• On s’interroge sur ce que cache cette pléthore de grèves sectorielles décrétées ces derniers jours, sans prendre en considération les conséquences qu’elles provoquent auprès des citoyens, notamment celles appartenant aux catégories vulnérables
• Les revendications des agents de la Steg, de la poste ou des municipalités ainsi que des stations de distribution des bouteilles de gaz domestique peuvent paraître légitimes sauf que lorsqu’elles sont exprimées, en l’étape actuelle, elles ne font que raviver les tensions sociales

En attendant la probable rencontre que les nouveaux membres du bureau exécutif de l’Ugtt conduits par le secrétaire général, Noureddine Taboubi, auront avec le Président de la République, Kaïs Saïed, dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines, comme l’a annoncé Sami Tahri, secrétaire général adjoint, chargé de la communication, sans que la présidence de la République ne confirme ou n’infirme officiellement l’information et dans la perspective de la rencontre que le SG de la centrale ouvrière aura demain, vendredi 25 mars, avec une délégation du Fonds monétaire international dont les membres vont sonder, comme le laissent entendre certaines indiscrétions médiatiques répandues par ceux qui se disent au parfum de tout, si l’Ugtt soutient effectivement les programmes que le gouvernement propose au Fonds et lui demande de les financer, a-t-on le droit de se poser la question suivante : la série de grèves sectorielles (Steg, télécommunications, distributeurs de gaz, agents municipaux, etc.) est-elle à saisir comme l’annonce officielle que les syndicalistes menaçaient  de déclarer au gouvernement depuis quelques semaines, dans le sillage de la concrétisation des revendications contenues dans les motions votées lors du congrès de Sfax tenu les 16, 17 et 18 février dernier ou s’agit-il d’une manœuvre visant à renforcer ses atouts lors des négociations que l’Ugtt aura à tenir avec le gouvernement et aussi lors de la participation des syndicalistes au dialogue national évoqué par Kaïs Saïed dans son discours du 20 mars ?

Le peuple, otage de la surenchère

Et si les observateurs et les analystes politiques examinent quotidiennement à la loupe les petites phrases de Kaïs Saïed, les envolées lyriques de Noureddine Taboubi et aussi les révélations à caractère secret produites par certains chroniqueurs dans l’objectif d’éclairer les Tunisiens sur les dessous de ces grèves à répétition et de «ce torchon qui brûle le matin pour s’éteindre le soir», les citoyens lambda ont d’autres questions à soulever et ils le font savoir clairement : pourquoi sommes-nous devenus les otages entre les mains des grévistes qui décident à tout moment de débrayer, mettant en danger nos intérêts, d’une part, et les autorités publiques, d’autre part, qui ne daignent même pas nous informer, à temps, que les bureaux de la poste ou de la Steg ne seront pas ouverts au public, tel ou tel jour, pour au moins nous éviter les déplacements et les dépenses inutiles ?

Quand les employés de la Steg décident une grève de deux jours (mercredi 23 et jeudi 24 mars), quand les agents de la poste baissent les rideaux dans toutes les antennes à travers la République pendant trois jours (23, 24 et 25 mars) et quand les distributeurs des bouteilles de gaz domestique font de même, personne ne peut comprendre ou soutenir ce mouvement de grève même si les revendications peuvent  apparaître comme légitimes ou acceptables, surtout en cette période de difficultés économiques et de détérioration continue du pouvoir d’achat du citoyen.

En plus clair, les Tunisiens qui souffrent déjà des pratiques malsaines et inadmissibles utilisées par les spéculateurs et les trafiquants, au vu et au su de tout le monde, en dépit de la guerre antispéculation lancée ces derniers jours, peuvent-ils admettre que les bureaux de poste où ils ont l’habitude de percevoir leurs salaires et primes (surtout les retraités et les citoyens bénéficiaires des primes d’assistance sociale) vont fermer pendant les jours où leurs primes sont généralement versées.

Ce qui revient à dire qu’ils seront dans l’impossibilité d’honorer leurs engagements dans les délais prévus et aussi qu’ils ne pourront pas faire leurs emplettes en prévision du mois saint de Ramadan ?

Toutes ces interrogations bénéficient-elles de l’écho requis auprès de ceux qui décident d’observer les grèves en question et qui ne se soucient pas souvent des répercussions sociales que ces débrayages provoquent?

On s’interroge et on espère recevoir une réponse convaincante.

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