Dans un contexte et une ambiance délétères, mais où seuls les actes peuvent définir les rôles et juger de leur justesse, le président d’Ennahdha, visiblement en perte de confiance publique, est victime de ses choix. Il s’éloigne de plus en plus de ce qui l’a rendu grand. Mais comment pourrait-il redorer son blason, en étant entouré de personnes aussi contestées que lui ?

Dans un climat de suspicion et d’accusations plus que jamais engagées, Rached Ghannouchi est, encore une fois, au cœur de la polémique. Il vit des heures sombres et subit des critiques virulentes, émanant même de certains membres de son parti. Dans des révélations liées à la période de la formation du gouvernement en janvier 2020, et dont Habib Jemli était investi, l’ex-dirigeant d’Ennahdha Imed Hammami a reconnu que le président du mouvement islamiste « avait fait tomber le toit sur tout le monde » et qu’il avait « affaibli le gouvernement Fakhfakh et précipité son départ ». Le président d’Ennahdha réalisait-il ce qu’il faisait ? En tout cas, c’est à ce moment-là que les principes et les valeurs politiques  avaient commencé à pâlir et personne ne voulait en convenir. Par égarement ? Peut-être. Par crainte ? Assurément,

On n’est plus censé l’ignorer, il existe une vraie cassure : Ghannouchi est de plus en plus contesté. Il ne jouit plus de la confiance dont a vraiment besoin un homme politique. Il est la cible non seulement des opinions qui lui sont souvent hostiles, mais aussi des critiques qui fusent de partout.

Une chose est aujourd’hui sûre : dans un contexte et une ambiance délétères, mais où seuls les actes peuvent définir les rôles et juger de leur justesse, le président d’Ennahdha, visiblement en perte de confiance publique, est victime de ses choix. Il s’éloigne de plus en plus de ce qui l’a rendu grand. Ce n’est point son attitude  ou encore son incapacité à faire la part des choses qui pourraient redorer son blason, essentiellement en étant entouré de personnes aussi contestées que lui. Son discours, dans lequel il rejette la responsabilité de ses erreurs, et celles de son parti, est lui aussi compromettant et paradoxal. Comment peut-on encore le voir en confiance avec ceux qui lui avaient permis d’être là où il est aujourd’hui ? Plus encore : à sa manière, qui nous rappelle ses différentes prises de position, il s’est totalement désengagé de la responsabilité de ce qui s’est passé hier et de ce qui a lieu aujourd’hui. Au bout du compte, seule sa propre destruction pourrait l’arrêter. C’est l’issue inévitable d’un homme politique qui n’a jamais aspiré à un nouveau statut. Notamment en l’absence des dispositions requises.

La politique de la déformation

Les révélations de Hammami sont graves. Nous déplorons qu’il n’y ait eu personne pour l’avertir avant et pour le rappeler à l’ordre après. Quand des actes établis et attestés influencent le paysage politique, essentiellement dans un contexte défavorable qui ne respecte ni ne valorise l’éthique politique, l’on est en droit de se poser des questions. A travers ce qu’il n’avait jamais cessé de se permettre, en public ou en privé, et bien sûr au détriment de l’intérêt du pays, à travers les arguments avancés, Ghannouchi a souvent associé avec imprécision rigueur et dépassement. Il en fait un prétexte, voire aussi une raison pour dénaturer le paysage politique. Il s’agit, certes, de faits regrettables, mais qui n’étaient pas isolés. Selon Imed Hammami, le président d’Ennahdha était  habité par un seul objectif, « celui d’exclure tous les dirigeants historiques et expérimentés, s’entourer de personnes incompétentes et de “bras cassés”, pour rester à la tête du parti et pour imposer les personnes qu’il désire et qui lui portent allégeance ».

On ne saurait suffisamment l’exprimer, mais la décennie noire post-révolution était entrée dans une phase de décomposition évidente. Lorsque l’on soulève le couvercle des événements qui ont marqué la scène politique, l’on ne peut  se retenir devant le recours volontaire et souvent incontrôlé aux pratiques illicites et illégales. Il faut dire qu’en l’absence de décisions nécessaires, les dépassements ont continué à peser, voire à conditionner la réalité politique

Il en ressort que le paysage politique n’était pas en ce temps-là une référence de compétence et de mérite, mais plutôt d’appartenance partisane et de parti pris. En hébergeant des parties emblématiques, il a même cessé d’être moral. Des dérapages, aussi cruels soient-ils, avaient contribué par conséquent, à lui donner une certaine insipidité. Notamment quand l’image des principaux acteurs influents, telle que décrite par un ancien ministre et ancien dirigeant du parti numéro un, est plombée et entachée.

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