Afin d’atteindre à plus ou moins long terme notre souveraineté alimentaire, il va falloir réfléchir sur une approche intégrée des systèmes agricoles et alimentaires pour renforcer leur résilience et soutenir les stratégies des divers acteurs. Le développement de la filière du colza ne fait pas exception à cette règle !

En Tunisie, la filière du colza a été créée en 2014 suite à l’initiative conjointe du ministère de l’Agriculture et de Carthage Grains pour répondre à des problématiques diverses et des enjeux de taille dont l’augmentation des rendements du blé et la performance des exploitations tunisiennes en diversifiant les rotations, l’amélioration de l’autonomie nationale en huiles et protéines végétales, et l’amélioration de la balance commerciale en réduisant les importations. Mais pour atteindre ces objectifs, on a besoin de politiques qui sortent du « court-terme » à travers une transition vers de nouveaux modèles agricoles, dictés par les nouveaux enjeux démographiques, économiques et environnementaux. D’où l’importance de réfléchir sur une approche intégrée des systèmes agricoles et alimentaires pour renforcer leur résilience et soutenir les stratégies des divers acteurs.

Huit ans après, où en est-on ?

Jusque-là, on a beaucoup parlé de chiffres. Mais la réalité du terrain ? Qu’est-ce qu’on a fait pour atteindre les objectifs fixés? Selon les recommandations issues d’un récent atelier, tenu récemment à Hammamt-Sud, sur «Les enjeux et les opportunités du développement de la filière du colza en Tunisie», le développement de cette culture ne peut que prendre une place cruciale avec des perspectives à intérêt agronomique et écologique, à intérêt économique durable et à intérêt social.

Commençons par le commencement, il n’est pas inutile de rappeler que le colza permet la reconstitution de la matière organique du sol, réduit les maladies qui frappent les cultures céréalières, permet un bon désherbage, limite l’usage des pesticides, aère le sol et optimise l’absorption de l’eau. Et donc, en moyenne, l’assolement blé/colza permettrait d’augmenter de 20% les rendements du blé.

Deuxièmement, le développement de la filière colza permet de gagner sur les subventions aux importations d’huiles végétales, d’alléger le déficit chronique de la balance commerciale alimentaire, et de réduire le taux moyen de dépendance aux importations céréalières (actuellement de l’ordre de 65%). Elle permet, à cet égard, la croissance de la consommation d’huiles végétales et de viandes (essentiellement de volaille avec le développement du commerce des tourteaux de colza) et surtout de réduire l’importation de l’huile de palme et du tourteau de soja dont les prix sont en forte croissance, ce qui aide à améliorer la sécurité alimentaire du pays. Cela permettrait d’améliorer les revenus agricoles (avec des prix de vente intéressants et garantie des marchés) et de diversifier le portefeuille de cultures pour les structures de conseil et de collecte de céréales. Et donc, cette culture encourage l’organisation des agriculteurs de taille moyenne pour intégrer la filière et maximiser leurs profits agro-économiques.

S’agissant des perspectives à intérêt social, cette culture permet d’induire des activités et, par conséquent, de créer de l’emploi de l’amont à l’aval de la filière et de réduire les inégalités ainsi que l’exode rural.

Et donc, il est indispensable de libérer le potentiel de développement de cette filière qui peut nous rapprocher un tant soit peu de l’autosuffisance alimentaire, pour certains produits de première nécessité, afin d’atteindre à plus ou moins long terme notre souveraineté alimentaire.

Augmenter de 20%  les rendements du blé

Depuis 2014, l’existence de la filière colza a permis de réduire considérablement les prix de revient des tourteaux et des huiles. En effet, le prix de vente du tourteau de colza, issu de la trituration des graines de la saison 2020-2021, s’est élevé autour de 56% du prix du tourteau de soja à la même période, sachant que le rapport protéique entre les deux s’élève à plus de 70%. Quant à l’huile de colza, issue de la trituration des graines de la saison 2020-2021, elle a été vendue à l’Office National de l’Huile à un prix inférieur de plus de 170 DT/tonne par rapport au second moins-disant ayant proposé de l’huile de soja.

Par ailleurs, l’assolement au colza permettrait d’augmenter de 20% les rendements de blé. Et donc, l’objectif de 150.000 hectares cultivés en colza (objectif fixé par Carthage Grains à long terme) permettrait d’augmenter la production nationale en blé de près de 50.000 tonnes, ce qui représente 43,5 millions de dinars d’importations en moins pour le pays et donc 43,5 millions de dinars de revenus supplémentaires pour les agriculteurs. Ce qui signifie aussi l’amélioration de la balance commerciale à travers la baisse des importations.

Toujours selon l’hypothèse de 150.000 hectares cultivés en colza; cela permettrait aussi de produire 96.000 tonnes d’huile de colza, soit environ 50% de la consommation nationale en huiles végétales, et 144.000 tonnes de tourteau de colza, soit environ 30% de la consommation nationale en tourteaux. Cela générerait un gain au niveau de la balance commerciale de plus de 550 millions de dinars dont 144.000 tonnes de tourteaux (soit 140 millions de dinars), 96.000 tonnes d’huile (soit 390 millions de dinars) et 75 millions de dinars de moins en ce qui concerne les coûts en semences et herbicides importés.

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