Le financement demeure le talon d’Achille de l’écosystème des startup, un écosystème en pleine ébullition malgré encore sa petite taille et sa fragilité accrue par la crise covid.
Le fonds des fonds, «Anava», va certainement aider à mettre les startup sur orbite, et ce, grâce à des fonds d’investissement appropriés à leurs taille et phase d’évolution. Si 2021 était une année de structuration, les années à venir verront la création et la mise en place de plusieurs fonds d’investissement, affirme Alaya Bettaieb, directeur général de «Smart Capital».
Les jeunes pousses ont de beaux jours devant elles.

Trois ans après l’entrée en vigueur de la loi «Startup Act», peut-on affirmer que le programme «Startup Tunisia» est en bonne voie pour atteindre ses objectifs?

Rappelons d’abord que l’objectif de «Startup Tunisia» est de créer, d’ici à 2024, 1.000 startup, 10 mille emplois, une licorne avec la réalisation d’un milliard de dinars de chiffres d’affaires. Ces objectifs devraient être atteints à travers le programme de labellisation, qui est le cœur de la «Startup Act». Le programme a démarré en avril 2019. Depuis, chaque mois, une vingtaine de startup sont labellisées et/ou pré labellisées, parmi une cinquantaine de candidatures en moyenne.

Bientôt on va atteindre plus de 400 bourses accordées avec une moyenne de 1.500 dinars par bourse. Environ 35 fondateurs de start-up ont pu bénéficier de congés spécifiques dans le cadre de «Startup Act». Le nombre des contributions Cnss prises en charge par l’Etat a atteint 500 avec un montant qui dépasse les 5 millions de dinars. A ce jour, on compte 10 brevets qui ont été appuyés par Startup Act et une quinzaine de startup qui bénéficient du statut de l’opérateur économique agréé par la douane tunisienne. Ces statistiques montrent, que, d’une manière générale, il y a de l’engouement et que nous avançons à pas sûrs. Le rythme ne s’est jamais atténué. Il y a un intérêt manifeste pour le programme. C’est vrai que les avantages apportés par la loi «Startup Act» constituent un déclic qui a encouragé beaucoup de jeunes qui n’ont pas eu l’opportunité de révéler leurs talents ou n’ont pas eu la possibilité de montrer leurs créativités. Ce programme fait foi, il encourage ces jeunes-là. Le rythme a été entretenu depuis avril 2019 jusqu’à ce jour. Il n’y a jamais eu d’interruption même en période de fin d’année, ou lors des fêtes nationales, et je profite de l’occasion pour saluer les membres du collège qui ont été dévoués à cette mission. Le 12 février était le dernier jour du mandat de l’ancien collège qui a passé le flambeau aux nouveaux membres qui continueront à sélectionner les startup qui méritent vraiment d’être labellisées, et à identifier les bénéficiaires des avantages accordés par l’Etat que ce soit pour les promoteurs, les investisseurs ou les startup.

Est-ce que la crise covid a impacté cette dynamique de l’écosystème ?

Certainement. La crise covid a touché tous les secteurs. Les startup sont petites de taille et sont de ce fait un peu fragiles. Il y a certainement un impact. Plusieurs start-up nous ont fait part de leurs préoccupations et inquiétudes. Le nombre n’est pas grand. Il ne faut pas oublier que les startup, qui sont labellisées, se sont fixé des objectifs et doivent maintenir un seuil de croissance et atteindre un certain nombre d’emplois, des chiffres d’affaires précis… D’ailleurs les startup les plus touchées sont celles qui ont obtenu les labels en 2019 parce que leurs engagements arrivent à échéance en 2021-2022. Mais on espère qu’en 2022, il y aura un rebond. Nous sommes toujours à l’écoute de nos startup. On veut qu’ils réussissent leurs missions.

Quelles sont les statistiques réalisées en termes d’investissement et de levées de fonds…

Jusqu’à décembre 2021, on a réalisé 23,2 millions de dinars de levées de fonds et 72 millions de dinars de chiffre d’affaires. Plus de 3.200 emplois ont été créés. Certainement, comme vous l’avez vu, la taille est petite, parce que sincèrement il n’y a pas beaucoup de fonds d’investissement dédiés pour les startup qui leur permettent de frapper à la bonne porte et lever des fonds. Par contre, avec le fonds des fonds «Anava» qui a été lancé le 23 mars 2021, les startup labellisées vont avoir la possibilité de cibler de nouveaux fonds d’investissement. Rappelons que la taille du fonds des fonds «Anava» est de 100 millions d’euros avec un objectif ultime de 200 millions d’euros d’ici à 2024. 40 millions d’euros ont été, déjà, souscrits par la Caisse de dépôts et de consignation, la CDC, moyennant un prêt de la Banque mondiale accordé à l’Etat. (Il ne faut pas oublier que l’Etat s’est endetté pour mettre en place ce mécanisme, à travers un crédit de la Banque mondiale). L’objectif du fonds est de créer entre 13 et 16 fonds d’investissements pour les trois segments, à savoir le «seed», «early» et «late stage». Pour le segment «seed stage», on a l’intention de créer entre 5 et 8 fonds VC, entre 3 et 5 fonds pour le segment «early» et 3 fonds pour la partie extension, c’est-à-dire le «late stage». Nous ne ménageons aucun effort et nous travaillons quotidiennement pour atteindre ces objectifs. Nous sommes en train de recevoir beaucoup de candidats aussi bien des locaux que des expatriés qui ont une expérience en tout ce qui est gestion de fonds et qui souhaitent saisir cette opportunité pour créer leurs propres fonds et qui s’intéressent aussi au fonds des fonds «Anava». Beaucoup aspirent à être des investisseurs de référence localement comme parfois c’est demandé par des bailleurs de fonds internationaux qui sont en train d’appuyer l’écosystème localement et je crois qu’«Anava» va jouer un rôle très important pour ces fonds-là.

