Devant un parterre féminin, Taboubi appelle les participantes à se mobiliser massivement en faveur de leur juste cause, affirmant que l’égalité des chances est de nature à conférer à la femme tunisienne la place qui lui revient.

Ici ou ailleurs, on a célébré, hier 8 mars, la Journée internationale de la femme, dans un contexte où ses droits les plus élémentaires semblent se réduire comme une peau de chagrin. Pire, elle fait l’objet d’une spirale de violence, à n’en plus finir. Là où elle se trouve, la femme tunisienne cherche à faire entendre sa voix. Par la même occasion, le bureau national de la femme travailleuse, au sein de l’Ugtt, a tenu, lundi, en collaboration avec le Centre de solidarité ouvrière, une conférence nationale intitulée «pour un milieu de travail sans violence ni harcèlement».

Hommage à la femme agricole

La manifestation se veut un remake d’un vieux combat féministe brandissant le droit à un travail digne et décent. L’égalité des chances est de nature à conférer à la femme tunisienne la place qui lui revient. Et il n’y a pas de meilleur moment que cette fête à grande échelle pour lui rendre un vibrant hommage, ainsi qu’aux femmes des champs, aux aides ménagères et à toutes celles qui portent les séquelles du travail précaire. Bref, aux damnées de la terre qui n’ont plus de quoi subvenir à leurs besoins pressants. Mal rémunérée, surexploitée, cette frange de société si vulnérable n’a jamais été épargnée par l’hydre de la violence et de l’humiliation qui sévit dans le milieu professionnel. Et pourtant, l’Etat ne fait pas les lois qu’il faut pour réprimer de tels traitements inhumains et illégaux.

Même la loi 58-2017 relative à l’élimination de la violence à l’égard de la femme, dont la promulgation, il y a presque cinq ans, suscita espoir et joie, avait raté son objectif. Et encore moins la convention 190 de l’Organisation internationale du travail, sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail, dont l’adoption fait défaut. La Tunisie ne l’a pas encore ratifiée. D’où le rôle de l’Ugtt à agir en imposante organisation ouvrière. Sa filiale syndicale, la Fédération générale de l’agriculture, avait mobilisé, l’année dernière, une vaste campagne de sensibilisation sur la protection de la femme agricole dans son milieu professionnel. Et ce, suite à une étude empirique à Siliana faite pour lui favoriser un monde de travail sans violence ni harcèlement, a rappelé son secrétaire général, Ammar Ezzine. Il s’agit-là d’une sorte de plaidoyer en sa faveur, afin de pousser l’Etat tunisien à bien vouloir ratifier les conventions de l’OIT dont il est membre. Sa réticence à s’inscrire, volontiers, dans cette démarche juridique et législative pèse lourd sur la situation professionnelle et matérielle de la femme.

Appel à une manif féminine !

Et pour un travail identique, la femme ne touche quasiment pas le même salaire que l’homme. Alors que l’égalité de rémunération et la non-discrimination en matière d’emploi sont deux principes fondamentaux inscrits dans la Déclaration de l’OIT de 1998. Idem pour la liberté syndicale et le droit de négociation.

Aides ménagères et femmes migrantes partagent, elles aussi, le même sort. A cette frange de société marginalisée, l’Ugtt reconnaît le plein droit à un emploi décent et digne.

Noureddine Taboubi, récemment reconduit à la tête de la centrale syndicale pour un nouveau mandat de cinq ans, s’est posé comme un fervent défenseur des droits de la femme en général et la femme agricole en particulier. A Sidi Bouzid, à Kasserine, à Siliana, à Kairouan et partout dans la Tunisie profonde, la femme rurale vit dans la misère, privée de ses droits les plus rudimentaires, en l’occurrence protection sociale, sanitaire et économique.

C’est que la femme travailleuse n’est plus à l’abri des injustices et des mauvais traitements. Parlons-en ainsi, la réalité en dit aussi long sur la violence faite à son encontre. «Toutefois, toutes les lois afférentes à cette question sont restées lettre morte», déplore Taboubi. Devant un parterre féminin, il a appelé les participantes à se mobiliser massivement en faveur de leur juste cause. Et le patron syndicaliste de s’adresser à ses adhérentes: «Fixez un rendez-vous, avant le mois de ramadan, pour organiser une journée de la colère à l’avenue Bourguiba à Tunis, en signe de sympathie avec cette catégorie socioprofessionnelle démunie». En fait, Taboubi aurait opté pour une journée de colère pour brandir des slogans réclamant la dignité et d’emploi décent en milieu rural. «Agissez ainsi pour mobiliser ces femmes agricoles et nous allons nous charger, si besoin est, de leur transport», martèle-t-il.

Contre les orientations du FMI

Aujourd’hui, face à leur oppression et surexploitation, l’Ugtt, rassure-t-il, ne devrait plus rester les bras croisés. La femme agricole doit recouvrer ses droits, en tant que citoyen à part entière. Mais, en ces temps de pénurie des moindres produits alimentaires de base, peut-on encore parler de dignité sociale ? Mis à part les soins et sa protection dans le milieu du travail, elle n’a même pas accès à un transport sécurisé. Pour lui, il est temps de manifester et d’exprimer son refus d’un tel vécu. Interrogé sur la situation générale dans le pays, il dit ne plus se taire face à ce qui pourrait surgir suite aux négociations d’ordre social et économique qu’engage la Tunisie avec le FMI.

Il s’est référé aux questions de gel des salaires, de la cession de certaines entreprises publiques jugées en faillite et bien d’autres dossiers touchant à la souveraineté de la décision nationale.

«L’Ugtt n’acceptera, en aucun cas, le gel des salaires que le gouvernement fait encore miroiter», fustige-t-il, soulignant que l’organisation ouvrière adhère aux choix du Président de la République si ceux-ci riment avec les siens.

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