Au-delà de la levée de boucliers provoquée par les propos indécents du député nahdhaoui aux activités gelées Bechr Chebbi à l’encontre de l’épouse du gouverneur de la capitale, les enseignements à tirer de cette nouvelle incartade montrent bien que la fuite en avant de certaines parties se poursuit de plus belle. La faillite morale et éthique de ceux qui ont géré le pays durant la décennie de tous les malheurs n’a plus de limites

L’indécence, le dénigrement, le mensonge, la diffamation en bonne et due forme, les accusations gratuites, le déni qualifié de la morale et de l’éthique et les petites phrases assassines conseillées malheureusement souvent par les «stratèges de la 25e heure» autospécialisés en communication et marketing politique version Tunisie post-révolution et aussi post-25 juillet 2021 ont-ils des limites à ne jamais dépasser, constituent-ils encore  des lignes qu’il est interdit de franchir sous n’importe quel prétexte et pour la réalisation de n’importe quel objectif et enfin existe-t-il encore en Tunisie des politiciens ou aussi des activistes de la société civile qui considèrent toujours que ces procédés demeurent productifs et sont à même de rapporter les dividendes, surtout politiques, derrière lesquels courent les politiciens post-révolution et aussi — ayons l’honnêteté de le dire — les pseudo-leaders de la société civile, toutes associations et organisations confondues ?

Ces interrogations tirent leur légitimité du marasme régnant actuellement sur la scène politique nationale et du climat qui se détériore, de jour en jour et sur un rythme de plus en plus essoufflé, au point que les Tunisiens ne savent plus distinguer entre un discours indécent ambiant qui tire ses composantes des instincts les plus abjects, un discours qui s’adresse à la raison et se base sur les valeurs communes d’écoute réciproque, de dialogue et de tolérance.

Et quand on revient aux propos indécents proférés, samedi dernier, par le député nahdhaoui aux activités gelées Bechr Chebbi à l’encontre de l’épouse du gouverneur de Tunis, Mme Sonia Charbatti, l’on ne trouve pas, en réalité, les qualificatifs propres à décrire la production immonde de ce député qui s’est spécialisé, faut-il le rappeler, dans «la confection» des fausses accusations et des procès fabriqués à l’encontre de ses collègues députés dont en premier lieu — les Tunisiens devraient se souvenir — de ses échanges avec la députée — elle aussi aux activités gelées — Samia Abbou sur la possibilité de fabriquer «quelque chose contre la présidente du Parti destourien libre dans le but de l’envoyer en prison».

Samedi 15 janvier 2022, il a récidivé, mais cette fois à Paris où il s’est installé depuis quelques semaines, pour accuser crûment le gouverneur de Tunis, Kamel Fekih, d’avoir été choisi à ce poste «suite à plusieurs nuits passées par son épouse avec Ridha Lénine» qu’on présente dans les médias comme la tête pensante du Président de la République Kaïs Saïed.

Et ces propos de provoquer un tollé général d’indignation et de consternation, ce qui a poussé Bechr Chebbi à présenter ses excuses.

Sauf que le mal est déjà fait et les répercussions ou retombées de ces propos ne peuvent plus être évitées ou effacées de la mémoire nationale en tant qu’offense qualifiée à l’encontre de la femme tunisienne, un crime d’atteinte à la dignité humaine passible d’une sanction pénale conformément au code pénal et à la loi n°58 sur la lutte contre la violence à l’encontre de la femme.

Des déclarations avilissantes pour Bechr Chebbi

Il se trouve qu’avec ces déclarations inacceptables même s’il s’en est dédouané, Bechr Chebbi s’avilit lui-même, avilit la profession d’avocat à laquelle il appartient et avilit le parti Ennahdha qui l’avait porté à la députation.

D’ailleurs, l’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) a entièrement raison en appelant le Conseil de l’ordre national des avocats «à prendre les mesures nécessaires concernant l’avocat en question» et en demandant au procureur général de la République de poursuivre judiciairement le même avocat pour «violence sexiste et politique et atteinte à la dignité humaine».

L’Atfd souligne aussi : «Jouant pleinement son rôle de vigile, l’Association condamne fermement tout comportement sexiste et réitère son attachement inflexible aux valeurs d’égalité et de parité et au droit des femmes d’être présentes sur la scène politique et à tous les postes de décision».

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