L’artiste américaine Simone Leigh a remporté le Lion d’or pour son parcours sculptural « Souveraineté » et une mention spéciale a été attribuée pour le pavillon français, conçu par la Franco-Algérienne Zineb Sedira, lors de la 59e Biennale de Venise. Mais ce n’est pas vraiment ce qui nous intéresse dans cet Eldorado de l’art contemporain, le plus grand et le plus ancien dans le monde. Ce qui compte pour nous, c’est Safia Farhat à Venise…

Safia Farhat à la Biennale de Venise 2022, nous avons été les premiers à l’annoncer sur ces mêmes colonnes. Honneur et fierté, avons-nous déjà dit, mais nous n’avons pas imaginé que notre émotion allait être telle que nous l’avons ressenti lorsque nous avons enfin découvert le dyptique de l’artiste exposée à la deuxième salle de la Cordrerie à l’Arsenal : nous ne pouvions pas rêver d’une place meilleure !

L’identité de l’œuvre de Safia Farhat, sélectionnée par la commissaire Cecilia Alemani, a été tenue secrète jusqu’au pre-openning, qui a eu lieu les 20, 21 et 22 avril, et auquel a été conviée la crème de la crème du monde de l’Art à l’échelle internationale, ainsi que les journalistes les plus privilégiés. Le suspense a trop duré pour nous. Mercredi 20 avril, à 11h00, après une longue file d’attente (déjà !), « Gafsa & ailleurs » se révèle enfin à nous… Une pièce monumentale (320 x 294 cm et 293 x 167cm) réalisée en 1983, ainsi décrite : « Cette tapisserie est au carrefour de plusieurs techniques traditionnelles : tissage ras mélangeant les valeurs, points noués de différentes longueurs de façon à suggérer le volume. Elle est réalisée à l’aide de multiples genres de fils : laines de couleurs traditionnelles filées et teintes à la main ; et d’autres modernes, filées à la machine ; fils dorés et argentés peu usités dans les tissages. Par ailleurs, et au niveau des références sémantiques convoquées, cette œuvre représente une synthèse réussie de signes traditionnels appartenant aussi bien au patrimoine passé de la Tunisie, comme les signes zoomorphes et anthropomorphes empruntés aux tissages traditionnels ; de même qu’elle comprend des signes géométriques qui participent davantage d’un langage abstrait ».

Présence remarquable et remarquée…

Ce n’est pas par hasard que cette œuvre a été retenue ; ce n’est pas un hasard qu’elle figure parmi les 1.433 créations de 213 artistes sélectionnés dans cette prestigieuse exposition sur pilotis. Intemporelle, « Gafsa & ailleurs » s’inscrit et s’ancre parfaitement dans la thématique et le concept d’« Il latte dei Sogni » (Milk of dreams/ Le lait des songes) de cette 59e édition de la Biennale di Venezia, qui compte 80% de propositions féminines. Vivacité des couleurs, identité, onirisme, force, représentations, on ne peut plus surréalistes des corps, rapport à la terre, diversité des techniques, dépassement des limites… Le tout sublimé par le génie d’une artiste et femme exceptionnelle dont la démarche est caractérisée par une tonalité militante et engagée.

Le succès de l’œuvre de Safia Farhat à Venise est sans équivoque, surréaliste, dirions-nous ! La pièce a attiré l’attention de tout ce beau monde présent rien que pendant la préouverture et a été remarquée par de grands collectionneurs, entre autres belges et britanniques. Aussi, a-t-elle interpellé des journalistes de renom comme ceux du Vogue UK, du ARTnews, Africa, et nous en passons. Plusieurs articles lui ont été consacrés dont « Biennale Arte, Safia Farhat : tutti i colori della Tunisia » dans le Askanews. « Gafsa & ailleurs » a même été désignée comme l’une des œuvres marquantes de cette édition de la Biennale ! Par ailleurs, grâce à cette présence aussi remarquable que remarquée, plusieurs institutions muséographiques ont demandé d’accueillir et de présenter en leurs enceintes les œuvres de Safia Farhat. Que demander de plus ?

Quelles retombées ?

La Tunisie à la Biennale de Venise, nous en avons tous rêvé et le Musée Safia-Farhat l’a fait ! Mais quelles retombées effectives pour cette présence ? Des retombées médiatiques signifiantes, une promotion de l’Art, de l’artisanat et des artistes tunisiens, de la « Destination Tunisie », une promotion du musée Safia-Farhat avec sa belle et riche collection et des différents édifices qui supportent l’œuvre de l’artiste, mais aussi de la femme tunisienne, de son potentiel, de son engagement, de son rayonnement et de son ancrage dans la contemporanéité.

Le ministère du Tourisme, en particulier l’Office national du Tourisme tunisien (Ontt), en la personne de son directeur général M. Nizar Slimane et de son représentant à Milan, M. Souheil Chaabani, ainsi que du ministère des Affaires étrangères en la personne de son excellence M. Moez Sinaoui, notre ambassadeur à Rome, et de la chargée de presse Mme Cristiana Missori ont répondu présent et ont vu en cette participation une opportunité; ce sont les seuls qui n’ont pas lésiné sur les moyens ni fait des économies d’efforts pour soutenir — à juste titre d’ailleurs —  la participation de la délégation tunisienne, qui a consenti le déplacement à Venise. Ils ont également pris part à la campagne de communication menée en faveur de cette action-contribution artistique quasi historique.

Si Safia Farhat a connu le succès dans son pays et n’a cherché de son vivant aucune reconnaissance internationale, tout porte à croire qu’elle le connaîtra dès maintenant à titre posthume. Sinon, « Gafsa & ailleurs » reste visible au grand public jusqu’au 27 novembre 2022, en plein cœur de l’Arsenal à Venise.

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