• « Il y a une récupération politique de cet évènement religieux ».

Des centaines de pèlerins juifs ont afflué, depuis mercredi dernier, à la synagogue de la Ghriba, sur l’île de Djerba, pour un évènement phare de la saison touristique en Tunisie, après deux ans d’interruption en raison de la pandémie. Deux ans après, la Ghriba retrouve enfin ses pèlerins, principalement des Tunisiens juifs installés à l’étranger.

Pour cette année, près de 5 000 visiteurs ont assisté au pèlerinage qui a pris fin ce dimanche 22 mai. La plus ancienne synagogue africaine attire des juifs tunisiens du monde entier. Si la communauté juive s’est très fortement réduite au Maghreb, elle demeure ici très ancrée. L’organisateur des voyages vers la Ghriba et ancien ministre du Tourisme, René Trabelsi, revient sur ce rituel religieux qui a redynamisé la vie économique dans l’île.

Après une suspension de deux années, comment évaluez-vous la reprise du pèlerinage de la Ghriba pour cette année ?

Après deux ans de Covid-19, depuis deux mois on a senti une demande grandissante sur le pèlerinage de la Ghriba. Et cela a été confirmé avec l’arrivée de trois mille personnes qui ont franchi les frontières et avec toute la communauté en Tunisie, nous avons dépassé les quatre mille cinq cents pèlerins pour cette année. L’ambiance était vraiment très belle. On a senti vraiment l’amour des pèlerins envers la Tunisie, c’est quelque chose de très particulier cette année. On a vu un véritable attachement à la Tunisie, où ils se déplacent. Ils font la fête quand ils vont au Souk, dans les restaurants, ils dansent, ils chantent… C’est une sorte de communion entre les pèlerins et la population locale.

Personnellement, je suis très fier de voir le pèlerinage de la Ghriba réussir, malgré qu’on sort d’une crise. Je suis content pour mon pays qui renaît de nouveau. Ce qui est extraordinaire cette année, c’est que tous les pèlerins qui sont venus adorent la Tunisie, ils veulent même s’y installer. C’était très chaud, cet amour que l’on voue à la Tunisie. Les pèlerins de cette année sont les amoureux de la Tunisie.

Quel message a pu transmettre la Tunisie à travers l’organisation de ce rituel religieux en dépit des circonstances politiques, économiques et même sanitaires ?

Moi je pense que le message est très fort : la tolérance, la liberté des cultes religieux. Il s’agit aussi d’un message politique dans la mesure où actuellement la situation est un peu compliquée en Tunisie. Organiser un pèlerinage juif en Tunisie avec l’amalgame qui se fait à tort et à travers est très bénéfique. Les gens qui viennent sont en majorité des Tunisiens et entrent d’une manière légale, et la Tunisie a réussi à faire passer un message de sa politique de tolérance et de liberté.

Justement vous avez organisé un dîner à l’honneur des représentations diplomatiques présentes lors de cet évènement. Pouvez-vous nous en dire plus?

Oui, nous avons invité tous les ambassadeurs et les représentants diplomatiques présents pour un dîner. L’objectif était de les inciter à aider la Tunisie dans cette phase un peu difficile. Je leur ai demandé simplement d’aider ce beau pays.

Vous qui organisez chaque année ce pèlerinage. Comment voyez-vous les apports sur le plan économique dans cette crise financière ?

Pendant ce pèlerinage, les souks et les magasins de l’artisanat ont été pris d’assaut par les pèlerins. C’est une clientèle qui adore l’artisanat, on a remarqué une dynamique très forte à Djerba qui a donné un souffle à cette économie impactée par la crise sanitaire. Il ne faut pas oublier que tous les hôtels et restaurants étaient pratiquement pleins pendant ces jours.

Peut-on s’attendre à une contribution au lancement de la saison touristique à Djerba et ailleurs en Tunisie ?

On dit toujours que la réussite de cet évènement entraîne la réussite de la saison touristique à Djerba et en Tunisie plus généralement. Cela revient essentiellement au nombre des journalistes tunisiens et étrangers présents sur les lieux et qui ont véhiculé de belles photos et de merveilleux moments de ce pèlerinage. La presse tunisienne est lue dans le monde entier, sans oublier que cette réussite revient aussi à la bonne sécurisation de cet évènement. Entre armée, police, douane dans les aéroports, tout s’est passé dans de bonnes conditions sécuritaires.

Comme chaque année, ce rendez-vous religieux est lié à des accusations de normalisation avec l’entité sioniste. Quel commentaire faites-vous à cet égard ?

Honnêtement, je suis un peu cette polémique, mais je ne donne pas assez d’importance à ces choses. Il y a beaucoup d’amalgame. Malheureusement, c’est une erreur de traiter les pèlerins de sionistes et d’Israéliens. Il y a même un journaliste sur une radio tunisienne privée qui a traité les pèlerins d’agents de l’armée israélienne, c’est grave !

Concentrons-nous sur le côté positif, car il y a une récupération politique de cet évènement religieux. Le plus important, c’est que la Tunisie renaisse de nouveau et que les gens travaillent et s’épanouissent.

Même la cheffe du gouvernement a été critiquée pour certaines images lors de ce pèlerinage. Qu’en pensez-vous ?

Vraiment, j’ai vu les images, c’est un pur hasard. Elle a fait une visite de courtoisie, elle a salué les gens, elle n’y est pour rien. Ce que je retiens, c’est que sa présence était extraordinaire, un honneur et un privilège de l’avoir parmi nous dans ce pèlerinage.

Revenons sur la saison touristique. Estimez-vous que le tourisme tunisien va désormais mieux ?

Le tourisme va mieux, il y a une demande. Le ministère du Tourisme fait un travail important avec les moyens qu’il a. Mais malheureusement il y a des lois qui bloquent certains aspects. Des règles très anciennes doivent être rectifiées. Il y a un potentiel. Rien que pour la Ghriba on peut ramener jusqu’à 20 mille personnes.

Est-il nécessaire de revoir la question du transport aérien pour répondre à une demande de plus en plus grandissante ?

Evidemment. Tout le monde sait que nous avons un gros problème de transport aérien. Tunisair fait sa moitié de capacité avec les moyens qu’elle a. Ouvrir la destination au low-cost sera très bénéfique pour la Tunisie et cela amènera une autre sorte de clientèle. Il faut le plus tôt possible appliquer l’Open-Sky en Tunisie.

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