Quand les discours liberticides dominent et quand les dérives, la manipulation et les mensonges deviennent monnaie courante, il est légitime d’avoir peur pour la démocratie. Mais la démocratie porte en elle les gènes de sa propre protection
Que faut-il retenir de la grande polémique qui a éclaté, ces derniers jours, à la faveur de la volonté manifestée par certaines parties visant à moraliser la vie politique et à mettre un terme définitif aux dérives et aux errements qui caractérisent le paysage politique et civil national depuis l’avènement de la révolution dans le sens où la sphère politique a été longuement ouverte à toutes les mauvaises pratiques et à tous les comportements les plus hasardeux ?

En d’autres termes, les pratiques tues jusqu’ici et considérées comme admissibles, alors qu’elles menacent l’essence même de l’idée démocratique, les différents actes d’instrumentalisation de la religion à des visées politiques et les comportements populaires dans le sens de ce qu’on appelle «la communication de proximité» doivent-ils perdurer sous le faux prétexte de la préservation de la démocratie et de la liberté même si ces deux valeurs cardinales sont, aujourd’hui plus que jamais, dans la visée de certaines parties dont les intérêts sont en contradiction claire et nette avec l’esprit fondateur de la révolution de la liberté et de la dignité.

Et ceux qui se sont élevés contre les tentatives de remettre les pendules à l’heure dans le sens de rappeler que l’exercice de la politique a ses règles et ses normes loin de toute propension à l’escroquerie intellectuelle et au mensonge ne comprennent-ils pas qu’en laissant la porte ouverte aux professionnels de la tromperie et qu’en confondant liberté d’action avec liberté de mensonge, on porte un coup fatal à  la démocratie et on balise la voie à toutes les dérives et à tous les dépassements, y compris au retour des discours de la haine, de la violence et du chauvinisme sous le fallacieux prétexte du principe de la liberté dont personne n’est en mesure ou n’a le droit de dessiner les limites ou de fixer les contours.    

Certes, la révolution a permis de libérer toutes les langues et la démocratie est venue pour consacrer le droit absolu de tous les Tunisiens de faire entendre  leur voix et de faire apprécier leurs approches. Sauf qu’il reste des lignes rouges à ne pas franchir, des règles à préserver et des normes à respecter. Et la règle n° 1 à consacrer est bien la protection de la démocratie face à ceux qui cherchent à en bafouer les règles fondamentales, dont en premier lieu le respect de la volonté du peuple, loin de toute tentation de lui soutirer sa voix ou son aval en usant de subterfuges trompeurs, ou de promesses séduisantes mais irréalisables ou pire encore en tirant profit de ses souffrances et de ses malheurs en contrepartie de deals honteux.

Il est aussi un motif d’inquiétude et de réflexion d’observer que plusieurs parmi ceux se proclamant les défenseurs de la liberté et de la démocratie sont tombés dans le piège des fossoyeurs de cette même démocratie et se mobilisent contre les mouvements qui essayent de mettre à nu les visées et les vils desseins des parties instrumantalisant  «la démocratie et la liberté dans l’objectif de les étouffer dans l’œuf».

Est-il besoin de faire remarquer que dans les périodes de transition comme celle que traverse aujourd’hui la société tunisienne, il existe des moments de doute, de chaos et même de remise en question  des idéaux généraux fondant la révolution.

Sauf que ces moments sont généralement de courte durée dans la mesure où il existe toujours des hommes qui savent remettre les pendules à l’heure, faire prévaloir la voix de la raison et imposer le discours et les pratiques  que le peuple attend.

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