Ceux qui pensent que Sghaïer Zouita est un homme heureux et comblé de joie depuis qu’il a été nommé directeur technique national se trompent sur toute la ligne. Etre à la tête de la DTN est un grand pas et une ascension fulgurante dans une carrière d’entraîneur qu’on ne peut pas refuser, mais devant l’immensité de la tâche et la lourdeur de la responsabilité, on ne peut pas totalement s’en réjouir. Car, quand on vous met face à un vaste chantier avec des moyens très limités, le cadeau ne peut être qu’empoisonné. On risque de se casser les dents au bout d’un certain temps, d’être découragé et remercié pour objectifs non atteints et de rentrer dans les rangs. L’homme est l’une des éminences grises de notre football qui se comptent sur les doigts de la main, mais avec tant d’obstacles sur son chemin, il ne peut pas naviguer longtemps entre vents et marées ,et aller loin. Quand le plus gros du budget au niveau de la fédération pour les équipes nationales et dans les clubs professionnels est consacré à la vitrine et aux séniors, on ne peut pas être surpris par l’état des lieux effarant et le sombre tableau de l’arrière-vitrine ou de l’arrière-boutique des jeunes. Faute de moyens financiers dans une majorité de clubs endettés jusqu’au cou, la DTN n’est pas arrivée à imposer le recrutement de directeurs techniques pour les équipes séniors. Certes, elle en a fait une obligation dans les textes en vigueur mais dans la réalité et sur le terrain, c’est devenu facultatif. La présence d’un directeur technique dans un club professionnel est même aujourd’hui un fardeau, une source de tension et de conflit avec l’entraîneur principal, comme cela a été le cas avec Youssef Zouaoui – Montasser Louhichi au CAB et comme c’est le cas actuellement avec Kamel Kolsi – Victor Zvunka au CA.
La DTN a voulu se montrer plus ferme pour les directeurs techniques des catégories jeunes, rappelant chaque été dans la note circulaire de la FTF de l’avant – saison sportive que «La délivrance des licences aux entraîneurs de ces catégories est tributaire et conditionnée par l’engagement d’un directeur technique titulaire d’un diplôme CAF ”A”. Une obligation que bon nombre de clubs contournent par l’engagement en noir d’entraîneurs de formation limitée, ne détenant pas les diplômes exigés. Cela leur coûte moins cher et ils ne sont pas obligés de les payer tous les mois rubis sur l’ongle. Le revers de la médaille, c’est que ces entraîneurs ne peuvent pas résister la plupart du temps à la tentation de tendre la main et de recourir aux parents de joueurs qui sont, eux, prêts à payer pour imposer leurs enfants comme titulaires dans les compétitions aux dépens d’autres enfants plus talentueux et plus doués ,mais dont les parents sont démunis. Ce n’est plus un secret pour personne si, dans les championnats des jeunes, ce ne sont pas les meilleurs qui jouent. Et ce n’est plus une énigme non plus si notre football est de plus en plus avare en production de jeunes talents qui sont de plus en plus une denrée rare. Nos clubs, du moins l’immense majorité d’entre eux, sont financièrement à plat et ont un besoin urgent de dégraisser leurs dépenses pour que le travail de base et la formation n’en payent pas le prix. L’une des réformes indispensables est de revoir et de changer le mode des championnats et des compétitions des jeunes, en répartissant les poules non pas par Ligue 1 ou 2 ,mais par régions dans la première phase pour résoudre le problème et regroupant deux Ligues afin de réduire le coût exorbitant du transport et des déplacements et atténuer le nombre de forfaits qui ont atteint cette saison un record alarmant avec des textes très souples qui autorisent le forfait déclaré à l’avance qui n’encourt aucune sanction financière, hormis celle sportive qu’est la perte du match par 2 à 0. Il faut supprimer aussi la coupe de la Ligue facultative lors de la 2e phase pour ne pas envoyer en vacances dès le mois de février au terme de 5 mois de compétition hachée et perturbée par les nombreux forfaits avec un nombre très insuffisant et très en deçà du minimum requis de matches dans les jambes. Il est nécessaire, également, d’encourager et de récompenser le jeu porté sur l’offensive, l’improvisation , l’imagination et la création, l’explosivité dans les mouvements, bref ce qui est liberté de manœuvre des joueurs sur le terrain pour qu’il y ait beaucoup de buts marqués, pour que les matches soient des matches-spectacles et pas des rencontres où le résultat prime, tuant, ainsi, la manière et le jeu au point d’engendrer des scènes de violence, en l’absence souvent d’arbitres officiels et le recours à des bénévoles impuissants qui montrent à quel point les compétitions des jeunes sont dévalorisées et discréditées faute de moyens certes, mais aussi de volonté de rénovation. Ces réformes nécessaires et vitales pour notre football ne peuvent être menées par une DTN aux mains liées.

Hedi JENNY

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