant ainsi toute consultation pareille. D’ailleurs, Evax, la plateforme de vaccination, a donné le mauvais exemple. D’autant plus que le télé-enseignement, ou l’éducation à distance, opéré pendant la crise sanitaire qu’a connue le pays en 2020-2021 avait troublé les enfants et suscité l’inquiétude des parents. De même, la numérisation de notre administration n’est, en fait, qu’un vœu pieux. Du temps de l’ancien régime, avant la révolution, cette question fut, alors, posée avec une grande acuité. Mais, en vain ! 

Ces réserves qui dérangent

Bien qu’une consultation auprès des jeunes fasse l’unanimité, la façon avec laquelle elle sera menée n’est peut-être pas bien appréciée. Son caractère numérique ne semble pas fiable, et ce, à bien des égards. Car elle pourrait voir son contenu faire l’objet de toute forme de fraude et de manipulation. Il y va aussi de l’image de la consultation, mais aussi de la sécurité des données personnelles de ses utilisateurs. Cela étant, la crédibilité de l’opération risque d’être mise en jeu, alors que les résultats auxquels elle devrait aboutir risquent d’être mis en cause.

D’ailleurs, l’ONG I Watch a déjà émis des réserves sur certains formalités et points d’agencement des questions. Elle avait tout bonnement évoqué l’impréparation de cette consultation qui, à la veille de son lancement, fut brusquement reportée. Place fut ainsi cédée à des opérations blanches, censées défricher le terrain pour mieux tâter le pouls de l’opinion. Ce qui fait que ce revirement n’a pas été ponctué de motifs d’explication ou de spots d’information. Il s’agit, encore une fois, d’un problème de communication.

I Watch avait également dénoncé la participation d’une jeune start-up à l’élaboration de la plateforme de ladite consultation populaire. Sans recours à des appels d’offres publics, ce qui pourrait mettre en doute le déroulé de l’opération dans son ensemble.

Ce manque de communication institutionnelle a toujours plombé la portée de l’évènementiel. Comme s’il y avait anguille sous roche ! Il faut rappeler le fameux dialogue avec les jeunes, lancé en versions multiples.

A l’époque de Ben Ali, un dialogue national avait démarré en grande pompe sans avoir donné suite aux attentes des jeunes. Toujours est-il que l’intérêt porté à la jeunesse n’est, le plus souvent, qu’une fausse vérité. Voire une vieille carte électoraliste qui fait jouer la corde sensible. S’intéresser aux jeunes, c’est être constamment à l’écoute de leurs préoccupations où qu’ils se trouvent. Ceux-ci sont les hommes de demain, dépositaires de la souveraineté de l’Etat.

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Charger plus par Kamel FERCHICHI
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