Par Mohamed BENNOUR *

L’annonce du décès d’un ancien camarade ou d’un ex-compagnon de route me fait beaucoup de peine. Ceux qui m’ont connu le savent très bien.

Mohamed Mouaâda nous quitte et avec lui l’histoire de plusieurs années de lutte pour une Tunisie meilleure, l’histoire d’un rêve d’une Tunisie où règnent l’Etat de droit, l’égalité des chances pour tous et une justice sociale… C’était les années 80 et 81.

Tous les deux, nous avions animé le premier journal d’opposition Erraï, patronné par feu Si Hassib Ben Ammar. Nous faisions partie ensemble d’un comité de rédaction qui se réunissait chaque jeudi autour de Si Hassib Ben Ammar et qui se composait de Si Ahmed Mestiri, Béji Caïd Essebsi, Habib Boularès, Radhia Haddad, Sadok Ben Jemaâ, Ezzeddine Ben Achour (ex-patron de l’Utica), Mohamed Salah Belhaj, Nébil Ben Khelil, Faouzi Ben H’mida (paix à leurs âmes) et aussi de Férid Memmiche, Mohamed Ben Ahmed, Omar Ben Mahmoud, feu Ridha Farhat, Ismaïl Boulahyia, Mounir Béji, Hamadi Ben Saïd, Moncef et Hammouda Ben Slama (et j’en oublie sûrement d’autres noms). Cette grande réunion qui se tenait chaque jeudi, le même jour de la réunion du Conseil des ministres sous la présidence de feu Hédi Nouira, Premier ministre de l’époque, passait en revue le développement de la vie politique et sociale du pays et décidait du contenu de la livraison du prochain numéro de l’hebdo…

Le niveau des échanges entre ces grands noms de l’histoire récente de la Tunisie des années 70/80 était nouveau pour moi qui étais un jeune journaliste qui venait de quitter volontairement ses responsabilités du quotidien de feu Si Lahbib Cheikhrouhou Le Temps dont le 1er numéro était apparu le 1er juin 1975.

Un parcours passionnant…

Avec feu Mohamed Mouaâda, j’ai quitté cette grande famille après les divergences entre Si Béji Caïd Essebsi et Ahmed Mestiri, le premier ayant refusé clairement de couper le cordon ombilical avec le parti unique de Bourguiba (le PSD). Par contre, Si Ahmed Mestiri avait pris la décision de couper tout lien avec le PSD au lendemain des événements sanglants du 26 janvier 1978. Sa décision annoncée au cours d’une conférence de presse tenue le 29 janvier à La Marsa n’avait pas reçu l’aval de ses compagnons de route Si Béji Caïd Essebsi, Hassib Ben Ammar, Si Sadok Ben Jemaâ et Habib Boularès notamment.

Donc je me retrouve avec Mohamed Mouaâda dans une autre aventure : le journal Al Mostaqbal, organe du Mouvement des démocrates socialistes créé par Ahmed Mestiri le 10 juin 1978… Et avec Mohamed Mouaâda, professeur à Bourguiba School, à l’époque tous les deux, nous avions choisi une équipe rédactionnelle pour continuer ensemble le combat, ô combien passionnel et intéressant, pour une presse libre et indépendante. Cette histoire est longue et riche en événements…Nous avions vécu et commenté les événements du 26 janvier 1978, la mise au pas de l’Ugtt et l’emprisonnement de sa direction légitime ayant à sa tête le grand Habib Achour, l’organisation des premières élections plurielles en Tunisie du 2 novembre 1981, qui avaient fait naître beaucoup d’espoir, puis beaucoup de déception, car totalement falsifiées.

Nos avions été témoins du Changement du 7 novembre 1987 qui n’a pas tenu les promesses de la déclaration du Président Ben Ali.

Un long parcours…

Ce long parcours avec Mohamed Mouaâda, qui dura jusqu’en 1989, date des élections truquées organisées par le RCD de Ben Ali, je ne peux l’oublier, c’est pour cette raison que j’écris aujourd’hui ce mémo pour l’histoire…

En 1990, mes relations avec Si Mohamed Mouaâda et avec ceux du Bureau politique qui l’avaient soutenu ont changé… Si Ahmed Mestiri démissionna du MDS, parti qu’il a lui même créé et fondé, et avec son départ une bonne partie de militants sincères quittèrent le parti que Si Mohamed Mouaâda avait placé sous la coupe du RCD de Ben Ali.

Mouaâda avait certes connu la prison après, mais très vite, il avait été réhabilité par l’ex-général qui avait destitué Bourguiba (pour sénilité) en faisant naître beaucoup d’espoir…

Nos voies ont divergé… lui était grand spécialiste des grands écarts et de l’alternance entre le chaud et le froid. Moi j’ai choisi de mener un autre combat au sein d’Ettakatol…

Cette nouvelle page est une autre histoire qui a renforcé mon désenchantement et mon désespoir de voir naître une alternative sérieuse où les compétences jeunes auraient pu trouver le cadre idéal pour mettre la Tunisie sur la voie du salut…

Malgré mon désaccord avec Mohamed Mouaâda et nos chemins qui se sont séparés depuis ces longues années 1990/2022… sa mort m’a bouleversé  et je l’ai apprise avec beaucoup de tristesse, car les désaccords ne peuvent pas effacer les années que nous avions partagée côte à côte pour un même combat. Allah Yarhmou, et j’exprime ici mes condoléances à ses enfants et ses proches… Paix à son âme…

M.B.

* Membre fondateur puis démissionnaire du Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol)

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