Les entreprises et institutions publiques s’enfoncent toujours dans une situation économique et financière précaire. Si jadis, elles faisaient les beaux jours de l’économie nationale, aujourd’hui, au vu d’une masse salariale insoutenable et d’un mauvais rendement, elles constituent malheureusement un fardeau pour l’Etat tunisien.

Depuis 2011, la situation des entreprises publiques est au cœur du débat. Elles ont dû payer le prix cher des recrutements abusifs au nom de la préservation de la paix sociale. Aujourd’hui, certains évoquent même des bombes à retardement au vu de la situation économique du pays.

Certains économistes ont proposé de nombreuses solutions pour remettre à flot ces entreprises et institutions, des solutions qui tournent autour de leur privatisation. Mais cette option pose d’ores et déjà problème. Si à aucun moment les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont prévu une telle solution, la centrale syndicale s’est toujours opposée à leur privatisation, affirmant qu’il s’agit d’une ligne rouge.

Récemment, la Cheffe du gouvernement a rouvert le débat autour de cette question, déjà au cœur des négociations entre la Tunisie et le Fonds monétaire international (FMI). La Cheffe du gouvernement, Najla Bouden Romdhane, a assuré récemment que l’Etat «n’a aucune intention de privatiser les institutions publiques à caractère stratégique et qui font l’objet de programmes de restructuration basés sur des audits».

En marge de la célébration de la journée mondiale du travail, la Cheffe du gouvernement a ajouté que l’Etat assumera toutes ses responsabilités et jouera son rôle de régulateur dans les domaines concurrentiels à travers la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire efficace.

Et d’ajouter que «le gouvernement vient de mettre en place un nouveau programme de réformes qui sera annoncé dans la période à venir». «Les réformes de la fonction publique font partie intégrante de ce programme basé essentiellement sur la digitalisation de l’administration et sa modernisation et la bonne gestion des ressources humaines», a-t-elle également dit.

La réponse de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) n’a pas tardé. Son secrétaire général, Noureddine Taboubi, a tenu à préciser qu’il faut lire entre les lignes d’une telle déclaration, laissant croire que la centrale syndicale est inflexible à ce sujet.

Absence de politiques ?

Au fait, la centrale syndicale pointe l’absence de politiques réformatrices des entreprises, et organismes publics, notamment de nature stratégique, ce qui a approfondi la crise économique et fait entrer de nombreuses entreprises dans un état d’effritement et de déliquescence. L’Ugtt a toujours mis en garde , contre tout plan visant à affaiblir ces entreprises dans l’objectif de les céder.

Les syndicalistes appellent dans ce sens à fournir un plan national pour sauver les entreprises publiques en difficulté, rappelant qu’il s’agit là d’une «question de souveraineté nationale et d’une assurance pour les futures générations de Tunisiens».

Dans ses orientations, l’Ugtt est soutenue même par l’Utica. Celle-ci s’est également montrée opposée à la privatisation de ces entreprises, affirmant qu’elles doivent plutôt faire l’objet de réformes pour les remettre à flot. L’Utica juge, donc, nécessaire de créer un environnement propice à l’investissement et à l’entrepreneuriat, pointant ce qu’il a appelé une politisation de l’économie depuis plusieurs années.

Mais dans ses déclarations, Bouden a évoqué en particulier les entreprises et institutions stratégiques qui ne sont concernées par aucun plan de privatisation. En Tunisie, historiquement, les secteurs stratégiques concernent plutôt les énergies, l’industrie de l’armement, les transports, le tourisme, l’éducation, l’agriculture, la santé et autres. Le gouvernement prévoit-il donc de se débarrasser des entreprises opérant hors de ces secteurs ?

Au fait, tout passe par un accord avec le FMI. Alors que cette institution urge une réforme profonde de ces entreprises, et n’écarte pas leur privatisation, le gouvernement semble vouloir satisfaire toutes les parties concernées. D’ailleurs, dans un document adressé au FMI, le gouvernement Bouden a établi une liste des entreprises qui connaîtront des réformes profondes dans une tentative de les restructurer pour maîtriser leur masse salariale.

Cela implique également la mise en place d’un nouveau système pour la nomination des directeurs et PDG de ces établissements et évaluer leur rendement. On envisage d’ailleurs de mettre en place une commission ministérielle pour la nomination de ces hauts cadres conformément à des conditions et des objectifs préétablis.

Selon un rapport élaboré par le FMI l’année dernière, les transferts et les injections réguliers de fonds publics au profit de ces entreprises représentent 7 à 8% du PIB annuel. Ces sociétés sont en plus lourdement endettées, les experts de la mission ayant estimé la dette à hauteur de 40% du PIB. Des chiffres qui font froid dans le dos si on rappelle que l’Etat peine déjà à payer ses fonctionnaires et que ces fonds sont assurés au détriment de l’investissement et du développement.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire