Trois migrants irréguliers ont trouvé la mort sur les hauteurs de Kasserine à Hidra. Ils ne sont pas morts au cours d’une traversée puisque cette région est montagneuse et trop loin des côtes, mais de faim et de froid en terre tunisienne. La funeste nouvelle s’est rapidement propagée comme une traînée de poudre : il s’agit de harragas subsahariens. Ce n’est pas la première fois qu’une tragédie de cet ordre se produit. Mais c’est une nouvelle marque de honte pour un pays qui ne porte pas secours aux migrants et aux réfugiés. Ce drame confirme aussi l’atrocité des conditions d’accueil en Tunisie et la crainte des migrants de l’interpellation policière qui les pousse à emprunter des chemins plus dangereux pour échapper au contrôle frontalier.   

C’est aussi la conséquence de la politique de la sourde oreille des responsables européens et le désarroi des habitants qui ont conduit le gouvernement à durcir le « contrôle » et à augmenter le risque de décès de ces migrants. Ces migrants savent qu’ils feront l’objet d’incarcération arbitraire, d’errance et de vexations permanentes d’un environnement hostile, comme s’il s’agissait d’ennemis dangereux, d’où le choix de parcours plus périlleux.

Certes, le budget de l’État tunisien tire le diable par la queue pour payer les pensions et les salaires et garder à un niveau raisonnable les prix des denrées de base et des médicaments, mais quand des personnes vulnérables trouvent la mort à cause de la faim, c’est un crime contre les droits humains. Certes, dans un contexte économique en berne, la gestion des besoins des réfugiés impliquerait une coupe budgétaire pour un pays dont les finances sont frêles. Et il faut admettre aussi que ce genre d’intervention ne peut pas être sans conséquence financière. Certes, la Tunisie ne doit ménager aucun effort, dans la limite de ses moyens, pour accueillir ces réfugiés, nourrir et éduquer leurs enfants. Et c’est un devoir. Mais aussi, c’est l’Europe tout entière qui doit s’engager, aux côtés de la Tunisie, sur le plan humanitaire. Et c’est une responsabilité. De ce fait, pour assurer la sécurité des migrants, il est important de mettre à jour les lois sur la migration et la résidence en Tunisie, pour trouver des solutions à plus long terme et pour garantir aux migrants le droit à la vie, leur fournir le gîte et le couvert et assurer l’éducation et la protection des enfants, en particulier ceux qui ne sont pas accompagnés. C’est une honte pour notre pays que de continuer à compter les morts sans faire le nécessaire pour sauver les vies.

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