L’invasion de l’Ukraine par la Russie évoque, bien sûr, les guerres du XXe siècle, spécialement la guerre froide, le conflit Est-Ouest, la chute du mur de Berlin et l’effondrement de «l’empire» communiste et de l’Union soviétique. Mais à bien y voir, elle renvoie parfaitement à notre monde d’aujourd’hui. A ce monde «mercantilisé», mondialisé, numérisé, satellisé, «missilisé», où les idéaux, les valeurs, les beaux sentiments ne servent plus, au fond, qu’à «enjoliver» des abus, qu’à masquer de «froids et vils intérêts».

Posons d’abord la question : pourquoi cette invasion ? Poutine répond presque en victime : «C’est la faute à l’Otan qui, en continuant à intégrer les pays limitrophes (dont bientôt l’Ukraine), menace la sécurité de la Russie». L’argument repose sur des chiffres et des faits avérés. Il exprime surtout une crainte nationaliste légitime, et un attachement indéniable au pays. Cela suffit-il néanmoins ? Loin s’en faut. Il y a que la candidature de l’Ukraine est loin encore d’être agréée. Il y a, ensuite, que Biden et les principaux dirigeants européens invitaient récemment à négocier ses conditions. Il y a surtout deux choses : Poutine récidive après la Géorgie et la Crimée. Son «fanatisme soviétique» n’est probablement pas guéri. L’alliance avec la Chine le renforce en plus. Les sanctions économiques de l’Occident ne pèseront pas lourd désormais, il a de solides garanties. Côté russe, en définitive, on ne craint ni pour sa sécurité, ni pour son économie. Un nouvel ordre du monde se constitue. La Russie de Poutine vise haut. Bien haut. Côté Occident, idem, nul vrai dégât. Des médias qui condamnent à longueur de journées et de nuits. Des dirigeants qui s’épanchent émus mais impuissants. Biden et l’Amérique qui ne prononcent quasiment mot, eux. Peut-être à dessein .Pas question de risquer «le nucléaire» pour si peu. Pour rien. Et puis, la Russie sanctionnée interdira son gaz à l’Europe. Florissant business pour le schiste américain. La guerre d’Ukraine en est maintenant à des milliers de morts et à près de deux millions d’expatriés réfugiés. Récapitulons pour ne pas nous y leurrer. C’est une guerre qui sert seulement la Russie de Poutine, qui n’engage et n’intéresse ni l’Europe ni l’Amérique, qui aurait parfaitement pu être évitée, dont l’Ukraine paie, évidemment , seule, le prix.

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