Agriculture | Répercussions négatives de la guerre russo-ukrainienne : Comment atteindre l’autosuffisance alimentaire

Selon les régions, nous pourrions orienter la production agricole conformément à nos besoins stratégiques. Oliviers, blé, orge, betterave  sucrière,  fourrages, figues de Barbarie, colza, tournesol, pistaches, caroubier (arbre centenaire aussi ancien que l’olivier et véritable trésor à même de drainer des revenus considérables à l’économie tunisienne)  et autres pourraient nous rassurer sur l’avenir.

Le monde des affaires est en ébullition. En effet, les avantages  que tirent les politiciens de cette guerre russo-ukrainienne ne font pas forcément plaisir aux économistes et aux financiers de tous  les pays du monde. Ce monde dont les affaires se sont tellement enchevêtrées grâce aux moyens de communication plus rapides, à la télécommunication et aux  échanges en tout genre qui ont poussé investisseurs et hommes d’affaires à s’engager plus ou moins profondément dans le tissu économique des pays d’accueil.

Après le gaz et le blé, le pétrole et les métaux rares, c’est l’huile  de tournesol qui commence à ressentir les effets de cette guerre. L’huile de tournesol est particulièrement demandée et fortement présente sur les marchés européens. Elle commence à se raréfier en raison de cette guerre, partie pour durer.

Bienfaits et méfaits

L’huile de tournesol est, en effet, très pratique pour préparer des plats mijotés. Elle supporte les hautes températures et se prévaut d’un goût neutre. On l’utilise pour la pâtisserie, ou pour  cuire poissons, légumes ou faire griller de la viande.

Elle est  particulièrement riche en oméga- 6 et en vitamine E.

Cette huile est très prisée en cosmétique, pour les peaux sèches, dont elle  nourrit la peau en douceur pour l’apaiser.

L’huile de tournesol  est  toutefois à consommer avec modération puisqu’elle contient «une forte teneur en acide gras oméga-6 (acide linoléique) et pas d’acide gras oméga-3  acide alpha-linolénique). Pour une meilleure santé, il faut augmenter les acides gras oméga-3 et non les oméga-6 déjà présents abondamment ».

A plus de six dinars

Mais le problème pour ce qui nous concerne, c’est qu’actuellement notre production en graines noires de tournesol a été impactée par l’importation des graines blanches, venant de Turquie, alors que le litre d’huile végétale dépasse les six dinars. C’est une huile  (tournesol, maïs ou soja) dont on se sert pour la cuisine, en l’absence de l’huile compensée, presque introuvable. A plus de six dinars, que reste-t-il pour faire la jonction avec notre huile d’olive nationale ?

Et pourquoi dans ce cas subventionner ces huiles et non pas encourager nos producteurs d’huile d’olive en investissant (en dinars et non pas en devises) tout en ayant pour objectif de nous libérer de ce joug qui devient de plus en plus pesant. Les transformateurs de ces huiles importées pourraient contribuer à cette reconversion.

Les pays à court d’huile de tournesol se sont déjà tournés vers l’huile d’olive. La demande a automatiquement augmenté. Même la plus basse des qualités, la lampante, ou l’huile de grignon, a retrouvé des lettres de noblesse au vu des circonstances exceptionnelles que vit le monde.

Tendance haussière

Depuis les années 2000, les oléagineux ont considérablement augmenté   atteignant leur niveau le plus haut depuis 2014. Les cours ont  progressé de 25% pour les graines et les tourteaux de soja, allant même jusqu’à 50% pour l’huile de soja.

Avec des besoins tournant autour de 450.000 t de tourteaux et près de 250.000 t d’huiles de graines importés, la Tunisie ressent négativement cette  hausse des prix. Ces cours  pourraient représenter un coût supplémentaire de 325 millions de dinars pour la balance commerciale, tout en remettant en question l’autonomie protéique en Tunisie.

C’est dire que le développement de la filière nationale de colza et de tournesol permettra  de réduire cette dépendance aux importations, tout en améliorant l’état de santé  de la balance commerciale. La relance des activités en  zones rurales ne sera pas en reste.

