De plus en plus de pauvres et de moins en moins de riches, mais une poignée de familles et de groupes financiers et industriels encore plus riches. C’est l’effet de cette crise économique qui est bien partie pour durer en Tunisie, surtout si on sait que l’Etat peine même à assurer ses dépenses quotidiennes.

Depuis plus d’une décennie, la Tunisie compte de plus en plus de pauvres et de classes démunies. Même des familles de fonctionnaires issues de la classe moyenne se sont appauvries, sous l’effet d’une crise socioéconomique qui dure depuis plusieurs années.

Pour les économistes, la crise ne fait que commencer, alors que certains prédisent même une explosion sociale et d’où de nouveaux risques d’appauvrissement de la population tunisienne. Autant dire que même pour les classes aisées, le quotidien des Tunisiens devient de plus en plus douloureux et la crise ukrainienne outre  les effets de la pandémie ont enfoncé le clou. Pour les autorités, qui semblent s’engager dans une réforme profonde des finances publiques, il faut préserver les classes sociales les plus démunies, pour éviter l’effet d’un château de cartes et protéger la paix sociale.

De plus en plus de pauvres et de moins en moins de riches, mais une poignée de familles et de groupes financiers et industriels encore plus riches. C’est l’effet de cette crise économique qui est bien partie pour durer en Tunisie, surtout si on sait que l’Etat peine même à assurer ses dépenses quotidiennes.

C’est dans ce contexte que le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (Ftdes) a révélé, récemment, des chiffres alarmants sur la pauvreté en Tunisie. Ces chiffres sont issus d’une étude publiée il y a quelques jours laissant croire que la Tunisie compte désormais plus de quatre millions de pauvres, sous l’effet de la crise économique.

Cette étude explique qu’il est considéré comme étant pauvre tout Tunisien dont le revenu journalier est de moins de 4,8 dinars et extrêmement pauvre celui dont le revenu journalier est de moins de 3 dinars. Toujours selon la même source, ainsi, près du tiers de la population serait pauvre, à «cause des politiques et des choix financiers ainsi qu’à cause des répercussions du coronavirus».

«La conjoncture économique a entraîné un surendettement du pays avec 107 milliards de dinars de dette, soit 98% du PIB. Une situation qui accable notre économie et empêche l’investissement dans le développement», regrette dans ce sens le membre du comité directeur du Ftdes, Mounir Houcine.

Même si ce chiffre semble inquiétant, il vient confirmer, malheureusement, les propos du ministre des Affaires sociales, Malek Ezzahi, qui avait affirmé que le nombre des familles nécessiteuses et à faible revenu en Tunisie s’élève à 963.000 familles, soit environ quatre millions de Tunisiens souffrant de la pauvreté.

Ezzahi a indiqué que suite à de nouveaux calculs et comptabilisation d’indicateurs, 310.000 familles seront ajoutées l’année courante à celles déjà inscrites sur la liste des familles nécessiteuses, ce qui pourrait augmenter encore plus le taux de pauvreté en Tunisie.

Des programmes d’aides obsolètes ?

Face à cette situation extrêmement compliquée pour une large partie des Tunisiens, les autorités cherchent une solution pour contrer cette tendance. A noter que la loi de finances 2022 a approuvé l’augmentation de la subvention pour les familles nécessiteuses de 180 à 200 dinars, à condition que cette mesure concerne 310.000 familles. Aussi, des aides seront octroyées à ces familles à l’occasion du mois saint.

«Sauf que ces programmes d’aides sont devenus obsolètes», regrettent les différentes composantes de la société civile. Pour elles, il ne s’agit que d’aides exceptionnelles et conjoncturelles qui ne sont pas en mesure de répondre aux exigences d’une population de plus en plus menacée par la pauvreté.

Elles pointent également du doigt, les risques d’une levée de la subvention des produits de base qui impacterait directement ces familles. Car, en effet, l’Etat semble décidé à lever progressivement certaines subventions des produits de base, conformément aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI) qui conditionne ses nouveaux financements au profit de la Tunisie par la réforme de ce système de subvention.

Dans ce contexte, le secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Sami Tahri, a souligné la nécessité de réviser et de réorganiser le système des subventions. «Nous n’avons pas de système de subvention clair, ni de fonds de subvention clair, ni de décrets clairs pour diriger et traiter ce dossier», a-t-il déclaré. Pour le syndicaliste, il ne suffit pas de revoir la subvention des produits de base, mais aussi de se pencher sur le soutien accordé aux entreprises.

Mais encore faut-il trouver un équilibre entre levée progressive des subventions et préservation des droits des classes démunies et moyennes. Autrement, ce taux de pauvreté s’aggraverait davantage.

Une tendance mondiale

Selon la Banque mondiale, pour la première fois depuis plus de 20 ans, le taux mondial d’extrême pauvreté a augmenté en 2020, sous l’effet des conséquences aggravantes de la pandémie du Covid-19 sur la réduction de la pauvreté, déjà freinée par les conflits et le changement climatique. Environ 100 millions de personnes supplémentaires vivent désormais dans la pauvreté en raison de la pandémie.

A l’échelle mondiale, la BM estime que la moitié des pauvres sont des enfants.

Les femmes représentent la majorité des pauvres dans la plupart des régions du monde et dans certaines tranches d’âge. Environ 70% des pauvres âgés de 15 ans et plus n’ont jamais fréquenté l’école ou n’ont reçu qu’une éducation de base.

«Aujourd’hui, la conjonction du Covid-19, des conflits et du changement climatique risque de précipiter de nouveau dans l’extrême pauvreté un grand nombre de personnes en situation précaire», alerte l’initiation financière. 

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