En rompant dans les sondages et avec le paysage politique actuel, les citoyens tunisiens montrent une volonté de reconstruire cette démocratie avec de nouvelles têtes. Une option qui présente les risques de retomber dans les mêmes travers

La constitution de la coalition groupant le Nida Tounès de Salma Elloumi et Machrou Tounès marque incontestablement, face aux nouvelles figures qu’affichent désormais les sondages d’opinion, une reprise de l’initiative chez la grande famille des «nidaïstes historiques» qui avait raflé la mise lors des législatives de 2014.

Les sondages ont matérialisé, ces dernières semaines, une désaffection de plus en plus flagrante à l’égard de l’ensemble de la classe politique actuelle, propulsant, par la même occasion, des outsiders tout à fait inattendus en tête des intentions de vote pour la présidentielle.

Mieux, on accorde la première place des législative à un parti qui n’existe même pas, celui de Nabil Karoui. Mais le trait majeur chez les électeurs potentiels, c’est que leur mécontentement les invite à punir tous les protagonistes du mandat électoral qui s’achève avec une mention spéciale pour les partis, les opposants compris qui n’ont pas réussi à redresser la barre. Les seuls rescapés étant Abir Moussi et sa formation.

Que va-t-il se passer maintenant durant les quatre mois qui nous séparent du vote ? Toutes les éventualités sont dans la balance, dont l’accentuation de cette tendance. Mais les sursauts sont possibles et les tentatives probables. Une certitude émerge en tout cas, c’est que les citoyens tunisiens n’ont pas rompu avec l’espoir démocratique que leur a offert la révolution, malgré l’amère désillusion qui est la leur vis-à-vis de la révolution elle-même. Et en rompant, dans les sondages, avec le paysage politique actuel, ils montrent une volonté de reconstruire cette démocratie avec de nouvelles têtes. Une option qui présente les risques de retomber dans les mêmes travers.

Car, rappelons-nous bien, les électeurs de 2011 ont fait totalement confiance aux islamistes et à leurs proches alliés, puis ont renversé la vapeur en dégageant en 2014 une majorité de modernistes conduite par Béji Caïd Essebsi en tant que symbole du modèle tunisien et Nida Tounès en tant que figure de proue. Va-t-on tout changer encore une fois, et vers où ?

Surtout que les modèles que nous offrent les outsiders sont insaisissables ou si peu attractifs, si l’on fait abstraction des slogans. Nabil Karoui a, certes, fait partie des proches de BCE lors du lancement de Nida Tounès mais ne s’est distingué par aucun engagement politique notable, qu’il soit individuel ou en groupe, tout juste a-t-il coaché Hafedh Caïd Essebsi avec l’aide de Borhen Bsaïes lorsque le fils du chef de l’Etat a voulu marquer son leadership à la tête de Nida à l’encontre de Mohsen Marzouk. Et puis, les gens retiennent les œuvres humanitaires de Khalil Tounès où il a tenu à s’afficher. Mais aucun programme politique.

Kaïs Saïd est un bon avocat maîtrisant son droit jusqu’à en perdre haleine et qui a émis divers avis juridiques au lendemain de la révolution, notamment en droit constitutionnel. Sans plus.

Quant au mouvement virtuel 3ich Tounsi qui prône les mariages mixtes et offre une fortune amassée à l’étranger, ce n’est pas vraiment un modèle de gouvernement. Donc, la compétition reste ouverte à tous. 

Et même si Béji Caïd Essebsi ne récolte plus, à la date d’aujourd’hui, que 1,8%, aussi bien Ennahdha que les Nida n’ont pas dit leur dernier mot.

Dans ses apartés confidentiels, le chef de l’Etat n’aime plus revenir à l’épisode des conflits autour de son fils, il préfère évoquer le rôle de dernière minute qui lui revient encore en 2019, celui de voir toutes les formations nationales centristes adopter le programme qui exprime notre cohésion et notre force profondes et historiques qui sont en mesure de garantir la préservation du pouvoir et le prestige de l’Etat.

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