Quand est-ce qu’on va voir réellement ces fonds-là démarrer ?

On a déjà approuvé un fonds en 2021. J’imagine que cette année, il va y avoir au moins 4 fonds d’investissement qui vont démarrer. Il ne faut pas oublier que 2021 était une année de structuration. C’est une année de démarrage. Je considère personnellement le fait qu’on a approuvé un fonds comme étant une bonne chose. Bien sûr, nous sommes très conscients que les startup sont en train d’attendre la mise en place de ces fonds-là. On est en train d’étudier des fonds «Seed», mais aussi des fonds «late stage», parce qu’il y a des fonds régionaux qui sont en train de nous cibler de façon à pouvoir appuyer leurs fonds dans la région Mena. Nous aussi, on intervient dans ces fonds-là pour donner la possibilité à nos entreprises et à nos startup de se positionner à l’échelle régionale à travers ces fonds-là.

Quel est l’état d’avancement du projet «Startups et PME innovantes» qui a été lancé en mars 2021 ?

«PME innovantes» est un projet appuyé par le fonds «Innovatech», qui est dédié aux PME innovantes, résilientes et prêtes à acquérir des technologies ou bien à celles qui ont déjà travaillé sur certaines technologies, et qui veulent se placer sur un palier plus élevé. En s’adressant au fonds «Innovatech», elles pourraient avoir la possibilité d’un investissement de 1 à 7 millions de dinars provenant d’«Innovatech» et, comme c’est un fonds qui travaille en cofinancement, il devrait y avoir un cofinancement avec un autre fonds local pour appuyer le besoin de financement des technologies de la PME innovante. Le fonds «Innovatech» va être annoncé très prochainement. La structure est déjà établie, le règlement intérieur est validé par le CMF. Tout est prêt pour que le fonds démarre. Je profite de cette occasion pour communiquer sur un mécanisme extraordinaire: Il s’agit d’une partie don qui sera accordée à toute PME qui veut adopter des technologies innovantes, avant même de candidater au fonds «Innovatech». Pour ce faire, les PME qui souhaitent bénéficier de ce don doivent préparer un plan d’action d’adoption et d’implémentation de la technologie. Le montant du don s’élève à 50 mille dollars par PME. Elles peuvent, par la suite, candidater au fonds «Innovatech» pour l’acquisition de la technologie. C’est un mécanisme extraordinaire. Personnellement, le fait qu’un fonds soit adossé à une composante don, j’y vois quelque chose de nouveau en Tunisie. Dans tout ce que j’ai mentionné pour le fonds «Anava», le fonds «Innovatech» ou ce don qui va être accordé à la PME innovante, je veux mettre l’accent sur les comités sélectionnés. Ce sont des comités d’experts indépendants qui sont totalement souverains dans leurs décisions pour octroyer ou non un financement aussi bien à travers les fonds d’investissement ou bien à travers le don. Il y a aussi un autre volet important sur lequel j’insiste, c’est que tous les processus d’investissement, de sélection… sont digitalisés et sont réalisés de bout en bout ici dans les locaux de Smart Capital avec le personnel et les professionnels de Smart Capital. C’est un gage de confiance, de sécurité et de transparence pour les candidats pour qu’ils sachent, qu’effectivement, tout un chacun a sa chance, tout un chacun pourrait présenter et candidater à un don ou une partie de financement. C’est exactement la même chose pour «flywheel» qui est un excellent programme unique qui appuie les startup et les structures d’appui (SSO) (les incubateurs, les accélérateurs…). Dans ce programme, Smart Capital fait beaucoup d’efforts pour collecter des dons pour les distribuer par la suite aux acteurs de l’écosystème. Nous contactons l’UE, la GIZ, la BM pour avoir des dons et les distribuer, ensuite, grâce à des comités indépendants d’experts. Dans le cadre du programme «Flywheel», on a 4 mécanismes extraordinaires, à savoir AIR et AIR 2 pour les startup et DEAL et SAIL pour les structures d’appui, qui permettent d’octroyer des dons pour lancer des programmes ou pour renforcer les programmes existants.

Le fonds des fonds «Anava» va-t-il permettre aux startup de bénéficier des financements adéquats qui correspondent à leurs différentes tailles mais aussi à la structure de l’écosystème ?

Tous les pays qui ont réussi leurs politiques de startup se sont attaqués à trois facteurs : comment inciter les jeunes, comment faire pour les encadrer de façon à ce que ce noyau d’innovation soit mis sur orbite et quels sont les mécanismes de financement appropriés qui vont les aider à croître et à suivre leurs chemins et grandir. Tout ça a été mis en place. Le premier élément est assuré à travers le cadre Startup Act et les avantages qui sont accordés. Le deuxième, c’est l’appui de l’écosystème qui est garanti grâce au programme «flywheel» qui permet de les encadrer et de maintenir la startup en vie. Et, enfin, on a le financement qui est le nerf de la guerre. Je crois qu’à partir de 2022, 2023, 2024, nous allons pouvoir investir les fonds et les startup pourront lever les fonds. Smart Capital a aussi l’obligation professionnelle de lever les 200 millions d’euros et lever 125 millions de dinars pour le fonds «Innovatech» afin de les distribuer aux 13 à 16 fonds d’investissement pour qu’ils puissent répondre aux besoins des startup.

Charger plus d'articles
Charger plus par Marwa Saidi
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire