Une plume courageuse qui a beaucoup donné à la presse pendant plus de trois décennies, un combattant acharné contre la dictature, un syndicaliste honnête pour la liberté de la presse et les droits des journalistes, et un défenseur inébranlable des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie, tire sa révérence.

La famille médiatique vient de perdre un grand journaliste et fervent militant pour la liberté de la presse. Notre douleur est grande et notre chagrin est incommensurable suite au décès de notre collègue Mahmoud Dhaouadi après un long combat contre la maladie.

Le Centre de Tunis pour la liberté de la presse pleure avec beaucoup de tristesse et de regret son président, le grand collègue Mahmoud Dhaoudi, qui nous a quittés hier, mardi 18 janvier, après que son état de santé s’est détérioré.

Aujourd’hui, la Tunisie a perdu une plume courageuse qui a beaucoup donné à la presse pendant plus de trois décennies, un combattant acharné contre la dictature, un syndicaliste honnête pour la liberté de la presse et les droits des journalistes, et un défenseur inébranlable des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie.

Il a commencé sa carrière de journaliste, après avoir obtenu son diplôme à la faculté de théologie au milieu des années 80, au journal Al Mousawar, à Dar Al Anouar, pour regagner l’équipe fondatrice du journal Assahafa où il a fait sa carrière et y a gravi les échelons pour atteindre le rang de rédacteur en chef, pour quitter le journal en 2019 dans le cadre d’un plan social.

Mais bien qu’il fût journaliste dans un journal public, le défunt était l’un des journalistes les plus féroces qui ont résisté aux tentatives de la dictature de faire main basse sur les médias et a longtemps combattu dans les rangs de l’Association des journalistes tunisiens jusqu’à ce qu’il fonde en 2004 le Syndicat des journalistes en compagnie d’autres journalistes dont Lotfi Hajji, Amal Bedjaoui, Kamal Laabidi, Rachid Khechan, Naziha Rajiba (Umm Ziyad), Lotfi Hidouri, Mohamed Krichen, Hassan Jouini, Zouheir Latif, Slim Boukhdhir, Amel Ouannes, Saleh Attia et d’autres. Il fut d’ailleurs son premier SG. Mahmoud et ses compagnons dans cette aventure se sont attiré les foudres du régime qui a interdit les activités du syndicat et a exercé toutes les pressions, les intimidations, les poursuites au point de mettre sous siège le bureau de l’ancien doyen des avocats, Chawki Tabib, qui avait mis à la disposition du syndicat son étude pour tenir le congrès fondateur du syndicat des journalistes.

Mais grâce à la ténacité de Mahmoud Dhaouadi et des militants et militantes du Syndicat des journalistes et au grand soutien de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), le régime a été contraint d’autoriser le Syndicat national des journalistes tunisiens en janvier 2008, qui prendra le relais de la défense de la liberté de la presse, les droits de l’Homme et les valeurs démocratiques.

Le défunt avait alors fondé le Comité tunisien de protection des journalistes en décembre 2009, qui a subi toutes sortes de sévices et de persécutions jusqu’à la chute du régime où il se transforma en Centre de Tunis pour la liberté de la presse en mars 2011, et dont Mahmoud Dhaouadi a assuré la présidence  avant d’être réélu à sa tête en 2014. Il fut un journaliste à la rescousse de tous ceux qui ont eu maille à partir avec le régime, depuis la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme où il a été un activiste parmi ses rangs et a également été membre d’Amnesty International. Il a participé à la défense des opprimés et des prisonniers politiques sous la dictature. Il a dirigé le comité de soutien à Radhia Nasraoui en 2009 et a été membre du comité de défense du journaliste prisonnier d’opinion Taoufik Ben Brick en 2010 et a présidé le comité de soutien au journaliste prisonnier d’opinion Slim Boukhdhir en 2007 et a été membre du comité de soutien à la grève de la faim du 18 octobre 2005, organisée contre la tenue du SMSI à Tunis.

Dans ses fréquentes apparitions médiatiques à l’époque de la dictature sur les chaînes internationales, il a été la voix de la sincérité et du courage face aux attaques du régime contre le mouvement des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie. Sa présence et ses contributions à des colloques internationaux à l’étranger consacrés à l’examen de la situation des droits de l’homme en Tunisie ont également été parmi les hauts faits de ce journaliste aux dents longues qui a fait l’objet d’un harcèlement policier à son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, notamment après sa participation au colloque préparatoire à Genève pour le Sommet mondial sur la société de l’information à Tunis en octobre 2005. Ayant subi un grave accident de la route le 30 janvier 2021, il a traîné depuis les séquelles de ce sinistre avec des hospitalisations régulières jusqu’à ce que la maladie l’ait emporté. Avec sa disparition, la Tunisie perd une icône de la liberté de la presse et un fervent défenseur de la liberté et de la démocratie. Mais une page glorieuse de mémorables hauts faits restera indélébile auprès de ses amis et de ses collègues journalistes.  Ils se rappelleront tous son éducation, sa grande culture, son altruisme, sa bonté, son courage et son patriotisme qui ne lui permettaient pas d’agir autrement que selon ce que lui commandaient ces valeurs intrinsèques qu’il véhiculait depuis sa prime jeunesse.

Chantre du patriotisme, il aspirait à la liberté, à la dignité et semait à tout vent la graine de l’espoir et nourrissait l’esprit de la résistance et la foi en sa cause, en toutes circonstances et épreuves. Il part mais laisse un précieux héritage fait de sacrifices et de dévouement pendant de longues années, faisant de lui un symbole de patriotisme et de professionnalisme. Nos plus sincères condoléances à son épouse Amani, ses deux enfants, Ghada et Thamer, à sa famille, à ses collègues au  Centre de Tunis pour la liberté de la presse, à ses collègues à Snipe-La Presse/Assahafa, à ses collègues au Syndicat national des journalistes tunisiens, et à la famille médiatique et des droits de l’homme en Tunisie et à l’étranger. Adieu l’ami.

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