Beaucoup à dire sur la récente statistique de la pauvreté. Bien davantage que ce qu’en ont dit nos médias, nos spécialistes ou nos politiciens.

A la vérité, le chiffre (4 millions de nos concitoyens, le tiers de la population, à moins de cinq dinars la journée) terrifie. Tire à conclusions réactions. Impose solution. Gravissime. Strictement rien du buzz. Rien d’une information de courte durée.

Questionnons tout d’abord : ne souffrons-nous, le pays ne souffre-t-il , que de cette pauvreté ?

Oh ! Que non. Les quatre millions à moins de cinq dinars la journée appartiennent à la catégorie des sans travail et sans revenu. Au peuple du chômage et de l’absolue nécessité. Le minime pécule qu’on leur attribue est de l’ordre, seul, du calcul. En réalité ils n’achètent, ni ne consomment. Ils ne sont pas que pauvres, ils sont hors circuit de l’économie. Les vrais pauvres, aujourd’hui, la vraie pauvreté, poussent dans la classe moyenne, plutôt. Comble de l’atteinte, chez les salariés et les petits commerçants touchés par l’inflation galopante, l’envol des prix et des impôts. La dernière statistique parle de quatre millions de pauvres, du tiers de la population. La crainte est qu’il va falloir «compter avec un surnombre», petit à petit.

Interrogeons-nous, par ailleurs : la pauvreté rampante implique-t-elle (entraîne-t-elle) tout. ? D’autres statistiques rappellent à l’analphabétisme (de l’ordre de 2 millions), aux abandons scolaires (100 mille l’an),à la drogue chez les jeunes (près de 30%) aux vols et aux braquages (en constante ascension). Aucun doute, à ce niveau d’atteinte, la pauvreté est un mal structurel. Naïf de croire qu’elle se résume alors en un problème de moyens. La dégradation est générale. Pensons-y, cela complique ô combien la solution.

L’essentiel, enfin : ne négliger ni les causes, ni les responsabilités. Qu’est-ce qui nous a conduits là où nous en sommes, et principalement qui ?

La pauvreté, sous Bourguiba, est allée en décroissant jusqu’au début 80, en comptant le bel intermède Hédi Nouira . Sous Ben Ali, le chômage a sévi dans les régions, mais le régime a scrupuleusement préservé les finances de l’Etat. Après la révolution et tout au long de la décennie qui a précédé, la pauvreté s’est répandue dans les cités, et dans le même temps le pays s’est surendetté. Les causes sont connues : opportunismes, mauvaises gouvernances, incompétence et corruption. Les responsables, de même : tous les gouvernements d’Ennahdha, ceux de Nidaa, de Qalb Touness, d’El Karama, et quelques autres centristes ralliés.

Pas un de ceux-là (de ceux qui ont conduit à la ruine) n’a fait, et ne fait amende honorable, aujourd’hui. N’y songe, ni s’y apprête. Voire : pendant que les chiffres terrifient, les fauteurs d’hier multiplient les conférences de presse et les plaintes à l’étranger. Pire : et ils veulent encore gouverner.

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