On n’a ni la volonté ni les moyens d’une politique de gestion migratoire. La solution sécuritaire, à elle seule, ne peut venir à bout de ce fléau.

Mercredi dernier, sur nos côtes, quelque 99 émigrants clandestins dont 23 subsahariens ont été interceptés, en une seule journée, où les autorités tunisiennes avaient réussi à déjouer plusieurs tentatives de traversées depuis différents points d’accès. Deux passeurs dont un recherché ont, également, été arrêtés. 

Selon la Garde nationale, un total de sept opérations en préparation furent, alors, mises en échec à Louata à Bizerte, à Menzel Temime et Foundouk Jedid à Nabeul, Bekalta et Chott Meriem à Sousse, Khenis à Monastir et à El Amra à Sfax. Des zones maritimes reconnues être des couloirs migratoires qui font de la Tunisie un pays de transit. Cela dit, la porosité de nos frontières est telle que la migration irrégulière semble échapper à tout contrôle sécuritaire. A quelques exceptions près ! Depuis la révolution, le pays connaît des flux migratoires sans précédent et un camp de réfugiés a été installé à Choucha, aux confins du sud tunisien. Sa gestion frôlait la crise humanitaire, vu le nombre d’âmes ayant fui la guerre en Libye. D’autres y étaient venus pour être déplacés ailleurs à l’étranger.

Certains, notamment d’origine syrienne, ayant forcément quitté leur pays, ont choisi de s’installer sous nos cieux.

Dix ans déjà, on n’en a pas fini avec un tel raz-de-marée migratoire. Il ne se passe pas un jour sans qu’on n’entende parler d’un drame de trop survenu sur nos côtes et combien de migrants ont péri sur le chemin de Lampedusa en Italie.

Mais leur traversée jusqu’aux portes de l’Europe n’a toujours pas été aussi facile.

La chance d’y arriver est quasi nulle. La mort les guette au tournant. Pourtant, il y a chez nos jeunes une forte prédisposition à migrer. Au bout de ces cinq dernières années 2017-2021, le nombre des migrants, tous âges confondus, arrivés en Italie a dépassé 42 mille, contre plus de 53 mille interceptés, pendant la même période, par nos autorités, selon les chiffres du Ftdes, Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. Sans pour autant oublier nos jeunes disparus en mer dont l’affaire traîne encore en longueur. Jusque-là, leurs familles, en deuil prolongé, ne connaissent rien de leur sort.

Ça mérite un grand débat !

L’Etat tunisien n’a ni la volonté ni les moyens d’une politique de gestion migratoire. La solution sécuritaire, à elle seule, ne peut pas venir à bout du fléau. Elle n’est plus recommandée.

Cette migration irrégulière requiert plutôt un traitement multidimensionnel.

On est face à un problème d’ordre politique, social et économique, étant donné que les causes en sont assez complexes que compliquées. Pauvreté, déscolarisation, chômage, inégalités et bien d’autres facteurs liés à la déliquescence de l’Etat. Une épine dans le pied, en quelque sorte.

Du début de l’année jusqu’au mois d’avril, 205 opérations de migration irrégulière depuis les côtes du pays en direction de l’Italie ont été déjouées, au cours desquelles plus de 3 mille migrants clandestins furent arrêtés.

Ces chiffres propres au ministère de l’Intérieur en disent long sur un constat inquiétant et qui doit susciter un grand débat.

Certes, la Déclaration universelle des droits de l’homme offre à chacun « le droit de quitter tout pays, y compris le sien ». Soit un droit consacré par de nombreuses conventions internationales et locales, mais il ne s’accompagne d’aucun droit d’entrer illégalement sur le territoire d’un autre Etat. 

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