Avant de parler de réforme et de proposer de nouvelles solutions et alternatives aux approches pédagogiques et d’apprentissage, il faudrait déjà améliorer l’infrastructure et les conditions d’enseignement catastrophiques dans des établissements dépourvus des commodités de base et fournir un transport décent à des élèves qui parcourent plusieurs kilomètres à pied dans les zones rurales

Le ministère de l’Education veut engager le plus rapidement possible une réforme du système éducatif afin de redorer le blason d’une école publique qui, depuis belle lurette, a perdu de sa superbe et ne répond plus aux ambitions ni des parents ni des élèves qui ont perdu l’espoir que l’école serve de tremplin pour réaliser leurs rêves. Tout est à revoir de fond en comble : les apprentissages fondamentaux qui ne sont plus adaptés à la réalité, ni aux préoccupations des élèves, les approches pédagogiques qui n’ont jamais réellement évolué et qui ne valorisent pas suffisamment la créativité et l’esprit critique des élèves, la manière trop classique et trop guindée d’enseigner et de communiquer avec les élèves…Cette réforme est appelée à poser les jalons de l’école de demain qui devrait être un espace d’apprentissage, de dialogue, de socialisation, où la part belle est donnée aux outils technologiques pour une meilleure assimilation des connaissances et valorisation des compétences des élèves et où ces derniers peuvent s’ouvrir aux valeurs d’empathie, d’ouverture sur l’autre, de respect d’autrui et s’inscrire dans un processus d’interconnexion et d’échanges mature, responsable et constructif avec leurs enseignants appelés à recourir à des approches pédagogiques et des méthodes d’enseignements moins traditionnels et plus innovants.

Elle devrait aboutir finalement à la mise en place d’une école qui accorde une place prépondérante au bien-être des élèves à travers un rythme scolaire qui assure une meilleure harmonie entre le temps accordé aux apprentissages et celui réservé aux activités de loisirs et qui jouent un rôle fondamental dans l’épanouissement des élèves. C’est ce à quoi devrait ressembler cette réforme en théorie.

Des besoins de base non satisfaits

Sauf que lorsqu’on observe de près la situation catastrophique de certains établissements scolaires dans les périphéries des grandes villes et les zones rurales et les conditions déplorables dans lesquelles étudient les élèves, sa mise en œuvre  pourrait tout simplement relever de l’utopie dans des structures scolaires où les commodités, l’infrastructure et les services de  base font cruellement défaut. Bien-être, approches pédagogiques innovantes, valorisation des potentiels, amélioration du contenu des programmes et apprentissages sont dépourvus de sens pour des élèves dont les besoins de base sont loin d’être satisfaits et qui doivent très souvent braver des conditions climatiques extrêmes pour se rendre à leur école. Le trajet quotidien à pied est truffé de dangers: mauvaises rencontres, glissement de terrain, oueds déchaînés… Au bout de leur périple, se trouvent des établissements scolaires à l’infrastructure délabrée et vétuste, peu sécurisés et où ils ne peuvent même pas se nourrir correctement pour recouvrer leurs forces ainsi que le peu d’énergie perdue en route.

Pas plus tard que cette semaine, on a pu voir sur une photo relayée sur les réseaux sociaux des enfants traversant un oued en crue pour pouvoir se rendre à l’école dans une des localités du  Nord-Ouest du pays sans être conscients du danger auquel ils se sont exposés! Pour ces élèves et leurs parents, les priorités sont tout autres: avant de parler de réforme et proposer de nouvelles solutions et alternatives aux approches pédagogiques et d’ apprentissage, il s’agirait déjà de manger à leur faim, d’avoir accès à l’eau potable, de trouver un moyen de transport décent pour se rendre à l’école et d’étudier dans un lieu où ils se sentent en sécurité.

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Charger plus par Imen Haouari
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