Après avoir tourné la page d’une Coupe arabe globalement satisfaisante malgré le ratage d’un titre à la portée, Mondher Kebaïer et ses hommes entament demain l’aventure de la Coupe d’Afrique avec plein d’atouts, d’envie, d’appétit et d’ambition pour nous faire vivre un autre beau parcours.


Ça commence à se ressentir. Le sélectionneur Mondher Kebaïer a fini par comprendre que la philosophie d’un entraîneur intelligent, c’est d’être parfaitement à l’aise en termes de communication, de savoir écouter, échanger, de se mettre la presse dans la poche plutôt que de se la mettre à dos. Surtout à la veille d’une CAN qui promet et avec l’obligation, le destin de devoir aller loin et de ne pas se résoudre au statut d’outsider. Il peut rester intransigeant sur certains points et principes, demeurer droit dans ses bottes, faire les choix qu’il juge bons. S’il les gagne, il aura raison. S’il perd, il devra assumer.

Exercice délicat

Dans le football moderne, qui évolue en permanence, où «il y a presque plus de monde à la table du staff qu’à celle des joueurs», comme le disaient Rudi Garcia et Gérard Houiller, le patron de l’équipe de Tunisie, après la démission de Adel Sellimi, est quasiment seul face à ses joueurs et à ses lourdes responsabilités et doit cogiter pratiquement en solitaire pour décider du l’identité, du style de jeu et du schéma tactique pour la bonne approche et la gestion efficace de la CAN. L’exercice n’est pas aisé et il est même très délicat avec le chambardement partiel de l’effectif dû au forfait de Youssef Msakni, du moins pour les deux premiers matches, du rétablissement sur le fil du covid-19 des deux gros pions sur l’échiquier que sont Hannibal Mejbri, et Seïfeddine Jaziri et de l’absence au premier match, plus que probable de Mohamed Dräger. Mais, contrairement à la Coupe arabe, les alternatives et solutions de rechange ne manquent pas cette fois. Notre groupe plus étoffé et riche est une chance pour nous, contrairement à d’autres équipes confrontées aux aléas de la pandémie.

Une organisation tactique bien adaptée à la qualité du groupe

La valeur individuelle et intrinsèque de nos joueurs et leurs qualités techniques, l’état d’esprit exceptionnel et le gros appétit de gagner qui les animent, sont de très bons ingrédients de réussite. Mais la bonne préparation tactique des matches demeure la clé de voûte d’une excellente performance et d’un exploit d’envergure dans cette CAN avec l’arrivée jusqu’à l’ultime étape du parcours et la consécration. Cela passe par le choix du système de jeu adéquat. Ni trop prudent avec une équipe recroquevillée sur elle-même, ni excessivement audacieuse et téméraire avec un dispositif trop emporté vers l’avant. Un système équilibré et intelligent, stable et sécurisant derrière, et dangereux et opportuniste devant. Pas le 4-3-3 en phase offensive d’un Didier Deschamps et d’une équipe de France avec son potentiel offensif et son arsenal d’attaquants fabuleux et qui passe au 4-4-2 en phase défensive. Mais plutôt le 3-4-2-1 de Robert Martinez et de la Belgique, équipe technique de De Bruyne, comme faux attaquant, et Lukaku, comme attaquant de pointe, et Hazard à gauche. C’est le schéma de jeu qui sied le plus à cette équipe de Tunisie avec, donc, l’option pertinente pour une défense avec trois arrières centraux, en vue d’une bonne organisation défensive, assez compacte et sûre qui empêche l’adversaire de jouer entre les lignes et dans les intervalles, de trouver la possibilité d’adresser la dernière passe décisive dans le dos de la charnière centrale et de multiplier les opportunités de marquer. Cela permettra aussi de libérer nos deux latéraux pour se positionner plus haut et donner, par leurs montées constantes, le surnombre au milieu et en attaque et être la source de danger imprévisible qui surgit de l’arrière, outre le blocage des percussions des joueurs adverses sur les couloirs. Pour le match d’ouverture contre le tout-puissant Mali, il n’y a pas meilleure option (vu que Omar Rekik n’est pas encore au top physiquement) que le trio Montasser Talbi-Bilel Ifa-Dylan Bronn dans l’axe de la défense et de la paire Hamza Mathlouthi (à moins d’un total rétablissement surprise de Mohamed Drager)-et Ali Mâaloul sur les flancs. Avec une bonne sentinelle et demi axial au milieu qu’est l’indiscutable et incontournable Elyès Skhiri, Ghaylane Châalali et Laïidouni sont les plus pressentis et les plus habilités au poste de second milieu ratisseur et récupérateur pour asseoir ce bloc défensif complet et rassurant.

Variétés pour une équipe d’attaque

Pour la relance et la transition rapide défense-attaque, Anis Ben Slimane, indispensable et incontestable, et Naïm Sliti ou Seïfeddine Khaoui ou Hamza Rafiaa, seront les deux animateurs offensifs sur les deux couloirs, puisque Hannibal Mejbri fera à coup sûr banquette en vue de retrouver la plénitude de ses moyens physiques pour les matches à venir et reprendre son poste de titulaire de régisseur décalé un peu à gauche. Pour le poste d’attaquant de pointe, il y a dans ce schéma de jeu une seule place pour les trois postulants que sont Wahbi Khazri, Yoann Touzghar et Seïfeddine Jaziri. Lequel des trois a le profil pour assurer le mieux cette profondeur et cette verticalité dans le jeu qui nous a fait tellement défaut et qui nous a trahis Qatar? Ce sera sans doute un casse-tête chinois à moins que au Kebaïer change d’organisation d’un match à l’autre et au cours d’un même match. A même de sacrifier un milieu récupérateur et d’opter pour une attaque à deux têtes pour chercher un meilleur travail de finition et d’efficacité devant les buts sans toujours perdre cet équilibre et prendre le risque d’être contré et pris au piège. Car l’avantage dans la possession de la balle ne signifie pas toujours une assurance pour prendre ou maintenir l’avantage à la marque (la dure leçon de l’Algérie en finale du 18 décembre dernier étant toujours présente à l’esprit). La force et la chance de cette équipe de Tunisie dans cette CAN, c’est d’avoir un ensemble collectif qui n’est pas hyper-dépendant cette fois d’un seul grand joueur par qui tout doit passer et sur qui tout style, tout système de jeu doit être axé. Mondher Kebaïer n’a qu’à bien choisir son plan de bataille et d’organisation tactique et bien le coder pour surprendre et vaincre des adversaires de très gros calibre, à partir des huitièmes, des quarts jusqu’aux demies finales et finale. Le passage du premier tour ne devant être qu’une simple formalité pour un sélectionneur qui vise haut et pour un onze de Tunisie dont est en droit d’attendre beaucoup.

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