Aux fake news qui infectent la Toile, s’ajoutent les deepfakes savamment fabriqués. Au niveau de la publication, le parfait timing est pris en compte pour une visibilité maximale. Des politiques financent le plus souvent la production de fake news et deepfakes. Un business où la désinformation dépasse les limites de la décence et de la moralité et qui pourrait, dans certaines circonstances, mettre en péril la sécurité nationale.

Il ne se passe pas un jour sans que les deepfakes ne viennent frelater la réalité et colporter de fausses informations. L’intelligence artificielle est soumise au service de la bêtise humaine. Une arme d’illusion et de manipulation de l’opinion publique visant l’exercice d’influence. La technique consiste à fabriquer et publier de faux  enregistrements audio ou vidéo avec un très haut degré de fiabilité. Aujourd’hui, point n’est besoin de dire que les deepfakes constituent un grand problème pour la sécurité nationale comme en témoigne l’affaire de l’ancienne directrice du cabinet du Président de la République, largement relayée par les réseaux sociaux.

En raison de la gravité de ce phénomène né, faut-il le rappeler, en 2017 sur certains sites web, la commission permanente du Congrès des États-Unis sous la responsabilité de la Chambre des représentants, qui est aussi chargée de surveiller les activités des agences de renseignements américaines, s’est intéressée aux deepfakes en 2019 et a examiné «les menaces que font peser sur la sécurité nationale les faux contenus générés via l’intelligence artificielle». C’est que d’autres puissances étrangères ont fait du deepfake une arme redoutable de déstabilisation et il fallait pour les Américains plancher sur les menaces générées par ce phénomène et les moyens susceptibles de le contrer. Le jeu en vaut la chandelle.

Qui ment et qui dit vrai concernant les enregistrements audio imputés à Nadia Akacha ? Difficile à trancher et l’ouverture d’une enquête judiciaire concernant plus d’une dizaine d’enregistrements imputés à l’ancienne conseillère du Président  risque de ne mener à rien. Des pseudos experts sont entrés en ligne pour alimenter le débat autour de la véracité des enregistrements et sur la Toile les explications et raisonnements. Comme le ridicule est fait pour notre amusement, le Mossad, service de renseignements israélien, est même pointé du doigt. Entretemps, le mal est déjà fait et la conseillère est sacrifiée sur l’autel de l’hystérie politique.

A la défensive depuis l’éclatement de cette affaire, et se trouvant en mauvaise posture, l’ancienne directrice du cabinet du Président de la République est en toute logique frappée d’anathème. L’ex-conseiller à la sécurité nationale du président Béji Caïd Essebsi, le contre-Amiral Kamel Akrout, a été bien frontal dans sa réaction aux enregistrements fuités. «Quand on nomme des gens incompétents, instables, sans expériences, mercenaires jusqu’à l’ADN, tout devient possible, plus rien n’a plus d’importance, plus rien n’est au secret de l’Etat. La différence entre les vrais commis de l’Etat et les Mata Hari, c’est juste l’épaisseur de l’honneur d’un pays», a-t-il posté sur son compte Facebook.

Les deepfakes sont utilisés à mauvais escient notamment dans le monde  politique et il est malheureusement bien difficile de différencier le vrai du faux. L’hypertrucage d’une vidéo ou d’un contenu audio grâce à l’intelligence artificielle inquiète à plus d’un titre, notamment en cette période marquée par des tentatives de déstabilisation du gouvernement en place d’autant plus qu’il est très difficile de démasquer le ou les instigateurs.

On se rappelle bien les enregistrements imputés selon la BBC à l’ancien président Ben Ali en janvier 2022. A ce jour, l’authenticité  de ces enregistrements est toujours à confirmer. Seule la partie qui a publié ces enregistrements et les détracteurs  de Ben Ali sont convaincus de leur véracité. Pour les sympathisants avec l’ancien président, il s’agit  d’un faux, rien de plus.

«La lutte contre les deepfakes est une course contre la montre et contre la technologie: la manipulation de l’information a explosé et est devenue un problème de sécurité nationale dans de nombreuses régions du monde avec l’avènement des réseaux sociaux», soulignent le  chercheur suisse  Touradj Ebrahimi et son équipe dans une déclaration à Swissinfo. «Nous devons apprendre à nos enfants à remettre en question ce qu’ils voient sur Internet et à ne pas diffuser n’importe quel contenu sans discernement», ajoute la même source.

Ce qui n’est pas actuellement le cas en Tunisie. Le pays vit sur le rythme effréné des fausses informations dans un contexte  politique marqué par les grandes tensions sur fond d’ingérence étrangère et de tentatives de déstabilisation du gouvernement et du locataire de Carthage.

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