Il est des phénomènes, des comportements, des pratiques que personne ne saura jamais admettre en dépit de toutes les justifications et de toutes les argumentations qu’on pourrait avancer.

Ainsi, quand on fait la queue des heures durant devant les boulangeries et quand on subit les bousculades et les remarques, parfois déplacées de la part de ceux qui «combattent» aujourd’hui dans l’objectif d’arracher leur baguette auprès du boulanger de la cité, on ne peut plus avoir de raison à faire valoir pour expliquer pourquoi ces milliers de baguettes garnissent toujours nos poubelles comme aux époques précédentes où personne ne se souciait ni du prix de sa baguette ni aussi de la possibilité de voir sa boulangerie domestique fermer au beau milieu de la journée.

On a beau dénoncer, à haute voix, à tort ou à raison, la pénurie de farine et de semoule, matières indispensables à la fabrication du pain. On a beau également s’indigner et crier notre colère légitime à l’encontre des spéculateurs et des contrebandiers qui gèrent à leur guise les circuits de distribution des produits alimentaires, en premier lieu la farine et la semoule, et aussi dévoiler les pratiques inadmissibles de certains boulangers ou petits commerçants de quartier qui n’hésitent pas à nous priver de notre «pain béni», ou continue, malheureusement et aussi sans avoir — paraît-il — la conscience de commettre un acte répréhensible et par la morale et par la loi de dilapider malencontreusement une ressource vitale bénéficiant d’une symbolique particulièrement ancrée dans notre mémoire collective.

Le pain qui se retrouve parmi les déchets domestiques n’a-t-il pas une importance spécifique dans notre legs moral et historique, une image spécifique et une valeur cardinale dans notre culture arabo-islamique?

Et au-delà des centaines de milliers de dinars perdus quotidiennement dans les poubelles et loin de la tentation d’imposer à quiconque le comportement qu’il a l’obligation d’adopter ou de vouloir donner des leçons de morale ou d’alignement à caractère religieux, n’est-il pas temps de se mobiliser, enfin, pour que tous et ensemble, on arrive à bannir de notre vie quotidienne, aussi bien pendant le mois de Ramadan que durant le reste de l’année, ces pratiques inacceptables à tous les niveaux.

Certes, les discours moralisateurs prolifèrent à l’occasion du mois saint. Malheureusement, ils ne parviennent pas souvent à atteindre les objectifs qui leur sont assignés. D’où la nécessité d’imaginer un nouveau discours intelligent qui réconcilie morale, éthique et aussi sentiments de responsabilité citoyenne.

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