Gisement de croissance sans pareil, l’Afrique c’est bientôt une population de plus de 2 milliards d’hommes et une classe moyenne de plus de 300 millions de consommateurs. Pourtant, la Tunisie peine encore à retrouver le chemin de ce continent dont dépend l’avenir de l’économie mondiale, de l’avis de spécialistes chevronnés.

Les armateurs successifs du navire tunisien semblent avoir bu l’eau des nouilles pour ne pas dire qu’ils auraient tout bonnement dilapidé un héritage exceptionnel, celui des Carthaginois qui avaient détenu le monopole du trafic de la Méditerranée occidentale, en Sardaigne, en Afrique et en Espagne dès le VIe siècle.

Les chiffres sont têtus et révélateurs : les échanges commerciaux de la Tunisie avec  les pays africains ne dépassent pas les 4% de l’ensemble des exportations tunisiennes, selon des statistiques officielles. Les transactions commerciales avec l’Afrique subsaharienne ont, quant à elles, atteint quelque  342 millions d’euros, ces dernières années, contre plus de 1 milliard d’euros pour le Maroc.

Très bien nanti pour cheminer avec brio dans les sentiers africains et sauver une économie nationale  en berne, le pays poursuit néanmoins une politique économique beaucoup plus orientée vers l’Europe.

Cette orientation vers le vieux continent au détriment de l’Afrique pouvait être justifiée, dans la mesure où la croissance africaine tablait, autrefois, sur les 2%. Aujourd’hui que  les taux de croissance annuels s’élèvent à 6% pour bon nombre de pays africains, surtout les anglophones parmi eux, on n’a qu’à se réveiller pour mettre du cœur à l’ouvrage.

Mais retrouver le chemin d’une Afrique qui s’urbanise dare-dare (plus de 50% en 2015, plus de 70% en 2050) n’est pas une sinécure. Il faudrait, pour ce faire, jeter les fondements. L’adage : qui veut aller loin ménage sa monture.

Profiter comme il se doit de l’accord de libre-échange continental (Cfta) dont les négociations ont été lancées en juin 2015 au Caire, pour une entrée en vigueur en 2017, en vue de promouvoir les exportations tunisiennes de produits manufacturés vers le continent implique une bonne préparation du terrain.

Une préparation du terrain que Carlos Lopes, ancien Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, rattache à l’amélioration des infrastructures logistiques.

Pour commencer, la principale compagnie aérienne du pays (Tunisair), qui ne couvre qu’une quinzaine de destinations africaines  dont seulement cinq en Afrique subsaharienne contre une trentaine pour Royal Air Maroc, n’a qu’à mettre les bouchées doubles. La compagnie nationale devrait se mettre à la page des mutations que connaissent le monde et le continent, avant qu’il ne soit tard.

Mieux voyager en Afrique implique, de surcroît, des liaisons maritimes rapides et efficaces, la mise en place de structures de soutien financier aux investisseurs tunisiens, des cabinets d’études stratégiques spécialisés et l’élaboration d’une diplomatie économique active et intelligente.

Les diplomates et ambassadeurs tunisiens évoluant dans diverses régions du continent sont, pour leur part, appelés à mieux faire entendre la voix de leur pays pour promouvoir le produit et le savoir-faire de leurs concitoyens.

De tout temps, alvéole civilisationnelle, la Tunisie ne manque point d’atouts pour se faire une place de choix en Afrique, la francophone comme l’anglophone. L’expertise et le savoir-faire de bon nombre de ses valeureux enfants dans des secteurs comme le tourisme médical, l’enseignement supérieur, l’ingénierie et le conseil, pourraient lui garantir une part non négligeable des marchés les plus émergents.

Une chose est sûre : le pays n’a jamais eu autant besoin d’une politique africaine. C’est aujourd’hui ou jamais. Sauver une économie à genoux et une nation qui chemine à reculons passe nécessairement par une politique qui favoriserait l’exportation de produits manufacturés en plus de ceux agricoles.

Autrement, on ne saurait s’étonner que le mythe du développement continue à inspirer de moins en moins confiance aux populations.

Se réveiller ou périr. Devenir grand ou continuer à mendier son argent de poche, hier touchant, aujourd’hui pathétique ! Il n’y a pas  d’autre alternative dans un monde qui va à mille à l’heure.

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