Pour le directeur de l’établissement, qui dispose des pouvoirs de paperasses, mais visiblement pas du pouvoir de faire changer les choses dans «son» hôpital, la femme médecin a commis l’irréparable. Elle aurait, selon les termes utilisés par la note adressée au Dr Mona Boudabous, «enfreint clairement le devoir de réserve».

Alors que l’insalubrité de certains de nos établissements hospitaliers est devenue un secret de Polichinelle, les vieux réflexes de déni semblent avoir la peau dure. Mona Boudabous, médecin exerçant au Centre hospitalier universitaire Hédi-Chaker à Sfax, dans sa volonté de dénoncer les conditions inacceptables du milieu hospitalier, a publié sur les réseaux sociaux des photos très parlantes.

Des photos qui illustrent l’état de délabrement du CHU de Sfax.

Publiées le 23 février dernier, les images sont éloquentes. On y voit des sanitaires crasseux, des poubelles entassées et une saleté incrustée dans les moindres recoins de l’hôpital. Dans un monde tout ce qu’il y a de plus normal, cette dénonciation aurait dû servir à remédier au problème et à faire le nécessaire pour ne plus jamais voir ces images indignes. Mais sous nos cieux, «le name and shame» ne semble servir à rien, pire, il peut coûter cher.

Le 9 mars, Mona Boudabous tente désespérément de prendre contact avec le directeur du CHU, pour comprendre pour quelles raisons rien n’a été fait depuis la publication des photos. Un mutisme de la direction, qui en dit long sur la gestion de nos établissements de santé et qui explique, en grande partie, le ras-le-bol du personnel médical et son exode massif vers des pays plus froids certes, mais où l’humain a toute sa place.

La direction de «l’hosto» ne s’arrête pas là, mais s’enlise, en déclenchant un harcèlement administratif à son encontre. En effet, le directeur, usant d’une technique bien connue, anachronique, mais efficace dans un pays gouverné par la bureaucratie, lui adresse un «questionnaire» dans lequel il lui demande de «s’expliquer» sur les photos publiées sur les réseaux sociaux.

Pour le directeur, qui dispose des pouvoirs de paperasses, mais visiblement pas du pouvoir de faire changer les choses dans « son » hôpital, la médecin a commis l’irréparable. Elle aurait, selon les termes utilisés par la note adressée au Dr Mona Boudabous, «enfreint clairement le devoir de réserve».

Toujours est-il que sur les réseaux, Dr Mona Boudabous a été soutenue pas ses collègues qui ont exprimé leur solidarité face aux agissements de la direction de l’hôpital.

«Nous nous engageons dans une politique continue d’amélioration de la qualité pour permettre à nos patients de recevoir la meilleure prise en charge possible», peut-on lire dans la rubrique «mot du directeur» flanquée sur le site officiel du CHU Hédi-Chaker.

Créée en 1974, le CHU de Sfax est «un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche sous la double tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et du ministère de la Santé publique».

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