La crise politique a connu, hier, une nouvelle tournure à cause du passage en force opéré par le mouvement Ennahdha, ses alliés et un certain nombre de députés à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) dont les activités ont été gelées par le Président de la République Kaïs Saïed le 25 juillet dernier. Une plénière loin de servir les intérêts de la Tunisie et son image

Comme prévu, 121 députés ont tenu, hier à distance, ce qu’ils ont appelé une plénière pour faire tomber les dispositions du 25 juillet. Cette plénière, diffusée sur les réseaux sociaux par certains députés gelés, a commencé par un débat sur une alternative constitutionnelle mettant fin aux mesures d’exception prises par le Chef de l’Etat le 25 juillet 2021. Elle a notamment permis «l’adoption», avec une majorité de 116 voix, d’un projet de loi annulant toutes les dispositions et les décrets annoncés après le 25 juillet.

En effet, la plénière tenue à distance a porté donc sur l’annulation des mesures exceptionnelles avec pour objectif d’y mettre un terme. Présidant cette plénière, Tarek Fetiti, deuxième vice-président du Parlement, a ouvert le débat vers 14h15, avec la participation principalement de trois groupes  parlementaires, Ennahdha, Qalb Tounès et Al Karama, en plus de certains députés d’Attayar, du bloc de la réforme, soit un total d’environ 121 députés. Durant les travaux de cette plénière, plusieurs députés ont fait part de grandes difficultés techniques au niveau de l’accès à la plateforme ayant assuré cette réunion hautement polémique.

Pour les députés ayant intervenu, il était question de s’attaquer au processus du 25 juillet le qualifiant de putsch contre la démocratie et estimant que cette plénière intervient comme issue à la crise politique, économique et sociale que connaît le pays.

C’est dans ce sens que Tarak Fetiti a estimé que la Tunisie connaît un tournant dangereux «provoqué surtout par les dispositions du 25 juillet», ayant mis, selon ses dires, terme à la légitimité en Tunisie. Pour sa part, le député gelé Safi Saïd a appelé le Président de la République, Kaïs Saïed, à dissoudre le Parlement et à appeler les Tunisiens à des élections législatives anticipées.   

Plusieurs partis s’opposent !

Participant également à cette plénière, le député gelé Mabrouk Korchid a pointé du doigt l’ensemble des dispositions annoncées par le Président de la République, insistant sur le fait qu’il s’agit d’un «projet personnel».

Autant dire que ce nouveau rebondissement aura certainement un coût.

Conscients de la gravité de ce processus et de voir deux parties se disputer la légitimité, plusieurs partis et personnalités politiques se sont opposés à la tenue de cette plénière.

A commencer par le Parti destourien libre (PDL) qui a averti le Président de la République contre les risques de voir «la Tunisie perdre son indépendance et sa souveraineté», arrivant au Mouvement du Peuple qui a mis en garde contre une intention de Rached Ghannouchi de diviser les Tunisiens et de mettre en place «un scénario libyen».

Idem pour Afek Tounès  qui a exprimé «son refus catégorique de tout retour au système ayant été en place avant le 25 juillet», appelant Rached Ghannouchi à «respecter la volonté du peuple tunisien et d’arrêter immédiatement ses tentatives de disloquer l’unité de l’Etat».

Le parti ajoute que ces tentatives sont la résultante directe du blocage du processus de réforme politique et la démarche unilatérale du Président, ayant exclu les organisations et les partis nationaux.

Même s’il ne s’est pas opposé à la tenue de cette plénière, le député du Courant démocratique, Hichem Ajbouni, a considéré que la présence de Rached Ghannouchi sur la scène politique compliquait la situation.

Il a estimé que l’ordre du jour devait inclure la démission de Rached Ghannouchi de la présidence du Parlement, comme une issue à cette crise.

Pour sa part, l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) a exprimé son refus de tout retour à l’avant-25 juillet, mettant en garde contre les tentatives de division des Tunisiens. Son secrétaire général, Noureddine Taboubi, a expliqué, dans ce sens, que l’Ugtt était contre la tenue d’une plénière de l’Assemblée des représentants du peuple. Il a, également, estimé que l’ARP était dissoute et qu’il ne restait au Président de la République, Kaïs Saïed, qu’à l’annoncer.

Chose que Saïed a décidé hier en se basant sur l’article 72 de la Constitition. Une chose est sûre, une guerre de légitimité se profile à l’horizon de la scène nationale, une situation hautement compliquée qui ne sert, en aucun cas, les intérêts de la Tunisie et son image à l’étranger.

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Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
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