Il s’agit surtout d’une force productive formée à des coûts faramineux par une société pauvre qu’elle offre, par la suite, gratuitement à une société riche.

« La médecine de guerre que nous avons menée, avant, pendant et après la pandémie de la Covid-19, et vu notre solide formation académique dans un contexte difficile et une infrastructure sanitaire précaire, fait de nous une main-d’œuvre médicale demandée sur le plan mondial… ». C’est l’explication qui a été fournie par l’un des jeunes médecins interrogé sur le marché mondial des migrations entre l’offre et la demande. En effet, l’Etat et le système du monopole médical et professionnel, consciemment ou inconsciemment, contribuent à la fabrication de la demande et son offre sur le marché mondial qui sera attirée par une main-d’œuvre bien formée, avec une expérience qui la rend apte à une meilleure rentabilité si elle est mise dans de meilleures conditions. Il s’agit aussi de brillants étudiants et chercheurs capables de poursuivre des études avancées et surtout une main-d’œuvre médicale qui sera utilisée dans des contextes et des cadres déterminés avec des salaires plus réduits (même de façon provisoire, en attendant l’équivalence des diplômes). Mais, il s’agit surtout d’une force productive formée à des coûts faramineux par une société pauvre qu’elle offre, par la suite, gratuitement à une société riche. Si on évoque et décrit l’immigration des jeunes médecins vers l’Europe ou les pays du Golfe par exemple, il ne s’agit pas d’une simple immigration vers l’Allemagne ou une émigration par rapport à la Tunisie, mais d’une «hajja», (c’est-à-dire un départ définitif pour les interrogés), une migration forcée, une sorte de «transmigration» systématique. S’il est possible que l’on ne voulait pas de cette migration, elle reste le résultat d’une exploitation excessive, qui nie tous les cerveaux, les compétences et les énergies qui partent loin, à la recherche d’une réalité meilleure.

En fait, il s’agit de la recherche d’un projet dans un milieu commandé par des textes illégaux et dénués de toute légitimité. Ce qui pousse davantage à la migration est la faible volonté de mener une lutte syndicale ou de montrer ses capacités de résilience en Tunisie, alors que la délivrance se trouve au loin. C’est comme si le jeune médecin dit : «Je ne suis pas le Christ pour me sacrifier pour vous ». Dans cette situation, on peut remarquer que le « Cartel » de l’exploitation économique et sociale des médecins et de la santé des citoyens est pris à son propre piège avec la faille créée dans le système de l’apartheid sanitaire et professionnel qu’il a lui-même mis en place. En effet, en exploitant les médecins et en détruisant l’infrastructure sanitaire, il les a transformés en des médecins de guerre compétents et très demandés sur le marché extérieur. Il les a également poussés à accéder à ce marché, insouciants de ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils vivent et ce qu’ils connaîtront d’iniquité et d’injustice. Ainsi, le « Cartel », ou pour ne pas nous répéter, ces mafias et ces lobbys monopolistiques imbriqués les uns les autres, se retrouve sans médecins à exploiter. C’est dans ce contexte que des rumeurs dans les coulisses font état de la préparation d’un projet de loi d’urgence sanitaire, qui interdirait aux jeunes médecins et à d’autres couches et spécialités socio-professionnelles de migrer. Et c’est ainsi que le pouvoir politique en place scellera sa stratégie illégale, illégitime, inconstitutionnelle et inhumaine, transformant la médecine de guerre en une guerre contre la médecine, le jeune médecin et la santé publique. C’est une oligarchie médicale qui mène cette guerre, une guerre d’usure qui va nier l’armée blanche et la changer, en ce qu’on appelle une armée mexicaine : c’est-à-dire une armée de généraux sans soldats.

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Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
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