Farine, semoule, riz, sucre et huile végétale, ces produits alimentaires subventionnés se font rares. Le rationnement au compte-gouttes des produits de première nécessité ne fait qu’accentuer la peur de la pénurie qui a gagné les acheteurs. On le sait déjà: la peur de la pénurie crée la pénurie. Pour faire face à cette situation et répondre à la demande des consommateurs, le ministère du Commerce a mis en place un programme de distribution exceptionnel en injectant quotidiennement des quantités supplémentaires, notamment de semoule, affirme le directeur général de la concurrence et des enquêtes économiques au ministère du Commerce, Houssem Eddine Touiti. Il apporte son éclairage.


Le responsable explique que ce manque des produits alimentaires subventionnés, qui est observé depuis quelques semaines sur le marché, ne résulte pas d’une pénurie mais plutôt de la perturbation de l’approvisionnement et parfois de l’indisponibilité de ces produits en étalage. Selon Touiti, plusieurs facteurs ont concouru à cette situation.

Des achats de panique

Il a expliqué qu’outre les difficultés de logistique et de fret international, le contexte mondial actuel fait qu’il y a des retards dans l’approvisionnement et dans les opérations d’importation de ces denrées alimentaires. “Il n’est plus aujourd’hui facile de décharger les conteneurs dans les délais”, a-t-il commenté. Il a ajouté que, depuis de la fin de l’année, la consommation des ménages s’est accélérée, accentuant, de ce fait, les perturbations enregistrées au niveau du marché. “La période précédente a été caractérisée par une augmentation massive de la consommation, notamment avec les conditions climatiques et surtout la peur de la pénurie qui ont favorisé cette augmentation ainsi que les achats de panique. Aujourd’hui, tout le monde essaie de faire des stocks de nourriture, principalement de semoule et de farine notamment à l’approche du mois de Ramadan. Toutes les pâtisseries et boulangeries ainsi que les industriels dans le secteur de la biscuiterie ont stocké des quantités de semoule et de farine en guise de préparation au mois saint”, a-t-il précisé. Le responsable a, en outre, indiqué qu’avec la frénésie d’achat qui s’est emparée des consommateurs, ces derniers continuent à acheter quotidiennement ces produits. “La consommation ménagère s’est accélérée à un rythme soutenu par rapport à la normale. Tout le monde essaie aujourd’hui de faire des stocks de farine et de semoule, en en achetant tous les jours”, fait-il observer.

Spéculation et pratiques

de vente conditionnée

Touiti a affirmé que la spéculation figure également parmi les facteurs qui ont contribué à la raréfaction des produits alimentaires subventionnés sur le marché. “Dans les périodes un peu difficiles où l’on constate une sorte de perturbation de l’approvisionnement, les tentatives de spéculation ne cessent d’augmenter. Les spéculateurs s’accaparent d’une quantité de ces denrées afin de les commercialiser d’une manière illégale, en pratiquant la vente conditionnée ou en augmentant les prix. C’est un constat qu’on a fait depuis un bon moment. On est en train de détecter plusieurs dépôts de stockage clandestins, des opérations de spéculation et d’augmentation des prix et des pratiques de vente conditionnée”, a-t-il ajouté. Touiti a souligné que, pour faire face à ces perturbations récurrentes, un travail a été effectué au niveau de l’importation mais aussi de la distribution pour assurer un approvisionnement fluide du marché en produits de première nécessité.

Injection quotidienne de quantités supplémentaires de semoule

“Le travail consistait d’abord à assurer la régularité des importations, notamment du blé, riz et sucre afin de reconstituer les stocks stratégiques et les stocks de régulation nécessaires, et ce, pour répondre à la demande supplémentaire durant le mois de Ramadan. La distribution est le deuxième axe du travail. En effet, les opérations de distribution ont été confiées exclusivement, au ministère du Commerce. La priorité a été donnée à l’approvisionnement des régions rurales et des quartiers populaires. On a également mis en place un programme de distribution exceptionnel en injectant quotidiennement des quantités supplémentaires de semoule (1.300 tonnes), au profit de 8 gouvernorats. L’objectif est d’absorber un peu l’excès de consommation”, a-t-il précisé. Il a ajouté que la distribution de la farine boulangère servant à la production du pain subventionné, du riz et du sucre a retrouvé son rythme habituel , affirmant qu’un effort doit être fourni pour calmer la frénésie et assurer un retour à la normale de la consommation. Et de soutenir : “On va essayer d’améliorer la disponibilité des produits en étalage aussi bien dans les grandes surfaces que chez les petits commerçants. Il n’y a pas de quoi paniquer. Les opérations d’importation se poursuivent. La production également. On fait face, de temps à autre, à des problèmes de logistique ou bien à des facteurs exogènes qu’on ne peut pas maîtriser, notamment en termes de déchargement dans les ports. Mais une chose est sûre, tous les produits alimentaires de base sont maintenant injectés avec les quantités habituelles”.

