L’équipe de Tunisie a terminé ses matches de préparation pour la CAN avec brio en forçant une équipe du Burundi, accrocheuse et volontaire à souhait, à s’avouer vaincue dans les arrêts de jeu. Avec trois succès en trois rencontres, le bilan, plus que flatteur, est au-delà de toutes les espérances.
Bien entendu, la victoire sur les Croates vice-champions du monde dans leur arène (où ils font rarement des cadeaux à leurs adversaires) est la plus intéressante et la plus significative. Les vingt-trois joueurs choisis en définitive par Alain Giresse, même si d’autres noms auraient mérité de faire partie de ce groupe, ont montré qu’ils sont des compétiteurs et qu’ils sont prêts à répondre présent à partir du jour «J» avec le match d’ouverture face à l’Angola.
En réalisant le grand chelem et le plein de points en amical, nous avons envoyé un message clair à nos adversaires : nous ne serons pas en Egypte pour faire du foot loisir mais pour viser le podium et batailler âprement avec un potentiel humain et technique important et conséquent afin de rentrer avec le précieux trophée africain. Nous avons gagné trois places dans le classement mondial et nous sommes toujours deuxièmes derrière le Sénégal. Nous avons donc le droit et la légitimité d’avoir comme objectif de parvenir jusqu’à la finale et de ne plus nous arrêter au seuil fatidique des quarts comme nous nous y sommes habitués et résignés lors de nos dernières participations en phase finale. Avec la qualité de son vécu comme joueur de premier plan en équipe de France parmi une génération exceptionnelle avec comme chef de file le grand Michel Platini puis comme sélectionneur entre autres du Mali (notre concurrent le plus sérieux pour la première place de notre poule), Alain Giresse a tiré lucidement les derniers enseignements de ces trois matches amicaux et a obtenu certainement les réponses aux quelques zones d’ombre qui n’arrêtaient pas de trotter dans sa tête tout en maintenant des convictions pour ne pas dire des certitudes même si en football il faut toujours se méfier d’avoir d’idées et jugements fixes.

Certitudes
L’équipe a maintenant une épine dorsale autour de laquelle l’entraîneur peut construire une formation solide et à laquelle l’entraîneur peut adapter les meilleurs plans de jeu, les meilleurs systèmes qui sont flexibles et qui peuvent varier d’un match à l’autre selon les qualités et les dispositifs des adversaires. La première des certitudes, c’est d’abord un gardien qui s’impose et qui rassure comme dernier rempart et c’est Farouk Ben Mustapha classé, assurément, numéro un dans la tête du sélectionneur. La deuxième certitude est une défense à quatre éléments, avec une charnière à deux et sans doute pas à trois.
Mais s’il n’y a plus le moindre doute sur la formule qui sera adoptée, les titulaires aux postes sont au coude à coude et les profils peuvent changer. Pour les latéraux, si l’option est pour des arrières à tempérament offensif, qui vont et se projettent à fond vers l’avant, c’est Kechrida qui s’impose côté droit et idem pour Ben Mohamed sur le flanc gauche. C’est vrai qu’ils sont moins costauds et moins agressifs dans les duels que Rami Bédoui et Oussama Haddadi, mais leur rapidité, leur technique raffinée, leur vivacité et leur capacité à créer le surnombre en phase offensive tranchent en leur faveur. La jeunesse et la constante fraîcheur physique ajoutées aux qualités techniques sont des atouts qu’on ne néglige pas pour un latéral. Alain Giresse sait très bien que Didier Deschamps a réussi à remporter la Coupe du monde en Russie parce qu’il a osé et sorti sa carte jeunes en préférant notamment Benjamin Pavard et Lucas Hernandez (22 ans) au duo qu’on pensait incontournable et intouchable Sidibé-Mendy, ce qui a provoqué un électrochoc au départ, mais qui s’est avéré par la suite un pari gagné.
A l’image de Pavard et de Hernandez en équipe de France, Kechrida et Ben Mohamed pourront apporter en équipe de Tunisie cette touche de fantaisie, ce grain de folie dans le jeu offensif quand l’équipe a le ballon et joue devant et qui peuvent surprendre et désarçonner les plus redoutables et les plus cotés de nos adversaires.
Pour les défenseurs axiaux, ils sont quatre en ballottage pour deux titulaires et là, c’est l’expérience, le métier, le plus de matches dans les jambes qui doivent prévaloir.
La formule Bronn-Meriah est la plus pressentie pour être l’option de départ, même si Bédoui et Hnid n’ont pas perdu tout espoir d’avoir la confiance du sélectionneur et d’être lancés dans le bain en dépit qu’ils soient considérés comme seconds ou réservistes dans la hiérarchie.

Milieu équilibré
Vient alors le dilemme de la bonne formule du milieu de terrain pour bien assurer l’équilibre de l’équipe surtout qu’en phase de transition attaque-défense, il y a eu une lenteur palpable dans le repli défensif et quelques maladresses dans les replacements, ce qui explique le danger que nous a causé le Burundi par son jeu en contre rapide et sa transition limpide défense-attaque. Il y a eu trop d’espaces dans le dos de nos attaquants et milieux offensifs quand ils perdent le ballon et c’est un signe de déséquilibre qui doit être corrigé. Avec l’option Kechrida-Ben Mohamed comme arrières offensifs, il nous faut impérativement un milieu à trois avec une sentinelle (Skhiri) et deux relayeurs ou demis, Chaâlali côté droit et Sliti côté gauche, pour couvrir les montées fréquentes des latéraux et réduire les espaces en phase de repli avec reconversion de Ghaïlane en deuxième demi axial quand Naïm prend de la liberté devant, joue derrière les attaquants, surtout qu’il a un don de créateur et de finisseur dans les espaces réduits et le jeu dans un mouchoir dans les 16m50 adverses comme en témoigne son magnifique but de la délivrance, dans les arrêts de jeu du match du lundi.
La troisième certitude et qui a sans doute le plus de poids aux yeux d’Alain Giresse, c’est qu’on a de la variété en attaque avec plusieurs joueurs polyvalents qui peuvent très bien combiner et constamment permuter en attaque, ce qui multiplie et diversifie les choix des approches et animations offensives. Rarement l’équipe de Tunisie a eu autant de richesse dans la qualité comme dans la quantité d’attaquants, qu’ils soient de couloir ou de pointe. La meilleure formule, c’est Anis Badri côté droit, Youssef Msakni comme régisseur ou neuf et demi derrière Wahbi Khazri qui réussit comme pointe avec son sens du but et son flair des intervalles dans le dos de la paire centrale adverse. Cette formule à trois devient idéale quand elle se transforme en cas de surnombre avec l’apport en renfort de Naïm Sliti sur le couloir gauche et peut faire sauter les verrous les plus blindés des équipes qui adoptent le bloc bas et jouent la défense à outrance. Il ne faut pas oublier qu’il y a, dans l’ombre, un Bessam Srarfi en superforme actuellement, un Yassine Khénissi qui retrouve son appétit et reprend du poil de la bête et, à un degré moindre, un Firas Chaouat qui peut être une solution de rechange et un jocker en cas de besoin. Avec autant de certitudes, autant de talents et autant d’atouts, l’équipe de Tunisie est en très bonne posture.
Hédi JENNY

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse
Charger plus dans Sport

Laisser un commentaire