L’équipe de Tunisie a fait une mauvaise entame de la CAN en se faisant battre par le Mali, son principal et redoutable concurrent pour la première place de sa poule. Un dérapage qui risque de faire de gros ravages s’il n’y a pas résurrection à temps.


Bien entendu, on ne peut pas faire l’analyse, le décryptage, le passage au tamis du match Tunisie-Mali sans commencer par la prestation douteuse, houleuse et scandaleuse de l’arbitre zambien de cette confrontation, le tumultueux et incorrigible Janny Sikazwe. Ce que nous avons vécu, mercredi, c’était sans précédent, c’était du jamais vu. Un fait divers des plus inimaginables, aussi dramatique qu’anecdotique, qui a frappé de plein fouet la crédibilité du football africain et a porté un préjudice énorme, voire un coup de poignard, à ses hautes instances, incapables d’organiser une phase finale sur laquelle sont braqués les yeux du monde entier, sans bavures folkloriques et sans scandales qui resteront tristement, douloureusement et malheureusement gravés dans les annales. Un arbitre qui perd à ce point les boussoles, la tête et les pédales est un évènement gravissime qui lui vaudra à coup sûr la radiation à vie, la moindre des sanctions pour sauver la face de la CAF, sans pouvoir recoller les morceaux de la porcelaine cassée et redonner justice à l’équipe de Tunisie.

L’équation ratée

Mais ce mal qui nous a été fait, ce coup qui nous a été porté et qui laissera des traces, n’enlève pas notre part et notre pourcentage de responsabilité dans ce qui nous est arrivé. On aurait pu terminer le match à égalité si le penalty tiré par Wahbi Khazri n’avait pas été loupé dans un temps crucial de la rencontre et même lui donner une autre tournure et terminer sur les chapeaux de roues. Peut-être que dans un tel contexte favorable pour nous, l’arbitre Janny Sikazwe n’aurait pas perdu sa lucidité, n’aurait pas eu ce fâcheux problème avec son chrono et aurait mené la partie jusqu’à son terme et accordé le temps additionnel plus que nécessaire. Car notre sélectionneur Mondher Kebaier, encore une fois, a perdu, lui aussi, les pédales de la bonne conduite et de la gestion tactique exemplaire du match. Il avait une équation à résoudre : bien muscler le bloc défensif tout en préservant ses plans et ses atouts d’attaque pour traiter d’égal à égal avec cette super équipe malienne, l’une des rares équipes africaines à joindre à la puissance athlétique l’aisance technique et le jeu limpide, pas direct et désordonné, mais intelligent, rapide et bien orchestré. Ce n’est pas un hasard si ces super manieurs de ballon possèdent ce joli record de zéro défaite dans 11 matches d’ouverture sur 11 participations en phase finale de la Coupe d’Afrique. Mondher Kebaier a réussi la première moitié de cette équation en choisissant le bon système avec une défense à trois arrières centraux qui a porté le lourd fardeau du match en fermant bien l’accès à nos buts, l’équipe malienne n’ayant concrétisé sa suprématie que sur penalty consécutif à une faute de main malheureuse d’Elyes Skhiri. Sans cette option pertinente, la note aurait pu être certainement plus lourde. Mais il s’est trompé sur toute la ligne dans l’autre moitié de l’équation, non moins importante qu’est le bon choix des profils des joueurs bons pour la bonne application du système en place et des registres dans lequel chacun des joueurs doit évoluer. Si l’option de Ben Said dans les buts, du trio Broon- Talbi – Ifa comme charnière centrale compacte et complémentaire et de Mathlouthi et Mâaloul comme excentrés devant se projeter vers l’avant ne souffre d’aucune contestation, l’arbitrage sur le fil, par contre, pour Hannibal Mejbri pour être un élément du onze de départ et, à un degré moindre, de Laidouni comme second pivot était une erreur. Le premier est encore amoindri physiquement en raison du covid et n’a pas encore tout son potentiel et son plein d’énergie pour jouer les essuie-glaces sur les deux couloirs droit et gauche ou faire le relais défense-attaque. Anis Ben Slimen était le plus pressenti dans ce registre, mais il a été laissé sur le banc. Le second (Laidouni) a été préféré à tort à Châalali plus en forme et plus en jambes comme joueur de soutien capable de mieux équilibrer notre entrejeu face à un milieu de terrain, moteur et plaque tournante de cette machine malienne bien huilée. Déséquilibrés au milieu, pressés fort, et par moments même submergés, nos latéraux ont reculé de plusieurs crans, n’ont pas pu se positionner haut comme ils devaient le faire et ont sacrifié leur travail offensif et leur apport en surnombre devant. L’équipe est revenue à un bloc bas et la relance et transition rapide défense- attaque, clé de réussite d’un match, en a grandement souffert et en a fait les frais. Le choix de Wahbi Khazri comme faux attaquant de pointe qui dézone fréquemment, qui vient de buter sur Naim Slilti sur le couleur droit, sa zone de prédilection pour percer, a brouillé tout le système en attaque. Pas de verticalité dans le jeu, pas de profondeur, pas d’occasions nettes en face du but et donc pas de danger constant pour une arrière-garde adverse jamais inquiétée, encore moins déboussolée.

Réaction tardive et conservatisme fatal

Il fallait changer vite, rééquilibrer le dispositif, inventer autre chose, mais Mondher Kebaier est resté statique, conservateur même dans la pagaille. La rentrée de Ben Slimane a été tardive et Seifeddine Jaziri, la meilleure solution de rechange pour un Khazri hors du coup, a été incompréhensiblement ignoré pour faire entrer un Touzghar sans fraîcheur. Comme toujours, l’intelligence tactique, les changements décisifs, le bon coaching pour passer d’un moment faible à un temps fort qui inverse la tendance ont fait défaut. L’arbitre Janny Sikazwe n’avait qu’à enfoncer le couteau dans la plaie et sonner le glas de l’équipe de Tunisie sans grand commandant à bord dans la tempête. Il n’a pas hésité à le faire de triste manière.

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