L’incertitude économique

Selon les derniers chiffres publiés lundi 31 janvier 2022 par l’Onagri, les superficies  emblavées jusqu’au 27 janvier 2022 ont atteint 1 011 mille hectares, soit 81% de la superficie programmée (1,253 million d’hectares), contre 1 106 mille hectares durant la même période de la campagne précédente.

Ces superficies sont réparties entre 830 mille hectares au Nord (99% des superficies programmées) et 181 mille hectares au Centre et au Sud (44% des superficies programmées).

Trouver des fournisseurs

Selon un rapport US rendu public, la Tunisie aura des difficultés pour reconstituer ses stocks céréaliers. En effet, les agriculteurs ont ensemencé des superficies plus petites en raison de l’incertitude qui règne dans le pays et le souci  des agriculteurs qui veulent éviter de prendre des risques financiers.. La superficie ensemencée en blé pour 2022/23 a diminué par rapport à 2021/22, passant de 607,000 hectares (ha) à 579,000 ha, dont 515,000 ha de blé dur et 64,000 ha de blé tendre».

Qui croire ?

En tout état de cause, des difficultés, la Tunisie en aura et même s’il y aura une bonne récolte qui pourra être mise à contribution à partir du mois de juin, mais dans le cas où la guerre russo-ukrainienne se poursuivra, il faudra trouver des fournisseurs pour tenir le coup.

Des contrats à objectifs

Lors du dernier conseil ministériel, le  Président de la République a assuré que «les décrets réglementaires relatifs aux sociétés civiles et la conciliation pénale seront promulgués prochainement». 

Encore une fois,  et au risque de se redire, les conséquences de ces conflits, qui secouent le monde, devraient nous réveiller de notre torpeur, à l’effet de nous y mettre sérieusement pour pouvoir, dans les plus brefs délais, compter sur nous-mêmes et atteindre ou au moins se rapprocher de l’autosuffisance.

Ces sociétés civiles à créer pourraient  présenter un début de solution. Les immenses terres domaniales, celles récupérées et celles qui sont en friche,  alors qu’elles n’attendent qu’à  être mises en valeur, pourraient être concédées (trouver la forme juridique) aux centaines d’ingénieurs et techniciens agronomes chômeurs ou sous-employés, moyennant un contrat à objectifs.

Il fut un temps en ex-Yougoslavie, toutes les terres appartenant à l’Etat, et qui attendaient d’être remises  à des sociétés d’exploitation,  ont été plantées de…  prunes. On en a tiré une boisson nationale qui a fait la réputation de ce pays.

Des choix stratégiques

Selon les régions, nous pourrions agir de la même manière et orienter ces futures sociétés conformément à nos besoins stratégiques. Oliviers, blé, orge, betterave  sucrière,  fourrages,  figues de Barbarie, colza, tournesol, pistaches, caroubier  (arbre centenaire aussi ancien que l’olivier et véritable trésor à même de drainer des revenus considérables à l’économie tunisienne)  et autres pourraient assurer  et nous rassurer sur l’avenir.

Inutile de rappeler les avantages à en tirer sur tous les plans, pour un pays de …douze millions d’habitants, capables de se projeter en dehors de ses frontières.

Considérant les habituelles lenteurs administratives, les décrets d’application, alambiqués et  biscornus que l’on  cogite pour faire échouer toute tentative de se libérer «du système», qui a précipité nos échecs  et nos reculs dans presque tous les domaines, il faudrait que tout soit décidé dans les plus brefs délais.  Avant le lancement de la prochaine saison agricole, pour ce qui concerne ce secteur, bien entendu.

S’amuser à perdre du temps en des réunions interminables  (alors que le nombre de chômeurs souvent diplômés augmente),  où la politique s’adjugera le beau rôle avec  des visées qui n’ont rien d’objectives, pour ne pas dire partiales, nous mènera à l’échec. L’échec de ces sociétés civiles dont on attend beaucoup.

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