Détournement des produits

subventionnés

Touiti a, par ailleurs, fait savoir que le ministère du Commerce a lancé, en partenariat avec d’autres départements, notamment le ministère de l’Intérieur, un programme de contrôle spécifique pour lutter contre la spéculation. Ce programme cible les activités illégales, telles que le stockage excessif, le stockage pour des fins de spéculation ou le transport illégal et le détournement d’usage de ces produits. “On a détecté un détournement de certains de ces produits subventionnés, destinés à l’alimentation humaine pour l’alimentation du bétail”, a-t-il précisé. Et d’ajouter : “Globalement, la situation continue à s’améliorer avec la persistance de quelques perturbations, notamment au niveau de l’offre. Il y a des opérateurs qui ne mettent pas en rayon les produits mentionnés, à dessein, et ce, pour maintenir ce sentiment de panique, et parfois pour les commercialiser de façon illégale, alors que ces produits sont disponibles dans les locaux de stockage. On va travailler cette semaine sur cette question bien précise afin de freiner les achats panique. Nous devons obliger tous les opérateurs à déstocker leurs produits et à effectuer régulièrement la mise en rayon”.

Modernisation de la législation

en vigueur

Interrogé sur le projet du décret-loi devant réglementer les circuits de distribution des produits agricoles et de pêche, Touiti a fait savoir que le texte est en cours de finalisation et sera bientôt publié. Il a souligné, dans ce contexte, que la stratégie du ministère du Commerce s’articule autour de deux priorités, à savoir la digitalisation des circuits de distribution et la modernisation de la législation en vigueur. La mise à niveau du cadre réglementaire vise, selon l’interlocuteur, à mieux habiliter les agents de contrôle à lutter contre la spéculation. Ce nouveau projet de loi va alourdir les sanctions à l’encontre des spéculateurs et optimiser l’organisation des circuits de distribution. “Le projet de décret-loi portant sur la distribution des produits agricoles et de pêche va réglementer les opérations de stockage de ces produits-là et va permettre de s’attaquer spécifiquement au commerce parallèle et à la spéculation en instaurant de nouvelles exigences qui vont garantir une meilleure transparence au niveau des transactions. L’objectif étant d’organiser l’offre au niveau des circuits de distribution.

Ce faisant, l’équilibre entre l’offre et la demande sera établi et les prix seront fixés selon la loi du marché dans un climat de libre concurrence”, a-t-il commenté. Il a ajouté que ledit décret-loi va alourdir les sanctions, notamment pénales à l’encontre des spéculateurs, et donnera plus de prérogatives aux autorités de contrôle afin de pouvoir intervenir et lutter contre le stockage spéculatif. Touiti a souligné que, parallèlement à ce projet de loi, le ministère est en train d’élaborer un programme de digitalisation des circuits de distribution pour mieux suivre l’approvisionnement des produits de base et détecter les opérations illégales. Et de soutenir : “Aujourd’hui on est en train de renforcer ce système digital et de le généraliser à d’autres produits qui font l’objet de spéculation ou d’exportation clandestine”. Par ailleurs, le responsable a affirmé que dans le cadre du programme d’urgence qui a été mis en place par le ministère, dans l’objectif de lutter contre la distorsion des prix et la spéculation, plus de 37 mille infractions ont été enregistrées depuis le lancement du programme en octobre 2021. Environ 3.000 tonnes de produits alimentaires subventionnés, notamment des pâtes alimentaires, de la semoule et de la farine, et près de 300.000 litres d’huile subventionnée ont été saisis.

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