Une biographie de Maya Jeribi, une militante au cœur de l’Histoire, vient de paraître. Elle est signée par son ami et compagnon de route, le journaliste Rachid Khechana

Femme politique disparue trop vite, en 2018 à l’âge de 58 ans, Maya Jeribi a inspiré à Rachid Kechana, journaliste et homme politique, une biographie-hommage. Après avoir publié l’année passée une biographie consacrée à Hassib Ben Ammar, l’auteur replonge avec ce livre «Maya Jeribi, une icône tunisienne» dans l’exploration d’itinéraires de personnalités d’exception, qu’il a connus, fréquentés et avec lesquels il a tissé des liens de confiance et d’amitié. Si Rachid Khechana fait, au cours des années 70, ses premières armes de journaliste dans le journal Errai, de l’ancien ministre sous Bourguiba, Hassib Ben Ammar, il poursuit sa carrière dans le journal Al Mawkaf, organe du Parti démocratique progressiste (PDP), que dirigera Maya Jeribi dès 2007. D’où l’intérêt de cet ouvrage écrit avec une subjectivité assumée et une empathie certaine.

Divisé en deux grandes parties, «Maya Jeribi, une icône tunisienne» parcourt en premier lieu la vie de cette femme politique de petite taille mais au verbe haut. La seconde partie est un recueil de ses articles et des textes et interviews dont elle est l’objet.

Une jeunesse de militantisme

Rachid Khechana revient sur le parcours de militante de Maya Jeribi entamé très tôt, dès l’université. Née en 1960 à Bouarada dans la région de Seliana de parents issus du sud tunisien, Maya est une brillante élève du primaire et du secondaire. En 1979, elle entre à l’université de Sfax afin de poursuivre des étudeas de biologie. Une université à l’époque politisée à souhait dominée d’un côté par les partis de gauche et les tendances issues du nationalisme arabe et de l’autre par le mouvement islamiste. Elle y rencontre un de ses compagnons de longue route, Issam Chebbi. Maya Jeribi s’alignera très vite à la grande famille de la gauche. Les activités de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) mis à l’arrêt par le pouvoir depuis le congrès de Korba en 1972, la jeune étudiante trouve une autre filière de militantisme avec son élection en tant que représentante de ses paires au sein du Conseil scientifique de sa faculté. Une femme leader était née !

Première tunisienne à diriger un parti

Parallèlement, Maya adhère à la section sfaxienne de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh) avec tout ce que cet engagement signifie comme confrontation avec le pouvoir en place. Attirée à cette époque par le mouvement féministe, elle fait partie des animatrices du Club d’études sur la condition feminine créé au Club Tahar Hadad à la fin des années 70. Années très fertiles en luttes et batailles pour cette icône tunisienne.

«Maya a appris pendant son parcours universitaire le sens du travail de terrain et ses outils. Elle a également sculpté à ce moment ses capacités de débat, de délibération et de négociation dans un espace où la discussion intellectuelle et politique représentait le pain quotidien des étudiants. A la Ltdh, Maya a fait corps avec la cause palestinienne. La jeune femme est entrée alors en contact avec des personnalités plus matures et plus expérimentées qu’elle. Cette période est celle où Maya a aiguisé sa plume de journaliste en publiant des tribunes dans divers journaux», écrit Rachid Khechana.

Néjib Chebbi, frère d’Issam Chebbi, l’associe à la fondation en 1983 du Rassemblement socialiste progressiste (RSP), ancêtre du Parti des démocrates progressistes en 2001 puis d’El Joumhouri en 2012.

En 2007, Maya est élue à la tête du PDP et devient ainsi la première femme tunisienne à diriger un parti.

Elle s’était distinguée au cours de cette année par son courage et sa détermination, notamment en entamant avec Nejib Chabbi une grève de la faim pour protester contre la résiliation du bail de l’appartement où son parti avait élu résidence. En 2011, Maya est élue à l’Assemblée constituante, une consécration attendue vu le parcours d’exception d’une militante farouche ayant consacré toute sa force et son énergie pour défendre des principes basés sur la liberté et la dignité pour tous les Tunisiens.

Plusieurs photos inédites de Maya enfant, étudiante, activiste politique, SG du PDP puis d’El Joumhouri défilent à travers les pages de l’ouvrage enrichissant encore plus le contenu de «Maya Jeribi, une icône tunisienne».

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